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Le populisme Le populisme

jeudi 21 novembre 2013 par Jacqueline

Il y a 6 messages en réponse à cet article.

Deuxième conférence de B. Benoit sur les "Grands dossiers contemporains".
Naissance, caractéristiques et formes du populisme dans le monde

Naissance du populisme

Le populisme est apparu au XIXème siècle aux Etats-Unis et en Russie dans le monde rural. Le « populism » américain naît dans une société en plein développement mais qui laisse les fermiers à l’écart. En Russie, il est également lié à l’insatisfaction du monde paysan et vise à instaurer un système d ’économie socialiste agraire (mouvement des Narodniki, gens du peuple, en russe).

Populisme et racisme

Le populisme s’oppose à la modernité et rejette la société multiculturelle, multiethnique qui l’accompagne. C’est une opposition identitaire car « l’autre » n’appartient pas au groupe dominant. C’est aussi un rejet par ceux qui se sentent écartés alors que les « différents » sont mieux intégrés (ce qu’on appelle le racisme des « petits blancs »).
Au départ, le populisme n’est pas « naturellement » raciste. Il repose même sur une idée de justice. Il met en accusation les « gros », les puissants, les riches. Mais la frontière entre populisme et racisme est fragile. Au cœur de l’antisémitisme, il y a l’idée que le juif est riche. Et dans une période de crise, cette idée ressurgit (voir l’affaire Dreyfus).

Un phénomène conjoncturel

Depuis 1945, on peut dégager deux grandes phases du populisme :

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P. Poujade

- En 1955, le mouvement poujadiste. Au départ, ce mouvement revendique la défense des « petits » commerçants et artisans contre les « gros », en particulier les grandes surfaces qui apparaissent dans la France de l’après-guerre. Il se développe sur un vieux fonds de rejet du politique, du parlementarisme (« Sortez les sortants ! »), fait appel aux anciens combattants de 14 pour stopper la « décadence » de la France.

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JM Le Pen

- Dans les années 80, le Front National de JM Le Pen (élu député poujadiste en 56…) sort de l’ombre. En 87, dans son discours de candidature à la Présidence, prononcé à La Trinité sur mer, Le Pen annonce que la France est en « grand danger », parle de restaurer la « foi patriotique » et les valeurs sacrées « l’ordre, le travail, la concorde » avant de conclure « Aidons-nous…Dieu nous aidera » !!
On voit que le populisme se développe toujours dans un contexte de crise.

Les caractéristiques du populisme

- Il rejette :

- l’impôt, dont les populistes se demandent à quoi il sert
- l’Etat, considéré comme un prédateur
- les partis traditionnels et leurs dirigeants, ces énarques qui sont loin du terrain, ces élites qui ont trahi
- l’Europe qui fait payer des impôts, crée une « couche » supplémentaire de politique, se veut au-dessus du national.

- Il défend :

  • La Nation Le populisme se réclame de la Nation tout en considérant que ses « représentants » sont illégitimes. Il est une Nation « révoltée ». En 1949, Maurras expliquait que quatre « Sous France » ne pouvaient faire partie de la Nation (1949) à savoir, les Protestants, les Francs maçons, les métèques (les étrangers) et les juifs. Vichy mettra en application ses thèses.
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    Maurras
  • La famille C’est notamment au nom de la « famille » que C. Taubira a été vilipendée lorsqu’elle a défendu le mariage pour tous.

Le populisme dans le monde

En Europe

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Le populisme en Europe

L’Europe entière est touchée.
- Le premier pays qui l’a développé est l’Autriche. Le parti de la liberté d’Autriche « Freiheitliche Partei Österreichs », le FPÖ est fondé en 1949. Il a été longtemps dirigé par Jörg Haider et est présidé depuis 2005 par H C Strache.
- En Suisse, C. Blocher (Union démocratique du centre) refuse l’adhésion à l’Europe. Son parti est en mesure de faire échouer une élection au sein de la confédération.

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Umberto Bossi

- En Italie, le parti de la Ligue lombarde mené par Umberto Bossi demande la scission de l’Italie du Nord avec les régions pauvres du Sud. Rebaptisée Ligue du Nord en 91, il est porté au pouvoir en 94 en s’alliant avec deux autres partis de droite. Aujourd’hui, la fille de Berlusconi a pris la tête du parti.
- En Belgique, le Vlaams Blok « Bloc flamand » est un parti nationaliste qui prône la scission du pays en deux (Flandres et Wallonie).
- En Slovénie, comme dans beaucoup d’anciens pays communistes d’Europe de l’Est, un nouveau populisme voit le jour contre la mondialisation mais aussi contre certaines minorités, par exemple, les Roms (en Hongrie et en Bulgarie).
- Dans l’Europe du Nord, le parti norvégien « Les Vrais Norvégiens » peut expliquer indirectement la fusillade de 77 étudiants par Anders Behring Breivik sur l’île d’Utoya en 2012.
- En Grèce, « l’aube dorée » est à la fois un parti populiste et nazi.

En Amérique latine
Le populisme renvoie principalement à trois expériences politiques :
- Le gouvernement de Juan Peron en Argentine de 1946 à 1955,
- celui d’H Chavez au Venezuela
- et celui de Cardenas au Mexique dans les années 30.

Conclusion

Pour B. Benoit, le populisme ne serait pas systématiquement le pire des régimes. C’est une formule intermédiaire entre la démocratie et le totalitarisme, dans des pays qui ont du mal à entrer dans la modernité.
Il ne menace pas nécessairement la démocratie car il oblige cette dernière à réagir. C’est un entre-deux qui peut mener au chaos mais peut aussi permettre une démocratie renouvelée .


Messages

  • Très bon résumé, clair et précis. Je me pose une question : qu’est ce que la nation pour eux ? Comment feront ils sans Etat ?

    • Si j’ai bien compris, le populisme repose sur une valorisation mythique de la Nation (que celle-ci se fonde sur la nationalité, l’ethnie, voire la race) en même temps qu’un rejet de "l’autre" dont il faut se protéger pour préserver la communauté.
      Il récuse le système politique en vigueur, dans ses institutions et ses valeurs (libéralisme politique et humanisme égalitaire) et pourfend les hommes politiques « corrompus » (qu’ils soient de droite ou de gauche). Il réussit ainsi à allier de façon paradoxale des valeurs sociales de gauche (défense du "petit peuple" contre les élites « traîtres à la patrie ») et des valeurs politiques de droite (ordre, autorité) et se présente comme une élite de rechange propre à assurer la renaissance d’une société décadente.
      La soi-disant "mission" des populistes est donc inconciliable avec le fonctionnement démocratique d’un Etat car elle renvoie à des images irrationnelles (âge d’or, complot, décadence, sauveur) et cultive l’utopie d’une société fermée qui rejette le monde actuel dans sa complexité.
      Je pense donc que pour certains d’entre eux, ils ne pensent pas vivre sans Etat mais prônent un Etat-Nation qui, s’il devenait réalité, serait autoritaire, type vichysme, voire nazisme. Pour les autres, ils se contentent de rejeter l’Etat existant sans envisager réellement une solution de remplacement.

    • Répondre à ce message (2153)
    • Merci de cette réponse très complète. Je comprends mieux pourquoi il est impossible d’argumenter logiquement avec les populistes puisque leur pensée me semble foncièrement irrationnelle et qu’elle ne craint pas les incohérences.

      P ;S. un petit pb d’orthographe..."soi-disant".

    • Répondre à ce message (2159)
    • Salut Marie-No.
      Compte tenu de mes privilèges exorbitants de gestionnaire des données, je suis allé supprimer le "t" malencontreux. Une faute de frappe, sûrement. JF

    • Répondre à ce message (2160)



    Répondre au message 2151 du 6 décembre 2013, 17:57, par marino


  • Bonne question et réponse intéressante. Cependant je ne ferai pas le rapprochement entre populisme et nazisme car le populisme n’est pas un totalitarisme. Ce rapprochement serait d’ailleurs, me semble t-il, fortement récusé par les adeptes de ces partis, qui, selon M Benoit, "ne menacent pas directement la démocratie".

    • Effectivement, le mot "totalitarisme" apparaît trop fort, mais pourquoi ? A mon avis, c’est parce qu’on ne croit pas vraiment que le populisme puisse advenir dans une démocratie affirmée.
      Mais dans une société où certaines paroles se libèrent sans entrave et sans soulever l’indignation, où le racisme et l’exclusion ne sont plus considérés par certains comme des délits mais comme des opinions, la voie pourrait s’ouvrir à des dérives du populisme, dont on a pu voir les conséquences dans les années 30.
      En d’autres termes et pour en revenir à notre période, le mot "totalitarisme" n’est trop fort que si les démocrates ne se croient pas autorisés à courir après les populismes pour cause de prochaines élections.

    • Répondre à ce message (2155)



    Répondre au message 2154 du 8 décembre 2013, 17:14, par dominique videt


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