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Sommaire

Le Négationnisme Le Négationnisme

mercredi 23 avril 2014 par Jacqueline

 

1- Introduction

Le terme désigne la négation de la politique hitlérienne d’extermination des Juifs pendant la seconde guerre mondiale. Les négationnistes « révisent » l’histoire de l’Allemagne en niant la « solution finale » ou Shoah.
Par extension, le terme est employé pour indiquer la contestation d’autres crimes contre l’humanité. Les massacres pratiqués au Cambodge par les Khmers rouges, le génocide des Tutsi au Rwanda…

Même si elle part d’une intention louable, la pénalisation du négationnisme apporte aux négationnistes l’aura de la victimisation. C’est pourquoi il ne faut pas censurer les négationnistes mais démonter leur argumentation et en montrer l’absurdité. Ainsi, dans son ouvrage « Les Assassins de la mémoire », Vidal-Naquet dénonce le négationnisme en faisant ce qu’il appelle « l’anatomie du mensonge ».

2- Le négationnisme

2.1- Qui sont les négationnistes ?

Ce sont des personnalités isolées qui, pour diverses raisons, nient avec acharnement l’existence d’un génocide des Juifs. Parmi eux, on évoque souvent :

  • Paul Rassinier (1906-1967), un des premiers négationnistes. Militant communiste, socialiste, il fut déporté dans les camps de Buchenwald et de Dora avant de devenir, après la guerre, un des principaux initiateurs du révisionnisme. Dans Le Mensonge d’Ulysse publié en 1950, il nie le génocide et parle de « complot international ».
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    Robert Faurisson
  • Robert Faurisson. Professeur de littérature à Lyon 2. Il se révèle au grand public avec la publication d’une lettre tribune dans le Monde (29 décembre 1978) intitulée « Le Problème des chambres à gaz ou la rumeur d’Auschwitz ». A la suite du scandale suscité par dette publication, il est suspendu (avec traitement) et affecté au CNED (enseignement à distance). Mais en décembre 1980, il publie, grâce au soutien de "La Vieille Taupe" (maison d’édition du révisionnisme) un « Mémoire en défense contre ceux qui m’accusent de falsifier l’histoire » où il qualifie le « prétendu génocide des Juifs » de « mensonge historique ». Il est condamné en 1981 pour diffamation raciale et, après l’adoption de la loi Gayssot en 1990, il est condamné en 1991 pour « contestation de crime contre l’humanité ».

2.2- Quelles sont leurs thèses ?

Les négationnistes affirment que :

  • Il n’y a pas eu de génocide ni de chambres à gaz
  • La « solution finale » a consisté à refouler les Juifs vers l’est et non à les exterminer
  • Le million de morts est imputable au typhus qui régnait dans les camps et aux bombardements des Alliés
  • Les crimes de l’URSS stalinienne sont plus graves que les crimes nazis
  • Le génocide est une invention de la propagande alliée principalement juive ou sioniste.

2.3- Quelles sont leurs méthodes ?

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Les chambres à gaz d’Auschwitz
  • Le doute hypercritique :
    • Tout témoignage direct apporté par un Juif est écarté
    • Si un témoignage gênant contient une petite erreur, il est entièrement discrédité
    • Tout témoignage nazi postérieur à la guerre est considéré comme obtenu sous la torture ou par intimidation
    • On isole des faits exacts mais insignifiants pour disqualifier les documents gênants
  • Une argumentation pseudo-technique :
    • Il n’y avait pas de matériels (fours, gaz) permettant de tuer en masse et donc pas de chambres à gaz
    • La capacité des crématoires n’était pas suffisante pour faire disparaître des millions de corps
  • Une minimisation systématique :
    • Le chiffre de six millions de morts est largement exagéré. Le nombre de morts n’a pas dépassé le million.
    • Les morts s’expliquent non par le génocide mais par les circonstances de guerre

Dans tous les cas, il s’agit de méthodes falsificatrices au service de présupposés racistes.

2.4- Quels sont leurs ressorts ?

Le ressort principal du négationnisme est évidemment l’antisémitisme de type nazi et la volonté de défendre le régime nazi et ses collaborateurs.

Il est généralement défendu par des militants d’extrême droite : ils réactualisent une longue tradition antisémite de l’Occident, ils dénoncent un prétendu complot juif international.

Mais il peut l’être également par des groupes se réclamant de l’extrême gauche.
Pour eux, l’antifascisme est un obstacle à l’idée de la révolution ouvrière. Les bourgeois ont « inventé » un mal absolu : Auschwitz, pour faire oublier l’exploitation des ouvriers et celle du Tiers-Monde.
Un autre aspect de leur démarche est l’hostilité à l’Etat d’Israël. Les Juifs, selon eux, auraient utilisé un génocide « inventé de toutes pièces » pour justifier l’existence de l’Etat d’Israël et persécuter le peuple palestinien.

3- L’état des connaissances sur la « solution finale »

3.1- Pourquoi le génocide ?

  • L’antisémitisme meurtrier

Il est au centre de la pensée nazie selon laquelle la race juive serait un bacille qui détruit la race supérieure des Aryens. La défaite de 1918 serait due aux Juifs. Le bolchevisme serait une émanation de la pensée juive.

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Antisémitisme nazi

La persécution des Juifs commence dès 1933 entraînant l’exclusion, l’expropriation, l’émigration forcée des Juifs. Après l’Anschluss en 1938 (annexion de l’Autriche), la « Nuit de Cristal » (novembre 38) est l’une des prémices de la Shoah. 91 Juifs sont assassinés et 30 000 internés dans des camps de concentration. Le 30 janvier 1939, Hitler annonce devant le Reichstag l’anéantissement de la race juive en Europe en cas de guerre mondiale :
« Je vais à nouveau être prophète, aujourd’hui : si la juiverie financière internationale, hors d’Europe et en Europe, réussissait à précipiter encore une fois les peuples dans une guerre mondiale, alors la conséquence n’en serait pas la bolchévisation de la terre et la victoire de la juiverie, mais l’anéantissement de la race juive en Europe »

  • La guerre

Elle est raciste dès le départ. Hitler ordonne d’envoyer les handicapés mentaux allemands (100 000 tués) dans des « centres d‘euthanasie » qui annoncent les chambres à gaz.

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Le ghetto de Varsovie

Après l’invasion de la Pologne, les Juifs de ce pays sont contraints de vivre dans des ghettos où les conditions de vie sont extrêmement dures. Les Juifs sont décimés par la malnutrition, les épidémies et la fatigue consécutive au travail forcé. A partir de 1940, les Juifs d’Allemagne sont également déportés vers les ghettos polonais.
En 1941, les unités mobiles de tuerie ou « Einsatzgruppen » commencent à intervenir. Les Juifs sont assassinés par familles entières (près de 100 000 tués par mois).
La guerre contre L’URSS change les données (juin 41 à mai 45). Les deux pays se livrent à une guerre totale, plus longue que prévue. On assiste à des déportations en masse dans les pays occupés de l’Europe de l’Est et l’extermination des Juifs prend une dimension industrielle.

3.2- La « solution finale »

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Auschwitz
  • La Shoah

L’extermination de la totalité des Juifs d’Europe a été décidée dans le courant de l’automne 1941. Hermann Göring aurait envoyé à Heydrich Reinhard un ordre officiel secret lui confiant la mise en œuvre d’une « solution finale au problème juif »
L’opération Reinhard a plus particulièrement désigné l’extermination des Juifs de Pologne entre mars 1942 et octobre 1943 (plus de deux millions de Juifs).

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Carte des camps

Les historiens de la Shoah recensent six camps d’extermination : Auschwitz, Belzec, Chelmno, 1Majdanek, Sobibor, Treblinka.
En raison de sa taille, Auschwitz est considéré comme le symbole de la Shoah. En 5 ans (1940 à 45), plus de 1,1 million d’hommes, de femmes et d’enfants y meurent. Les victimes (90% sont juives) sont tuées dans les chambres à gaz ou meurent de maladies et de malnutrition.

L’estimation du nombre de victimes de la Shoah est de 5,7 millions (entre le 1er septembre 39, date de l’invasion de la Pologne et le 8 mai 45, date de la capitulation des forces nazies).
Outre les Juifs, les nazis s’en prirent aussi à d’autres groupes qu’ils jugeaient "racialement inférieurs" : les Roms (Tziganes), les handicapés et certains peuples slaves (dont les Polonais et les Russes). D’autres groupes furent persécutés pour des raisons politiques, idéologiques et comportementales, parmi eux des communistes, des socialistes, des Témoins de Jéhovah et des homosexuels.

  • L’organisation du secret

Pour pratiquer leur politique sans éveiller les soupçons, les nazis ont recouru à la technique du langage codé. Tous les documents étaient marqués du timbre « très secret ». On parle de « traitement spécial » pour signifier une exécution ou d’ « action spéciale » (Sonderaktion) pour les massacres dans les chambres à gaz.

En novembre 44, ordre est donné de détruire les chambres à gaz et les crématoires. Toutes les archives sont brûlées et en premier lieu les registres du bureau des entrées qui aurait permis de découvrir l’ampleur du massacre.

Ce secret a été rendu possible par la complicité passive de certains et le caractère impensable de la chose. Le philosophe R. Aron, qui servit la France libre à Londres explique ainsi dans ses Mémoires son incrédulité et celle de ses contemporains : « Les chambres à gaz, l’assassinat industriel d’êtres humains, non, je l’avoue, je ne les ai pas imaginés et, parce que je ne pouvais pas les imaginer, je ne les ai pas sus ».

3.3- Les sources de connaissance

  • Pendant la guerre Les alliés étaient informés. Informé par ses services de renseignements, W. Churchill savait. La presse britannique (Daily Telegraph 25 juin 42) a révélé l’ampleur du massacre. Ces informations ont été reprises par le New York Times, suscitant des manifestations de protestation. Le pape Pie XII était informé sur le génocide mais il est resté silencieux.

    Comment expliquer un tel silence ? Les alliés auraient-ils pu, dû arrêter les trains de la mort ? C’est une question sans réponse. En tout cas, pour Churchill et Roosevelt, il importait avant tout d’en finir au plus vite avec la guerre et le nazisme. Mais l’ouverture des archives de la papauté de Pie XII, demandée par le pape François, pourrait relancer le débat sur la responsabilité du Saint Siège durant la Seconde guerre mondiale.

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    Le procès de Nuremberg
  • Après la guerre Les témoignages des alliés, les archives allemandes avec l’explication du langage codé, les confessions des nazis au cours des procès (procès de Nuremberg du 20 novembre 45 au 1er octobre 46) et paradoxalement les critiques des négationnistes (qui ont entraîné des compléments d’enquête) ont permis de faire en partie la lumière sur le génocide mais cette connaissance n’est ni exhaustive ni achevée.

4- Conclusion

Le négationnisme est donc non seulement moralement intolérable mais intellectuellement malhonnête.
Depuis la Loi Gayssot (13 juillet 1990) il est également devenu un délit. Toutefois cette Loi fait débat : des personnalités comme Robert Badinter sont opposées par principe aux Lois mémorielles qui instaurent une « vérité officielle ». En effet, l’histoire officielle est le propre des États totalitaires (dans son roman 1984, George Orwell imagine un ministère de la Vérité qui « révise » l’histoire).

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Face au négationnisme, il faut rester vigilant et entretenir la mémoire.
Le national-socialisme a perpétré le pire des crimes mais il faut aussi voir qu’il s’est implanté au cœur de l’Europe dans un pays hautement civilisé. A ce titre il doit questionner la conscience européenne. Il faut savoir que l’inhumain loge en chacun de nous et que dans un régime totalitaire ceux qui accomplissent des actes monstrueux ne sont pas si différents de ceux qui s’en pensent incapables. C’est ce que Hannah Arendt a montré en par parlant de la « tragique banalité du mal ». Pour elle, Eichmann n’était pas diabolique, il était l’incarnation du refus de la pensée.


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