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Elections dpartementales

mardi 31 mars 2015 par Jean-Franois

 

Les lections intermdiaires sont souvent dvastatrices pour le parti au pouvoir, et la droite en a fait l’exprience comme la gauche aujourd’hui. Avec un moindre enjeu que l’lection prsidentielle ou les lgislatives, les dpartementales ont permis aux lecteurs de se dfouler sans trop de risques, comme ils l’avaient dj fait lors des municipales.

Dans cet article, j’essaie d’analyser les causes de ce nouvel chec du PS, critiqu la fois par sa gauche et bien videmment par la droite. Est-ce d une politique trop librale qui serait incarne par E. Macron et doit-elle revenir aux fondamentaux de la gauche, d’autres formes de rejet sont elles l’oeuvre ? Essayons d’y voir plus clair... Et n’hsitez pas me contredire !

Un peu d’conomie-politique

Aprs le revers incontestable de la gauche lors des lections dpartementales, les dbats vont bon train, le plus souvent avec une rare mauvaise foi.

- Pour l’extrme gauche et les frondeurs, l’chec vient d’une politique de droite, symbolise par Macron et dfinie par Hollande dbut 2014, choisissant une politique de l’offre contraire aux engagements de campagne et aux valeurs traditionnelles de la gauche.
- Pour la droite, l’chec vient (videmment) d’une politique de gauche qui refuse les rformes courageuses. En clair : qui ne remet pas en cause les droits sociaux et ne donne pas assez de liberts aux entreprises.

Je rsume : le gouvernement de gauche fait une politique de droite... mais trop gauche... et donc il a tout faux !

Mais d’abord, politique de l’offre, politique de la demande, qu’est-ce que c’est ?

  • Quelques rappels

- Une politique de l’offre, c’est une orientation conomique visant aider en priorit les entreprises (les acteurs qui offrent des produits et services), diffrents moyens pouvant tre mis en oeuvre : baisses des impts ou taxes sur les entreprise, aides la recherche-innovation, aides l’investissement, simplification des dmarches administratives, etc.
L’objectif de cette politique est de permettre aux entreprises de mieux prparer leur avenir (en investissant) et donc terme d’amliorer la situation conomique globale du pays (en embauchant - ce qui limite aussi le cot du chmage - en faisant des profits et donc en payant plus d’impts, etc.).

- Une politique de la demande, c’est une orientation conomique visant aider en priorit les consommateurs (les acteurs qui demandent des produits et services), l encore avec diffrents moyens : baisses des impts ou taxes sur les mnages, augmentation du SMIC, augmentation des aides sociales, aides financires directes aux plus dmunis, etc.
L’objectif de cette politique est de renforcer le pouvoir d’achat des consommateurs et d’amliorer leur situation, ainsi que celle des entreprises qui voient leur carnet de commandes se regonfler.

En fait, il n’y a jamais d’orientation exclusive offre ou demande, mais un positionnement du curseur entre les deux et un choix des moyens privilgis pour atteindre les objectifs.

  • Les a priori idologiques

Pour une partie de la gauche, une politique de l’offre est taxe de cadeau aux entreprises (j’ai encore entendu Marie Nolle Lienemann le dire, avant de se reprendre), ou, pire, de cadeau aux patrons (rhtorique privilgie par la gauche de la gauche). Et ce d’autant plus que les aides seraient alloues sans imposer de contreparties.
Il faut dire que le Medef, par la voix de son patron, Pierre Gattaz, a cr l’ambigut en voquant d’abord la cration d’un million d’emplois, avant de se rtracter en affirmant qu’il s’agissait d’un objectif et non d’un engagement.

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Comme souvent, la ralit est plus complexe :
- Il faut distinguer la situation des grands groupes - dont la situation financire est globalement saine mais qui crent peu d’emplois - et la situation des ETI et des PME - qui pourraient crer des emplois mais sont financirement fragiles par manque de fonds propres.
- Dans ces conditions et si les aides servent d’abord renforcer les fonds propres sans entraner d’embauches ou d’investissements, il est facile d’y voir un cadeau, quand bien mme c’est un pralable ncessaire au dveloppement de l’entreprise : il faut des fonds propres suffisants pour obtenir un prt bancaire (et ce d’autant plus que les banques n’aiment gure soutenir les PME...).
- Au risque de choquer, je dois dire que la priorit d’un chef d’entreprise n’est pas d’amliorer la situation conomique du pays mais d’assurer celle de sa boite, l’intrieur d’un faisceau de contraintes : celles de l’Etat (la rglementation), celles de ses actionnaires (le march financier), celles des banques (soutien de sa trsorerie ou obtention d’un prt).
Ce qui n’exclut pas que le patron soit (plus ou moins) attentif au dialogue social, au niveau des salaires et leur rpartition, aux conditions de travail, etc.
- Le dfi d’une politique de l’offre est donc d’organiser ce faisceau de contraintes, sans imposer de rgles qui n’auraient pas de sens : on ne peut pas obliger une entreprise embaucher, sauf accepter une conomie administre qui n’a pas vraiment fait ses preuves ! Mais on peut moduler les aides une entreprise faisant des bnfices, selon (par exemple) la part qu’elle consacre aux investissements ou la recherche.
- C’est cet quilibre que n’ont pas su trouver Montebourg (trop infod aux syndicats rtifs aux rformes) ou Moscovici (trop infod aux lobbys bancaires). Et que Macron a tant de mal instituer face aux groupes de pression de tous poils.

Pour une partie de la droite, une politique de la demande est taxe d’assistanat.
a n’a pas de sens : en priode de chmage de masse, l’assistanat existe sans doute (et il faut le combattre) mais il est videmment marginal par rapport au manque d’activits sur la march du travail et la relle difficult de trouver un emploi. On en a tous des exemples dans notre entourage.

La fraude sociale (faux arrts de maladie, prestations indment perues...) est estime (chiffres 2011) environ 4 milliards d’€, alors que la fraude fiscale des entreprises (fausses dclaration de TVA optimisation fiscale des grands groupes...) voisinerait les 100 milliards.

Enfin, sabrer dans les dpenses sociales est doublement contre-productif :
- C’est, d’une part, remettre en cause une politique de solidarit qui participe la cohsion sociale. Les tudes conduites dans tous les pays de l’OCDE montrent que de fortes ingalits sont dfavorables la prosprit conomique.
- C’est, d’autre part, diminuer la demande, affecter le carnet de commandes des entreprises et donc augmenter leurs difficults, particulirement lorsque l’conomie est en rcession.

  • Les bien-fonds de l’une ou l’autre politique

Au del des slogans, on peut par contre critiquer le bien fond de l’une ou l’autre politique en fonction de la conjoncture conomique.

Une politique de l’offre renforce la comptitivit des entreprises, ce qui a priori est positif.

Encore faut-il qu’il y ait une demande, ce qui n’est pas vident en priode de dflation.
S’il n’y a pas de demande, aucune entreprise ne va prendre le risque d’investir ou d’embaucher. L’Etat peut leur dverser des tombereaux d’aides, celles-ci serviront tout au plus nourrir la spculation.
Autre difficult, une politique de l’offre ne peut avoir des effets qu’ relativement long terme, le temps que les entreprises se restructurent et dveloppent de nouveaux produits ou services.
Ce sont les critiques (justifies mon avis) faites la politique du gouvernement par certains conomistes, par exemple Pierre-Alain Muet, dput PS du Rhne que connaissent bien les Lyonnais.

Par contre, une politique de l’offre peut mettre les entreprises en situation de rpondre favorablement un redmarrage conomique escompt, cas actuel avec la reprise aux Etats-Unis, la baisse du cot de l’nergie, la nouvelle politique europenne plus dynamique, etc.
Mais il faut que les chefs d’entreprises aient confiance en la continuit de la politique de l’offre : c’est ce qui peut justifier le maintien de cette orientation par Macron et Valls, mme si les rsultats ne sont pas encore au rendez-vous.

Une politique de la demande, en redonnant du pouvoir d’achat aux consommateurs, amliore a priori le carnet de commandes des entreprises.
A la diffrence d’une politique de l’offre, l’effet bnfique pour l’activit peut tre immdiat, avec quand mme deux rserves :
- Il faut que les entreprises franaises proposent des produits adapts la demande.
- Il faut que les consommateurs aient confiance en leur avenir (leur emploi notamment) et acceptent donc de s’endetter pour acheter, par exemple un appartement.

Une politique de la demande peut donc donner un coup de fouet une conomie anmie (ce qui est videmment le cas actuel), mais elle n’aura d’effet prenne que si elle est relaye par une politique de l’offre, visant restructurer plus en profondeur le tissu des entreprises.

Un peu de politique politicienne

  • Quel crdit porter aux critiques, de gauche et de droite ?

A gauche

- Pour la gauche de la gauche et pour les frondeurs, il faut revenir aux fondamentaux de la gauche et arrter cette politique en faveur des entreprises, seule solution pour viter d’aller dans le mur et perdre le pouvoir en 2017.
C’est faire l’impasse sur au moins deux aspects :
- Cet affichage accentue la division de la gauche et a contribu aux scores dsastreux dans les premiers tours rcents.
- Il est peu probable que les lecteurs fassent crdit la gauche d’un nouveau revirement, alors mme que la confiance dans la politique est dj gravement rode ( gauche bien sr, mais aussi droite).

- Pour certains contestataires non frondeurs (j’ai cit P.A. Muet) peut-tre ont-ils raison en soulignant qu’une politique de l’offre est inadapte en priode de rcession et qu’il faut d’abord booster la demande, avant d’aider les entreprises se restructurer. Malgr tout et maintenant que le coup est parti, je vois mal le gouvernement refaire un virage 180, d’autant que la conjoncture externe peut finalement lui donner raison.

- A droite

Je ne vais pas parler de l’extrme droite dont les obsessions (immigration, scurit, rejet de l’Europe) relvent d’une toute autre analyse.

Pour la droite rpublicaine, les critiques sont claires : il faut renforcer les aides aux entreprises et revoir le code du travail pour faciliter les licenciements. Il faut rduire les prestations sociales (sauf celles de la famille !) avec un tel niveau de baisse (150 milliards pour les plus extrmes, 100 milliards pour Fillon) que le risque de rcession par effondrement de la demande ne peut tre exclu.

En fait la situation est plus complique et derrire les discours de faade, on peut reprer deux tendances droite (bien videmment je ne vais pas citer de noms !) :
- Ceux qui critiquent en raison d’une envie irrpressible de revenir au pouvoir, ou, pour les jeunes loups, d’accder au poste de premier ministre.
- Ceux qui, bien obligs dans le contexte de concurrence droite, entonnent la doxa de leur camp, tout en sachant d’exprience que la politique est un art ingrat et qu’une fois arrivs au pouvoir ils connatront les mmes difficults que la gauche.

Pourquoi la gauche a-t-elle t sanctionne ?

Je vais dvelopper l une opinion toute personnelle et minemment contestable !

Je ne pense pas que ce soit en raison d’une politique qui serait massivement repousse par les Franais : si une partie des lecteurs de gauche la rejette, ceux du centre y adhrent ainsi qu’une partie des lecteurs de droite.

Je vois plutt deux causes originelles, qui relvent plus de la psychologie que des orientations politiques :
- Les erreurs d’apprciation de Franois Hollande, qui n’a pas voulu traumatiser les Franais en dcrivant la ralit de la crise, qui a marqu trop d’hsitations et de reculades face aux attaques de la droite (avant de choisir - trop tard - une orientation et semble-t-il de s’y maintenir), qui n’a pas su trouver la pdagogie ncessaire pour expliquer ses choix politiques (je parle bien de pdagogie et non de communication).
- L’exploitation honte, par la droite, des erreurs de F. Hollande, en donnant l’impression qu’elle seule tait lgitime exercer le pouvoir (comme s’il n’y avait pas d’autres comptences que les siennes !) ; au point de saper la crdibilit de l’action politique et, ce faisant, faire le lit de l’extrme droite.

  • Et les prochaines lections ?

Je vois a mal barr pour les rgionales, d’autant que le scrutin en partie la proportionnelle va aider les FN, et que c’est encore une lection dfouloir o chacun peut exprimer son raz-le-bol sans prendre trop de risques.

Je ne pense pas que la situation conomique s’amliorera suffisamment d’ici fin 2015 pour viter la gauche une nouvelle dconvenue.

Et 2017, l’lection majeure de la Vme Rpublique ?

Evidemment, je pourrais me rsoudre penser qu’une petite cure d’opposition n’a jamais fait de mal personne, sous rserve quand mme que ce soit Jupp qui administre une potion pas trop amre.

Mais tant d’un incorrigible optimisme, et certain que F. Hollande lit rgulirement ce blog, je vais prendre le risque d’annoncer ce que serait le bon choix pour la Franche (vous avez reconnu l’accent de Giscard).

  • Alors, que faudrait-il faire ?

Je pense qu’il faut maintenir une politique de l’offre en faveur des entreprises et qu’un revirement complet serait incomprhensible par l’opinion.
Surtout, sur le fonds, il me semble que c’est le bon moyen pour bnficier du nouveau climat conomique, des entreprises renforces tant mieux mme d’investir ou d’innover et donc de profiter de la reprise.

Je pense quand mme indispensable de mieux cibler les aides aux entreprises (quitte affronter les cris d’orfraie du Medef, des bonnets rouges ou de la droite), en s’appuyant sur la bonne image de Macron, sa capacit de rsistance et son sens de la pdagogie.
L o le gouvernement a un pouvoir de dcision (dtention d’une majorit du capital), il doit agir sur les grands groupes pour rformer leurs relations avec les sous-traitants. Dans les autres cas, il doit se donner les moyens de contrler l’usage des aides et d’viter les effets d’aubaines.

Je profiterais peut-tre du dlai accord par la Commission europenne pour dpenser un peu plus et donner un coup de pouce la demande, ce qui permettrait aux entreprises de mieux passer le cap difficile des prochains mois.
D’autant que (petite entorse politicienne), a gnerait les frondeurs et la droite dans leur argumentaire : le gouvernement n’a rien entendu du message des urnes !.

Il me semble qu’il faut privilgier l’coute des syndicats rformistes lors de la prochaine lgislation sur le dialogue social. Une avance dans le sens d’une co-gestion me parat favorable au climat des entreprises et l’acceptation de mesures difficiles pour les salaris, quand elles sont ncessaires au maintien de l’emploi.

On assiste au dveloppement de nouveaux types d’emploi avec les auto-entrepreneurs. C’est particulirement le cas en Angleterre et aux Etats-Unis et a va de pair avec le dveloppement d’internet. Je verrais bien un action en faveur de ces emplois qui intressent les entreprises (substitut l’intrim) et qui attirent les jeunes voulant tester une ide et la commercialiser. Ce peut-tre un tremplin la cration d’entreprise innovantes.

Quitte dcevoir une partie de mes fidles lecteurs, j’engagerais volontiers une rforme du droit du travail. Dans mon exprience de chef d’entreprise et les fois o mon carnet de commandes tait plein, j’ai toujours pens que le frein l’embauche tait la difficult (psychologique, pratique, conomique) de licencier.
Il me semble qu’en libralisant (un peu) cette rglementation et en trouvant de nouveaux droits pour les salaris (ce que les pays du nord appellent la flexi-scurit), l’emploi serait mieux mme de profiter rapidement d’une reprise conomique, et que les aides pourraient assurer une formation ou une reconversion plus efficace en cas de basse conjoncture.

Enfin, et quitte me rpter, j’enverrais volontiers F. Hollande la collection complte des entretiens au coin du feu, de Pierre Mends France (en CD re-mastriss, pour faire djeune !), en soulignant que l’important n’est pas de communiquer mais d’engager une vraie pdagogie de la rforme...


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