Navigation rapide

Accueil > Politique > Les printemps arabes > Le "printemps" devient arabe

Le "printemps" devient arabe Le "printemps" devient arabe

3ème conférence de Chérif Ferjani, professeur en science politique à Lyon 2

mardi 10 décembre 2013 par Dominique V

Yémen

JPEG - 700.7 ko
Le Yémen

Le Yémen est un pays arabe situé à la pointe sud-ouest de la péninsule d’Arabie. L’Islam a dirigé ce pays du Xème siècle à 1963, sans aucune influence étrangère.
C’est un pays divisé en deux régions : le sud plus progressiste où on constate une relative émancipation des femmes, le nord plus traditionnel. C’est le nord qui a imposé son modèle de société à l’ensemble du pays.
Le Yémen connait un système tribal et l’Etat doit négocier avec les tribus insoumises. De plus, les conflits religieux sont importants : chiisme et zaydisme. Le zaydisme est une école de pensée chiite mais proche de la tradition sunnite, qui essaie de se concilier avec le processus de modernisation républicaine.

On observe aussi au Yémen l’influence négative des riches pays voisins qui interviennent parfois militairement (l’Arabie Saoudite notamment), les frontières n’ayant jamais été tracées. Ceci a entraîné le développement du wahhabisme, tendance islamiste puritaine et rigoriste. Dans ce système de pensée, le droit des femmes est soumis au code de l’honneur.
Il n’y a pas au Yémen de société civile comme en Tunisie.

Le printemps arabe s’est traduit par des manifestations réclamant la démocratie, la fin de la corruption et le départ du président Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis 1980.
Le 22 Janvier 2012, ce dernier a annoncé qu’il devait se rendre aux Etats-Unis pour des soins.

Libye

GIF - 244.6 ko
La Libye

La Libye, située à l’est du Maghreb, est également un pays tribal.
En 1951, la Libye a proclamé son indépendance, après avoir été colonisée par l’Italie en 1912.
En 1969, la monarchie alors mise en place a été abolie et le pays gouverné par Mouammar Kadhafi, pendant presque 42 ans.
En 2011, une rébellion a éclaté qui deviendra une véritable guerre civile. Une coalition internationale intervient (France, Royaume-Uni, Etats-Unis). Elle sera relayée par les forces de l’Otan.
Le 29 octobre 2011 à Benghazi la « Libération de la Libye » est décrétée, marquant la fin officielle de la guerre civile qui aura duré 8 mois. Kadhafi est capturé par un groupe de rebelles et tué.

La gestion de l’après Kadhafi reste confuse et les puissances occidentales (Union Européenne et Etats-Unis) se sont inquiétées du retour de la charia comme base de la future législation libyenne. De plus, l’armement fourni par ces puissances aux révolutionnaires est actuellement aux mains d’Al Qaïda, au nord du Mali.
Là encore, le système tribal a alimenté des guerres entre les différentes milices. L’Etat ne contrôle pas le territoire, c’est un Etat sans pouvoir. La Libye est en voie d’éclatement.

Syrie

JPEG - 161.4 ko
La Syrie

La République arabe syrienne est gouvernée depuis 2000 par Bachar-el-Assad, fils de Hafez-el- Assad. Malgré le contrôle du pays par le parti unique, le Baas, la Syrie avait un enseignement moderne, une opinion publique, des journaux, une certaine modernité.
Le soulèvement d’inspiration démocratique au départ, a dégénéré en une guerre civile opposant l’armée régulière syrienne à l’armée syrienne libre (une partie de l’armée séparée du pouvoir). L’opposition s’est par ailleurs fragmentée entre mouvements démocratiques d’une part et factions islamistes d’autre part, elles-mêmes soutenues par les pays sunnites désireux de contrer l’influence du chiisme iranien.
Dans ce contexte, les alliés du pouvoir en place (l’Iran, le Hezbollah au Liban, la Russie, la Chine) ont continué de le soutenir.
L’expérience des interventions précédentes en Irak et en Libye a déstabilisé la communauté internationale qui ne sait plus qui soutenir. L’évolution de la situation en Egypte (coup d’état du général Sissi au Caire) a également favorisé le régime.
La Russie, premier fournisseur d’armes à la Syrie, est intervenue régulièrement en faveur du régime en place, y compris lors de l’utilisation des armes chimiques. Cette intervention, de fait, a redonné un nouveau souffle au régime qui paraissait sur le point de tomber.
Les pays occidentaux n’arrivent pas à définir une position claire et commune, du fait à la fois du blocage de la Russie opposée à toute intervention et de l’éclatement de l’opposition syrienne, fractionnée entre mouvements démocratiques et factions islamistes.

Barhein

JPEG - 18.8 ko
Le Barhein

Le royaume de Barhein, (petit pays insulaire dont l’essentiel du territoire est constitué d’une île dans le Golfe Persique) est une monarchie constitutionnelle. La population à majorité chiite est pauvre et se définit comme « sans » (sans droits). Seules, les riches familles bénéficient de la rente pétrolière.
Depuis février 2011, le pouvoir en place fait face à des protestations populaires dans la lignée du « Printemps arabe ». Mais ce soulèvement a été étouffé principalement grâce à l’aide militaire de l’Arabie Saoudite alliée du Barhein, entraînant tortures, assassinats, arrestations arbitraires des manifestants.

Maroc, Jordanie, Algérie

JPEG - 108.2 ko
La Jordanie

Dans ces trois pays, les pouvoirs en place ont anticipé les soulèvements. Quelques ouvertures ont permis aux régimes en place de se maintenir (augmentation des salaires en Algérie par exemple). Mais des manifestations ont eu lieu en 2011 au Maroc. Le roi a alors fait approuver une constitution par référendum.
Dans ces pays, les pouvoirs autoritaires ont pu contenir l’islamisme.

Egypte et Tunisie

Dans ces deux pays, la situation de départ était plutôt favorable à l’extension des "Printemps arabes" : les mouvements islamistes n’ayant pas participé aux soulèvements et voulant maintenir en place les régimes auxquels ils avaient collaboré.
C’était aussi l’orientation des grandes puissances qui cherchaient des solutions de rechange aux dictatures en place, elles-mêmes hostiles à tout changement. Ces dictatures n’ont pas su envisager une fin de règne honorable.

Les solutions négociées au début des années 2000 n’ont jamais été acceptées. Les populations ont parié sur l’Islam modéré des Frères Musulmans (comme en Turquie).
Mais l’Islam, même modéré, ne peut évoluer de lui-même : en Turquie, il a fallu l’intervention de l’armée et les pressions de la communauté européenne pour que l’influence islamiste soit contenue. La Turquie a ainsi honoré ses engagements vis à vis de la communauté européenne , davantage même que certains pays d’Europe Centrale. Elle va probablement devenir une puissance économique rivale de l’Europe et retrouver une identité islamiste.

Les puissances occidentales et L’Islam

JPEG - 73.1 ko
Les pays arabes

Les Etats-Unis ont financé les islamistes modérés : le parti Ennahda au Maroc, l’Akapé en Turquie ; ce fut une erreur : les islamistes sont entrés dans la compétition électorale avec le visage de martyrs (réprimés par les dictatures) et une apparence démocratique puisqu’ils acceptaient les élections.

En Egypte, les concessions islamistes à la démocratie n’étaient qu’apparentes et les Égyptiens ont très vite déchanté. Pour les islamistes, les élections n’ont été qu’un marche-pied pour accéder au pouvoir. Une fois élus, ils ont oublié que la démocratie repose sur un contrat avec le peuple. Ils ne se sont jamais désolidarisés de l’Iran, du Soudan, du Qatar, d’Al Qaïda. C’est ainsi que Mohamed Morsi est arrivé au pouvoir en Egypte.
Personne n’avait prévu le retour des Salafistes. Le parti salafiste a obtenu 27% des sièges et les Frères Musulmans 37%. L’Egypte a donc obtenu une assemblée à majorité religieuse et conservatrice, incapable de composer avec les partis modernes. D’ailleurs, l’opposition laïque m’avait pas de moyens.
Mohamed Morsi sera déchu par un coup d’Etat organisé par l’armée le 3 juillet 2013 à la suite d’un vaste mouvement populaire protestataire. Le général Al Sissi a pris la tête de ce coup d’Etat. Mohamed Morsi a été placé en détention préventive.

En Tunisie les premières élections régulières ont aussi bénéficié aux islamistes modérés. Ils ont été soutenus par la population avec l’illusion que des hommes « qui craignent Dieu » ne pouvaient être corrompus. Les Américains et les Européens ont cautionné cet état de fait.
Peut-on parler d’un coup d’Etat « rampant » des islamistes (régulièrement élus) ?


Galerie

Cliquer sur une photo pour voir le diaporama
  • Le Yémen
  • La Libye
  • La Syrie
  • Le Barhein
  • La Jordanie
  • Les pays arabes

Répondre à ce message

modération a priori

Votre message n'apparaîtra qu'après avoir été validé par un administrateur du site, mais il sera bien pris en compte.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Quand votre message est prêt, cliquez sur "Prévisualiser".
    Puis, si le message vous convient, cliquez sur "Message définitif, envoyer au site".