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Julie à l'Est Julie à l’Est

dimanche 27 avril 2014 par Marie-Noelle

Julie tenait la lettre de sa mère. Elle l’avait reçue le matin même dans sa boîte postale à Nouméa. Sa mère allait venir la voir ! Elle se sentit bien sur sa terrasse.
Terrasse curieuse, semblable à cette Nouvelle Calédonie qu’elle aimait de plus en plus. Devant elle, se dressaient les arbres vigoureux dont elle apprenait peu à peu les noms : frangipaniers, niaoulis, kaoris. Ces arbres brillaient sous le soleil de la fin de journée, soleil vif mais prompt à disparaître dès six heures du soir, ce qui la surprenait toujours. Avec l’aide de Julien, elle avait peuplé la terrasse d’objets familiers, récupérés, créés. Ils avaient aussi bouturé, planté. Tout poussait à merveille.

Cette vie foisonnante, si nouvelle pour elle deux ans auparavant, l’habitait, l’exaltait. Elle sentait que sa mère s’étonnerait, s’émerveillerait, comme elle s’était étonnée, émerveillée.
Joie d’avoir cette femme aimée auprès d’elle, joie mêlée d’appréhension. Comment recréer ici leur complicité ? Pourtant, elle l’imaginait déjà, sensible à la décoration féminine, subtile, naturelle, que sa fille avait inventée : les légères suspensions de coquillages, les mobiles en bois délavés, les tiges végétales grimpantes, les masques sculptés énigmatiques.
Elle espérait que, comme elle, elle se sentirait presque suspendue au dessus du vallon bruissant de chants d’oiseaux.
Elle relut la lettre. La distance s’abolit. Le visage de sa mère se dessina devant elle. Elle crut entendre le son de sa voix.
Deux mois ! Une attente de deux mois pour que la présence de sa mère s’immisce lentement dans son décor familier, pour qu’elle y trouve sa place.

Julie et sa mère étaient toutes deux installées à la terrasse que julie avait décorée à son image. Marie Laure se remettait peu à peu de la fatigue du décalage horaire et ses réactions avaient rassuré Julie : l’inconfort de sa « cabane », les dreadlocks de Julien, le climat, les longues soirées, elle avait tout aimé, tout positivé. Sa mère était différente, comme rajeunie.
Julien arriverait bientôt du chantier où il travaillait d’arrache pied en bon Alsacien qu’il était. Cette semaine, il terminait une pose d’échafaudage particulièrement acrobatique : il était spécialiste et passionné des travaux aériens.
Julie montra à sa mère le collier qu’elle venait d’assembler :
- Que penses-tu de celui-là ? J’aime bien le rouge de la graine « du diable ».
- Tu as toujours eu un don pour fabriquer des bijoux, toute petite déjà, tu te rappelles, à St Hilaire ?
Elle se rapprocha de Julie, lui prit la main. Comme elle, elle se souvenait de leur vie en Chartreuse.
Je voulais te dire, ma chérie, je suis si contente que tu aies quitté Fernand. J’en étais malade ! Il avait une femme et deux enfants ! Et toi, toute jeune, toute fraîche et lui. Excuse-moi, je comprends et j’apprécie la culture canaque, mais quand même ! Toi et lui…
-Tu as raison, j’ai bien fait de le quitter mais je n’oublierai jamais tout ce que j’ai appris grâce à lui : les coutumes des tribus, son sens de l’occulte et des mystères de la nature. C’est vrai que j’avais du mal à m’affirmer, moi, une jeune femme et « zoreille » de surcroît. J’ai trop de tempérament.
Marie Laure écoutait et comprenait :
- Tu sais, ce n’est pas facile les couples. J’ai été heureuse de revoir ton père. Il a l’air bien avec Matani.
Et Marie Laure, pour la première fois, avait pu livrer à sa fille leur histoire.
Marie Laure et François avaient été très amoureux, vingt ans auparavant, dans cette montagne de Chartreuse un peu hors du temps. Avec les copains, ils vivotaient, se soutenaient, s’entraidaient. Julie était née. Parfois, il fallait se réchauffer des rigueurs de l’hiver et des coups durs. Les soirées étaient alors très arrosées et « enfumées ». Après la mort d’Alain, le frère de François, tout s’était aggravé. François était devenu dur, taciturne, imprévisible. Marie Laure avait replongé dans ses vieux démons : la drogue, la drague. Et au milieu de cette tempête, la petite Julie grandissait.
Julie comprenait mieux maintenant ce qui avait lié et séparé ses parents. Et elle les aimait davantage, ces êtres fiers et tolérants, si paumés parfois, en quête d’un bonheur provisoire et insaisissable. Elle se sentait si proches d’eux, si semblables à eux.
La nuit était tombée. Il faisait si doux. Elles attendaient Julien.

Dans les jours qui ont suivi, Julien et moi avons guidé ma mère dans sa découverte de la Nouvelle Calédonie. Elle a ressenti comme nous ce sentiment particulier de vivre au cœur de la nature, à la fois vierge et civilisée, à Ouvéa surtout où les kanaks préservent sans violence leur vie simple en tribu.
Puis maman est repartie.
Je me suis alors aperçue que je venais de franchir une étape, que mon passé n’était plus un fardeau.
Julien vient de rentrer ! Aujourd’hui, il est épuisé mais satisfait : il a travaillé au Centre Djibao, ce musée de la culture kanak aux bâtiments étranges en forme de rochers, de huttes, faits de lattes de bois qui laissent passer l’air, la lumière. Magnifiques ! Oui, mais il a fallu réparer les cloisons abîmées par le dernier cyclone. Julien s’est régalé, perché en haut de ces monstres : il s’est pris pour un esprit de la forêt !

Quel plaisir de me retrouver seule avec Julien ! La vie avec lui est facile, fluide. Presque trop …je sens que pour moi la routine s’installe, et non, vraiment, je n’aime pas ça ! Le « caillou » devient un peu limité, j’en ai fait le tour ! Comment aborder le sujet : il a l’air tellement heureux ! Tant pis, je me lance :
- Julien, je ne sais pas ce que j’ai en ce moment, je me sens bizarre, comme un peu vide, je crois que je m’ennuie un peu !
Ouh là ! J’y suis allée un peu fort ! De la nuance, de la nuance, ma petite Julie. Ouf ! C’est bon ! Il est tellement chouette, je vois qu’il ne le prend pas pour lui. Il essaie toujours de m’aider. Il est déjà tout attentif.
- Ah ! oui, oui…je te comprends. C’est vrai qu’on est très bien tous les deux, mais c’est peut être un peu trop calme …
Je l’adore, ma petite Julie, pas capable de rester en place, toujours à l’affût de nouvelles aventures. Je suis sûr qu’elle me mijote quelque chose : la Papouasie, Bornéo ?
- T’es trop cool ! Tu sens la même chose que moi ? Tu sais, on a 26 ans, pas d’enfants. On est sacrément dégourdis, tu te souviens dans les îles Vanuatu, si perdues, comme on s’est adaptés. Alors qu’est-ce qui nous retient ?
Ca y est, j’ai lâché le plus important ! Oh ! Mon amour, est-ce que tu vas me suivre dans ce projet un peu fou ?
- Allez, Julie, dis-moi tout bien franchement. Je te connais, tu piaffes, tu élucubres des projets extras. C’est super ! C’est pour ça que je t’aime. Alors ? Où vas-tu nous entraîner ? Indonésie, Amazonie, plateau des Andes, Ushuaia ?...
Je la vois qui rayonne. Elle revit, elle pétille. C’est le moment de sortir la bouteille qui est au frais. Que la vie est belle !

Trois mois plus tard.
Leurs baluchons avaient été vite bouclés, leur logis et leurs quelques meubles facilement cédés à des copains tout contents de l’aubaine. Deux vaccins, un traitement anti paludisme, quelques démarches administratives et ils avaient atterri à Ujung Pandang, capitale de l’île de Sulawesi, en Indonésie, autrefois nommée « Ile des Célèbes ». De là, en omnibus, ils devaient monter jusqu’à Rantepao, en pays Toraja où ils avaient un « contact » : Francis Mauricio un « caldoche » récemment installé.
Leur excitation était à son comble ! Avoir de nouveau tout quitté les enivrait. Ils laissaient derrière eux, leur famille, leurs amis, leur langue, leur culture. Leur survie dépendrait d’eux seuls.
Le car qui les menait à leur but datait de la dernière guerre. Les places prévues pour des gabarits asiatiques étaient trop étroites pour leurs longues jambes, ce qui provoquait les rires bienveillants des autres voyageurs : hommes émaciés en sarong, enfants aux yeux immenses, femmes minces à la peau tannée par le soleil. Julien avait pu caser sous le siège son volumineux sac à dos dans lequel il avait rangé ses cordes, ses mousquetons, son harnais, tout son matériel d’élagueur acrobate. Julie, elle, avait emporté ses délicats outils qui lui servaient à assembler ses colliers, ses bracelets.
Le car traversait maintenant une plaine inondée où s’élevaient des maisons sur pilotis : mer et rizières immergées se confondaient. Il faisait très chaud, très humide. L’atmosphère du car était chargée d’odeurs contrastées : senteurs entêtantes d’épices, remugles d’étoffes mal lavées.
Ils avaient négligé d’emporter un casse-croûte. La faim, la chaleur, l’émotion, la fatigue : Julie fut prise d’un malaise. Le car s’arrêta, tous s’empressèrent. Elle fut installée à l’avant, rafraîchie, restaurée par toutes les femmes heureuses de l’aider. Sa faiblesse les avait affranchies de leur timidité à son égard. Toutes, elles voulaient aider, toucher cette étrangère si différente d’elles, supérieure à leurs yeux et pourtant si fragile.
La fin du trajet fut laborieuse et surprenante. Le moteur chauffait terriblement dans la montée. Heureusement les torrents abondaient : un seau prévu pour cet usage permettait de remplir le réservoir. Et le paysage devenait différent, encore plus magnifique. Ils étaient bouleversés. Les bambous immenses, les fougères arborescentes, ils les avaient déjà admirés en Nouvelle Calédonie. Mais ici, en Indonésie, la nature exultait. Tout explosait.
Lorsqu’ enfin, ils descendirent du car, ils eurent la sensation de sortir d’un rêve. Ils étaient moulus, en sueur, sales. Francis Mauricio, souriant, les attendait.
- Alors, les petits zoreilles ! Z’avez fait bon voyage ? Bienvenue au pays de Cocagne. T’es un peu pâlichonne , ma petite Julie…
Et ils avaient été pris en charge par ce « broussard » haut en couleurs et intarissable sur ce pays qu’il semblait aimer mais qu’il voulait aussi exploiter à son profit. Ancien éleveur de bovins en Nouvelle Calédonie, souvent méprisant avec les kanaks d’origine, avide de fortune facile et d’aventure, il avait flairé le bon filon et s’était installé dans cette région hors du commun. Il avait compris que la culture ancestrale des Toraja commençait à attirer les « bobos » de tous pays en quête d’authenticité et de beauté. Il avait donc créé une petite agence touristique qui prospérait au-delà de ses espérances. Son programme était bien au point : visite des curieuses maisons toraja aux toits invraisemblables, découverte des travaux agricoles dans les rizières, participation aux fêtes animistes où l’on procédait à la crémation d’un mort et au sacrifice de buffles. Les touristes mitraillaient de photos, se pâmaient d’aise.
Francis était un personnage à double face : cordial, tolérant, aimé des populations locales, mais aussi sans scrupule, prêt à corrompre pour arriver à ses fins. Julie et Julien se sentaient néanmoins séduits par tant de charisme et de passion. Et il avait un atout de taille : il connaissait déjà parfaitement Rantepao.
Il les avait conduits chez lui dans sa Rover empoussiérée. Ils avaient traversé cette bourgade hybride où deux supermarchés modernes voisinaient avec l’antique marché à cochons. Les bêtes, couinant et gigotant, étaient transportées vivantes, ligotées sur des branches de bambou, tels des paquets faciles à transporter. Ils avaient croisé des 4x4 de touristes américains, ils avaient doublé des motos, des vélos, des pousse-pousse surchargés d’objets hétéroclites. Ils n’en croyaient pas leurs yeux : à Nouméa, tout était à sa place, organisé. Là, tout grouillait, se mélangeait.
Epuisés, Julie et Julien se couchèrent de bonne heure. Ils se blottirent dans un lit dur, trop étroit et dont les draps grattaient étrangement. Mais, sans se le dire, ils ressentaient le même sentiment : un sourd malaise indéfinissable. Le sommeil les assomma avant qu’ils aient pu le nommer.

Le lendemain, la fatigue s’était envolée et ils avaient oublié cette impression désagréable. Toutes leurs pensées étaient fixées sur leur projet encore informe et balbutiant, qu’ils avaient échafaudé ensemble, comme des enfants rêveurs et audacieux.
Au petit déjeuner, ils souhaitaient en parler à Mauricio. Mais ils craignaient ses moqueries, son scepticisme. Ils avaient en partie raison.
« Des cabanes dans les arbres ! » Le rire de Mauricio fusa comme une condamnation. « De l’écotourisme ? Accueillir des hôtes pour qu’ils observent la canopée ! Vous vous prenez pour Nicolas Hulot ? »

Julie et Julien sentirent les mots leur manquer. Comment le convaincre ? Pourtant leur propre expérience leur prouvait qu’être un homme de la société du XXI siècle était trop éprouvant pour certains, mal adaptés à la concurrence, aux rendements, éloignés de l’idée de réussite à tout prix. Des gens comme eux voulaient vivre autrement, connaître d’autres peuples, d’autres climats, rompre l’enfermement auquel ils étaient destinés. Ce que voulaient leur proposer Julie et Julien, c’était une petite fenêtre sur autre chose, vivre quelques jours au cœur de cette nature et de cette civilisation tribale des Célèbes. Bien sûr, tout le monde le sait, le paradis n’existe pas, pas plus ici que sous d’autres tropiques. Mais le jeu en valait la chandelle et le projet leur donnait des ailes.
Peu à peu, au fil de leurs explications, le mépris du baroudeur se changea en intérêt. Aux Etats-Unis, en Europe et même en Asie, la clientèle existait, c’est vrai, ils avaient raison ces deux jeunots. Et puis l’investissement serait minime, et lui, avec son expérience et son pragmatisme, avait tout à y gagner. Il serait correct avec eux, il se le promettait, mais il y retrouverait bien son compte.
- Je vais vous aider, les petits gars ! Vous pouvez compter sur moi. Rendez-vous ce soir, on dressera notre plan d’action. Je vous quitte : je dois accompagner un groupe de Coréens à une crémation.

Julien et Julie se retrouvèrent seuls. Julie était bouleversée :
- Tu te rends compte ? C’est possible !
- Oui, répondit Julien, lui aussi sous le choc. On va le faire. Et, je crois que l’on peut faire confiance à Mauricio. Hier, il m’avait fait une impression trouble. A toi aussi, je crois. Il m’était apparu comme un opportuniste sans scrupule. Ce n’est certainement pas un ange, mais il a l’air séduit par notre projet.
- Quand ma mère saura ça, elle dont la vie est si terne ! Et papa ? J’entends déjà son rire que j’aime tant. Je suis sûre qu’il me dirait : « Alors Julie, tu vas faire le singe dans les arbres ? »
Ils restèrent songeurs un long moment sur la terrasse : le soleil les illuminait et les animait d’une énergie incroyable. Ils décidèrent de parcourir le bourg où tout les étonna. Les immenses bambous souples comme des lianes, les véhicules hétéroclites, les rizières d’un vert étincelant en bordure des maisons, les habitants minces, vifs, aux visages tannés et ridés précocement, cette langue chantante aux sonorités bien détachées et qu’il leur faudrait apprendre. Ils découvraient à peine ce monde nouveau et déjà ils voulaient y mettre leur empreinte. N’étaient-ils pas trop orgueilleux ? En avaient-ils le droit ? Après tout, ils n’étaient pas chez eux … Le doute les assaillait parfois mais aussi un sentiment étrange fait de fierté et d’impatience.
Le soir tomba à 18 heures. Il faisait une chaleur moite et les moustiques porteurs de palu rôdaient. Autour d’un whisky, avec Mauricio, ils élaborèrent leur plan.
- Vous serez mes partenaires et associés, déclara Mauricio à la fois paternel et respectueux. Le plus délicat va être le choix de l’emplacement pour la construction de vos cabanes. Le pays Toraja est imprégné de croyances animistes. Chaque parcelle du territoire a un rôle symbolique, une signification en rapport avec le culte des morts. Des lignées de statues en bois grandeur nature, telles des cimetières suspendus, ornent certaines falaises, les corps des enfants morts nés sont fixés sur les troncs d’arbres sacrés.
Julie et Julien étaient fascinés et inquiets. Comment vivre avec ce peuple aux coutumes si différentes des leurs ? Mauricio les rassura : les habitants du pays Toraja étaient pacifiques, accueillants et heureux de glaner quelques miettes du développement touristique. En particulier les villageois qu’ils allaient contacter et que Mauricio connaissait bien.
Dès le lendemain, ils quittèrent Rantepao et pénétrèrent bientôt en pays Toraja. C’était fabuleux ! Au milieu des rizières, sur des collines douces et parsemées d’arbres et d’arbustes tropicaux, les maisons traditionnelles du pays Toraja élevaient leur architecture incroyable. Ces hautes demeures ressemblaient à des drakkars dont la proue et la poupe auraient constitué les gigantesques extrémités du toit. Elles étaient sculptées avec plus ou moins de magnificence suivant, sans doute, la richesse du propriétaire. Sur pilotis, elles abritaient hommes et bêtes dans une charmante confusion. Les coqs chantaient, les enfants piaillaient. Julie et Julie et Julien étaient stupéfaits et conquis. A peine descendus du 4x4, ils furent accueillis à l’étage par le chef du village, tout sourire, et s’assirent sur une natte posée à même le sol. La pièce était dans la pénombre et cette atmosphère favoriserait certainement les échanges.
Julien et Julie avaient la gorge serrée. Comment allait se dérouler cet entretien ? Mauricio, grâce à sa diplomatie, pourrait-il obtenir les terrains et les autorisations nécessaires à leur projet ? Comment ces habitants aux mœurs simples et ancestrales allaient-ils accueillir ces nouveaux venus et leur idée farfelue ? En effet, ils se sentaient jugés et observés malgré la bienveillance et la gentillesse, sans doute imposées par le devoir d’hospitalité. Les palabres furent longs, semés de détours, de reprises, ralentis par la traduction, les mises au point, les digressions judicieuses de Mauricio pour détendre la négociation. Mais au bout de deux heures, une solution avait été trouvée : le chef du village leur accordait la jouissance d’une clairière en haut du village, pour une durée d’un an. En échange, le couple devrait offrir un buffle aux villageois dès que leur activité deviendrait rentable.

Pendant un mois, Julien et Julien travaillèrent sans relâche. Lui, suspendu en l’air tel un singe, faisait merveille : il avait pu bâtir à huit mètres de hauteur une cabane insérée entre les branches de l’arbre le plus résistant de la clairière. C’était une construction aérienne à peine visible du sol. Des planches de bois grossièrement rabotées servaient de plancher à la chambre et à la passerelle. Les balustrades étaient des lianes de copra.
Julien et Julie se sentaient forts et unis. Réaliser ce rêve annihilait leurs doutes sur eux-mêmes. Toutes leurs pensées se focalisaient sur des défis matériels à surmonter. Et ils les surmontaient grâce à leur entente, leur esprit pratique, leur gentillesse aussi. Les villageois les soutenaient. Les femmes et les enfants aidaient Julie pour l’aménagement intérieur. Ils lui apportaient des plumes, des pierres, lui montraient comment sculpter le bois, tresser les feuilles de cocotier. Ils étaient apparemment adoptés. Et vivant au sein de ce village et de cette population amicale, ils étaient comme des nouveaux nés, libérés de leurs angoisses passées.

Ce soir-là, ils allaient fêter l’achèvement de leur cabane. Mauricio, un peu en retard comme toujours, arriva en trombe au volant de son 4x4. Il en bondit, l’air triomphant et tendit une lettre.
- Tu as du courrier de France, ma belle !
Fébrilement, craignant une mauvaise nouvelle, la jeune femme déchira l’enveloppe et parcourut le message. Elle verdit et vacilla. Julien s’écria : raconte !
- C’est ma mère…
- Oh ! Non, ne me dis pas que…
- Non, non. Elle va bien, très bien, même.
- Alors ? Pourquoi, cette tête ?
- Elle a son un billet d’avion et elle débarque dans 15 jours !



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