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Démocratie représentative ou démocratie directe ?

mercredi 1er avril 2020, par Jean-François

Je vous propose donc un premier article portant sur les écueils de la démocratie représentative telle que nous la connaissons (en France) et les promesses et limites d’une démocratie plus directe, plus participative, finalement plus "radicale".

Je vous rappelle ma problématique : notre démocratie est confrontée à trois défis majeurs :
- La crise de la représentation (rejet des politiques) et donc la tentation déinstaurer une représentation plus délibérative, plus participative, plus directeé, certes tentante mais aussi sujette à caution (les idées de Ségoléne Royal en 2007 ou des Gilets Jaunes en 2019).
- Le constat de l’impuissance publique et donc la tentation populiste d’instituer un régime ayant l’apparence de la démocratie, mais en fait incarnée par un chef ! Ce qu’on appelle maintenant la "démocratie illibérale".
- Le rejet radical de notre civilisation occidentale, perçue comme pervertie et dominée par le matérialisme athée, et donc l’idée d’imposer une société soumise à la Loi islamique.

1. Pourquoi une démocratie représentative ?

La démocratie (de démos, le peuple et kratos, le pouvoir) est née en Gréce 5 siécles avant notre ére. Vous savez tout ça et je ne m’y attarderai pas. Je ferai juste remarquer (comme Elisabeth) que les citoyens d’Athénes représentaient 10% de la population, ce qui me laisse un léger doute.

L’idée démocratique a ensuite pratiquement disparu au Moyen Age. Sauf exception notable du pays faranchin et de La Grave, que vous connaissez aussi et que je pourrais vous décrire pendant des heures !

L’idée démocratique est réapparue à l’époque des Lumiéres, avec les Péres Fondateurs de la démocratie américaine en 1781, puis Siéyes (et d’autres) lors de la Révolution Franéaise de 1789. Ils étaient face au choix de la "démocratie représentative" (les citoyens élisent des représentants) ou de la "démocratie directe" (les citoyens exercent directement le pouvoir). Ils ont explicitement choisi la premiére forme, bien sûr pour écarter l"absolutisme des rois, mais aussi par crainte de l"absolutisme des peuples : "offrir au peuple en masse l’holocauste du peuple en détail" (Benjamin Constant). On a ainsi pu dire que la Révolution Française avait d’abord été une révolution bourgeoise.

Outre cette objection de principe, les Fondateurs avaient d’autres raisons plus concrétes pour écarter la démocratie directe :

  • L’impossibilité de réunir l’ensemble des citoyens dans un pays vaste et peuplé, alors qu’on pouvait le faire à Athénes.
  • Le faible niveau d’instruction de la population et donc la difficulté d’instituer un gouvernement populaire éclairé.
  • Le temps nécessaire pour participer aux affaires de la cité, les citoyens étant contraints de gagner leur vie (là encore é différence de la Gréce antique, où la démocratie était exercée par les hommes libres et exempts du travail).

Ce choix de la démocratie représentative était-il le bon ? En tous cas, à partir des Lumières nées en Europe Occidentale, la plupart des pays démocratiques ont adopté cette forme (En Europe, la Suisse et le Liechtenstein ont toutefois adopté une démocratie directe).

2. Vertus et limites de la démocratie représentative

Si la démocratie représentative a été adoptée par un si grand nombre de pays démocratiques, c’est sans doute quéelle a quelques vertus, je vais les évoquer briévement.

  • La volonté du peuple s’exprime par des représentants librement choisis en fonctions de leurs personnalités et de leurs programmes.
  • Les programmes sont préparés par des partis pluralistes, ayant a priori une certaine expertise (ce qui ne veut pas dire qu’on adhére à leur idéologie). Ces programmes sont publics.
  • La liberté de choix est garantie par un systéme précieux : débat public, choix individuel et secret dans l’isoloir.
  • Le pluralisme peut s’exprimer lors des débats à la chambre (confrontation majorité / oppositions), voire méme au niveau de la décision gouvernementale (gouvernements de coalition dans certains pays, cohabitation en France).
  • Les gouvernements ont latitude de déployer ou déadapter leur programme dans la durée, sauf révocation dûment prévue par une procédure constitutionnelle.
  • Enfin les représentants élus doivent rendre des comptes à l’issue de leur mandat, et s’astreindre à renouveler leur légitimité s’ils veulent étre réélus.

Mais quelles que soient les vertus de la démocratie représentative, il n’en reste pas moins qu’il y a loin de la promesse (un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple) à sa réalisation concréte.

Ces désillusions ont des causes :

  • La faible représentativité du parlement au regard des différentes catégories de la population (notamment les ouvriers et employés).
  • Le manque d’efficacité pour traiter les problèmes de long terme (court-termisme). Le calendrier électoral s’accorde mal avec les nécessités de réformes difficiles (c’est-à-dire impopulaires) et longues à faire accepter, comme la lutte contre le changement climatique et la destruction de notre environnement.

Qui ont des conséquences :

  • Le désintérét à l’égard de la chose publique et donc la faible participation aux élections. Globalement, entre 1958 et 2018, les taux de participation sont tombés de 75% à 50% ou moins, sauf pour l’élection présidentielle.
  • Le rejet de la classe politique, attisé par les populismes de tous bords (tous pourris), les populistes ayant soin de masquer soigneusement leurs propres turpitudes.

Ces déceptions conduisent évidemment à une foule d’initiatives et d’innovations pour "démocratiser la démocratie". Toutes visent à limiter le rôle des élus et de la classe politique, en faveur des citoyens lambda comme vous et moi.
_Par ailleurs il faut voir que les évolutions de notre environnement social, culturel, technique ont rendu envisageable ce qui avait été écarté par les Péres de la démocratie. Je peux citer :

  • Les progrés de l"instruction et un meilleur accés au savoir.
  • Le développement du temps libre (avec l’évolution du travail) permettant, au moins en théorie, une participation accrue et pour tous aux choses de la cité.
  • L’avénement d’internet et des nouveaux moyens de communication, qui facilitent l’échange via les réseaux sociaux et la capitalisation des expériences.

Du coup, on pourrait peut-être envisager une participation et un contréle civique accrus, voire une démocratie directe intégrale.

3. Donc, pourquoi pas une démocratie directe ?

La méthode démocratique (qu’elle soit représentative, directe, illibérale) se déroule en 4 étapes : l’élection, la délibération, la décision, la reddition des comptes. Chacune de ces étapes est plus ou moins développée, voire inexistante, selon la forme démocratique mise en éuvre. Je vais essayer d’analyser la pertinence (ou l’inadaptation) de la démocratie directe à chacune de ces 4 étapes.

1. L’élection

L’élection (eligere, choisir) a pour but de désigner des représentants et de choisir un chef (d’Etat ou de gouvernement). La démocratie athénienne ne négligeait pas cette étape, bien que sous des formes trés contestables (éviction des femmes, des esclaves, des étrangers).
Je pense que méme la démocratie directe ne peut faire l’économie de l’élection, sauf é rendre illusoires les étapes de débat et de décision (voir ci-aprés). La politique a besoin d’être incarnée (de préférence sous forme pluraliste !), et le refus viscéral de toute représentation me semble conduire inexorablement à l’impuissance. Les mouvements "Nuit debout" ou, plus récemment, des "Gilets jaunes" sont à cet égard révélateurs (quel que soit par ailleurs leur bien fondé, que je ne nie pas. Mais ceci est un autre débat).

2. La délibération

La délibération, c’est le constat des désaccords et la confrontation des idées, en vue d’aboutir à une décision. En démocratie représentative elle se situe au parlement, à l’Assemblée Nationale qui représente les citoyens dans leur ensemble, plus qu’au Sénat qui représente les collectivités locales.
_Il faut reconnaétre qu’internet renouvelle complètement cette étape de la délibération, ouvrant de nouvelles perspectives à la démocratie directe. Elles portent sur deux avancées :

  • Faciliter l’accés à l’information nécessaire pour se forger une conviction : rapports d’experts, programmes des partis, expériences locales ou internationales sont accessibles à tous, dés lors qu’on fait l’effort de chercher.
  • Faciliter l’échange et le débat, notamment avec les réseaux sociaux qui permettent à chacun d’exprimer ses opinions et de les confronter à d’autres.

Mais il faut aussi admettre Le côté obscur de la force :

  • Développement des infox et des manipulations, y compris par des officines étrangéres quasi étatiques.
  • Mise au point d’algorithmes (Google, Facebook) qui réduisent drastiquement le pluralisme : on like des opinions et, rapidement, les moteurs de recherche ne vous présentent plus que les faits confortant ces opinions. Chacun risque de s’enfermer dans une bulle de certitudes, propice aux fakenews et au complotisme.

3. La décision

La délibération n’a de sens que si elle conduit à une décision.
Et cette décision est sans doute le point d’orgue et aussi la tragédie de la politique : le pouvoir peut s’entourer d’experts, mais in fine il doit trancher entre des options contradictoires. Choisir, peut-être la meilleure décision, plus souvent la moins pire.

C’est la tragédie que mettent à profit les populistes (yavaitka, je vous l’avais bien dit !). Deux exemples :

  • Fallait-il acheter des millions de vaccins contre la grippe aviaire (H1N1 en 2009) qui se sont avérés inutiles ? Ou appliquer le principe de précaution malgré son prix ? Pour ma part je n’ai pas d’hésitation : Roselyne Bachelot avait raison et je trouve indigne la polémique selon laquelle elle aurait surtout enrichi les laboratoires.
  • Fallait-il maintenir les élections municipales du 15 mars 2020 ? Pour ma part je ne le pense pas et je crois que notre président aurait dû les reporter (son intuition initiale).
    Mais je méinterroge aussi sur la complexité des choix. : en acceptant les élections, Emmanuel Macron a privilégié la cohésion nationale, face à une opposition (Gérard Larcher, Christian Jacob) qui aurait crié au déni de démocratie. Et le maintien de cette cohésion n’était pas sans valeur.

On voit ainsi que la politique n’est pas une science, c’est plutôt un art. Et, comme l’art, la politique doit accepter la dimension tragique de l’existence. Nous le constatons amèrement aujourd’hui.

En résumé, je pense qu’un exécutif ayant la capacité de décider est fondamental, et même la démocratie directe ne peut s’en affranchir. La décision doit s’accompagner de la transparence, avec quand méme un bémol : on parle aussi de la dictature de la transparence...
Il reste que les contre-pouvoirs sont évidemment indispensables et constitutifs de la démocratie. La décision strictement jupitérienne du début du quinquennat m’a semblé une erreur.
Il reste que, dans les crises exceptionnelles telle celle que nous connaissons, il ne faut pas que les contre-pouvoirs mettent en péril la décision politique. En France, la Constitution prévoit déailleurs trois mécanismes pour déroger é la régle démocratique : les "pouvoirs exceptionnels" (article 16), "l’état de siége" (article 36) et "l’état d’urgence" qui est le nôtre actuellement. Un impératif démocratique demeure, que ces exceptions ne deviennent pas insidieusement la règle.

4. La reddition des comptes

Au terme du processus, il revient au prince que nous avons (provisoirement) élu de nous rendre des comptes. A-t-il été digne de notre choix, peut-il se représenter, doit-il partir ?
Il faut rappeler que V. Poutine s’est exonéré du nombre de mandats possibles en faisant élire président son premier ministre, avant de reprendre le pouvoir. Que Xi Jinping a fait abolir par le congrés la limitation à 10 ans d’une présidence et s’est fait reconnaétre président à vie.

Je pense que la reddition des comptes ne doit pas étre confondue avec le dégagisme, qui reléve plus d’un réflexe à fleur de peau (sortez les sortants !) que d’une analyse exigeante mais raisonnée d’un mandat. La reddition des comptes, c’est le retour sur les promesses des élections, c’est le regard porté sur la qualité des débats, c’est l’évaluation des décisions. C’est donc un moment de vérité essentiel à une vraie démocratie.

4. Pour une esquisse de conclusion

Arrivé à ce stade de mon article, je l’ai relu pour me faire une idée (une perception subjective ?) de ce qui en ressort. J’y vois finalement deux idées principales, et seulement deux :

Premiére idée, déjà peu consensuelle

La démocratie représentative est largement perfectible, du fait d’aberrations évidentes : impopularité de la classe politique (à l’exception des maires), faible représentativité électorale, trop d’idéologie partisane et pas assez de pédagogie dans les débats, manque de transparence dans les décisions.

Certes les nouveaux outils de communication rendent techniquement plus crédible l’avénement d’une démocratie directe. Mais la politique n’est pas une science et moins encore une technique. Elle repose sur des hommes, faillibles, trop sûrs d’eux, parfois incompétents voire corrompus. Mais aussi dévoués à la chose publique, désintéressés, ayant su acquérir une expérience et une autorité naturelle pour, in fine, décider là où l’expertise s’arréte. Et c’est à nous de choisir et de nommer les plus aptes.

Faut-il passer d’une démocratie représentative imparfaite à une démocratie directe, également imparfaite et qui n’a pas fait ses preuves (la Suisse est un cas particulier : pays riche et qui a su rester loin des tracas du monde) ? J’ai bien peur de jeter le bébé avec l’eau du bain !

J’ajouterai cette citation qui va en faire bondir plus d’un devant son ordinateur : "Il faut arréter de dire que le peuple a toujours raison. Quand un peuple vote pour l’extréme droite, quand un peuple vote pour le nazisme, il n’a pas raison, méme si c’est le peuple !" Vous aurez reconnu la phrase inattendue de Dany le Rouge. J’ajouterai cette autre citation prémonitoire, qui compléte et précise la pensée de Dany : "Souvent, la foule trahit le peuple" (Victor Hugo).

Deuxiéme idée, encore plus iconoclaste

Nous critiquons nos élus, et sans doute avons-nous raison.
Mais n’est-il pas temps aussi de nous regarder en face ? Quand est-ce que nous, le peuple, accepterons de devenir adultes ? Nous sommes condamnés à vivre ensemble entre adultes consentants, à restreindre notre ego pour devenir vraiment le peuple-responsable, accepter les régles qui fondent la vie sociale.

Avant de rejeter ce qui suit, lisez-le et ne me faites pas dire ce que je ne dis pas.

Quelle est l’étymologie du verbe "Obéir" ? Il vient de "Ob-audire". C’est-é-dire "Percevoir par les sens", "Percevoir par l"intelligence", "Comprendre".
Obéir, ce n’est donc pas s’infantiliser ni accepter la servitude. C’est accepter de ne pas tout savoir, de "comprendre" la complexité des choses pour mieux faire vivre la démocratie.
Je vais citer Tavoillot car je ne saurais mieux dire : "Obéir, ce n’est pas étre assujetti, c’est être un citoyen responsable, attentif aux autres, respectueux du bien commun, sensible aux réalités du monde, ouvert aux désaccords.

Messages

  • Ouf ! Il était temps que tu remettes de l’ordre dans nos messages qui partaient dans toutes les directions.
    Peut-être pas celles que tu souhaitais.
    Je vais commenter mais ton article est très clair et à la limite, il pourrait y avoir rien à redire.
    Je maintiens que la démocratie n’a jamais existé pour les raisons que j’avais citées avec lesquelles tu sembles d’accord. C’est le côté législatif. Hormis les femmes de riches familles qui étaient éduquées et cultivées, le peuple et les esclaves étaient analphabètes, illettrés dans le meilleur des cas. Etaient-ils aptes à prendre des décisions pour la cité ? De nos jours, alors que tout le monde est censé aller au collège jusqu’en troisième, on a vu avec les enragés des carrefours que le peuple n’a pas raison. Il a des raisons pour se mettre en colère mais comme il n’a pas les connaissances historicopolitiques nécessaires à la réflexion et par conséquent à des solutions, il aboie et il mord et c’est tout. Je te rejoins ainsi que mon Dany favori. Le peuple n’a pas toujours raison. En plus des exemples qu’il donne on peut ajouter le Brexit, erreur monumentale pour l’économie des royaumes-Unis, s’ajoute à cela le vote pour un fêlé à la Trump pour remplacer Thérésa May qui s’est battue pour que les conditions des traités ne desservent pas trop la Grande Bretagne. Il en est de même en Grèce où le peuple a voté à droite (heureusement pas à l’extrême) pour remplacer Alexis Tsipras qui s’est tant débattu quand Angela Merkel voulait faire sortir de l’Europe la mère de la démocratie.
    Le peuple a suivi en 1789 mais il n’a pas été à l’initiative de la Révolution et en 93, s’il avait eu le droit de vote, il n’aurait peut-être pas voté la mort du roi parce que Louis XVI et Marie Antoinette, mère de tous les maux du peuple français, n’ont pas fait couler autant de sang que le comité de salut public en a fait couler. Les révolutionnaires n’ont pas formé une seule et grande famille unie, il y avait les Montagnards et les Girondins, les Hebertistes etc...De nos jours, ils se mettent des casseroles qui cassent leur image, sous la Révolution ils s’entr’éxécutaient.
    On ne peut pas renoncer à la "démocratie" représentative mais il faut la revoir. De toute évidence, elle ne convient plus dans sa forme actuelle. Une démocratie directe ne peut exister que dans un petit pays et encore ! De toute façon, il faut un chef.
    Je peux comprendre la déception de ceux qui habitués à tout attendre de l’Etat, ont cru qu’un homme jeune, qui présentait un programme, qui a balayé les vieux partis souffrant déjà d’ostéoporose, allait tout régler.
    Ils ont juste oublié que la nation avait une vieille Histoire, un demi siècle de magouilles, qu’il ne pouvait pas régler en quelques mois. Quand il a mis le pied dans la fourmilière, ce qui a changé leurs habitudes, ils ont aboyé en courant dans tous les sens sans autre but que dire non à tout ce qu’il proposait. "Je n’écoute pas ce qu’il dit à la radio" disaient fièrement les enragés des carrefours. S’ils n’écoutent pas, comment peuvent-ils savoir ? "Rendez-nous notre pouvoir !" Qui a bien pu leur mettre en tête qu’ils avaient eu un jour le pouvoir ?

    • Bonjour Elisabeth,
      Merci d’avoir répondu à mon article, en l’éclairant d’ailleurs sur bien des points. j’en profite pour rebondir sur 2 éléments de ta réponse.

      Tu complètes à juste titre les exemples cités par Dany, comme quoi le peuple n’a pas toujours raison. Je voudrais préciser (et j’aurais dû le faire dans mon article) que dans bien des cas le peuple a certes eu tort mais surtout qu’il a été abusé de façon scandaleuse. C’est particulièrement le cas du Brexit où, Johnson (mais aussi Farage), a sciemment affiché des informations mensongères : par exemple : "Nous envoyons 350 millions de livres à l’UE chaque semaine, finançons plutôt notre NHS" (le service de santé public)". Et Johnson savait que ce chiffre était faux.
      L’élection de Trump relève d’une autre logique : la façon de calculer la majorité aux USA. En nombre d’électeurs, Hillary Clinton avait 3 millions de voix de plus que Trump (une paille !). Mais elle n’avait pas la majorité en nombre de délégués (les élus par Etat). Un mode d’élection voulu dès l’origine par les Pères de la Nation pour affirmer l’importance des Etats dans la politique nationale.

      Concernant les "Gilets jaunes", on pense l’un et l’autre que leur refus de toute représentation les a condamnés à l’impuissance et les a conduits à exprimer des revendications incompatibles entre elles.
      Je serai par contre moins véhément que toi à leur égard, dans la mesure où les causes de leur colère me paraissent justifiées : relégation en grandes banlieues (alors que beaucoup pensaient y trouver une vie meilleure), diminution des services publics, absence de transports en commun... La condamnation de la voiture individuelle (pour cause de CO²) et le sentiment d’être accusés par des nantis ont été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres.

  • Merci pour ces explications très claires.
    La démocratie représentative a l’air d’être une bonne option, (avec les bémols que tu cites)
    Mais je me pose des questions :
    Pourquoi beaucoup d’électeurs/ de citoyens se sentent floués dans ce système ?
    Est-ce qu’il n’y a pas un certain déséquilibre ?
    Quel est le poids les citoyens même organisés, face aux lobbies, industrie, patronat, banques qui pèsent de tout leur poids sur les politiques ? Où sont les contrepouvoirs ?
    Autrefois, il y avait des partis politiques bien structurés : PS, PC et des organes de presse plus libres (combien appartiennent à des grands patrons ?)

    En ce qui concerne les inégalités, les avancées sociales ont été obtenues d’abord en 1936 où les partis ouvriers avaient du poids et le "capitalisme" s’est laissé prendre par surprise.
    D’autres avancées sociales avec Le CNR, sa composition était très large et incluait les mouvements de résistance, tous les partis politiques et syndicats. A la libération De Gaulle a pris sa tête, mais il refusé le régime parlementaire (qui avait certes bien des défauts...) et s’est retiré. Avec la crise de la guerre d’Algérie : on est allé chercher un chef, c’est vrai qu’il a fait le boulot, mais il a aussi instauré un régime présidentiel...qui n’a fait que renforcer ses pouvoirs jusqu’à aujourd’hui...
    Dans la première année du gouvernement de la Gauche de François Mitterrand, de nombreuses réformes sociales sont faites ( SMIG, retraite à 60 ans , 39h...) Puis difficultés économiques (d’où venaient elles ???) et tournant de la rigueur ! Est-il inéluctable qu’en cas de difficultés économiques on serre la vis aux moins favorisés ? Ne faut-il pas chercher les causes des difficultés économiques et tâcher d’y remédier...
    Pour moi la désaffection des citoyens pour la politique vient en grande partie de ce qu’ils ne se sentent pas partie prenante, ni gratifiés de leur travail ou...sans travail.
    Pour faire vivre une démocratie représentative, il faut la confiance et l’implication des citoyens dans la représentation.

    (j’aurais peut-être des choses à dire sur l’implication...)

    • Salut Mimi, merci de ta réponse et d’ouvrir un débat sur plusieurs points. J’indique mes éléments de réflexion, évidemment sans certitudes.

      Concernant le poids des citoyens face à celui des autres acteurs que tu cites, je suis d’accord avec toi sur le déséquilibre des pouvoirs. Pour ma part je préfère éviter un vocabulaire trop idéologique : capitalisme, patronat, banques, ... chacun a son rôle, même les lobbies. Encore faut-il que ces rôles soient déclinés en toute transparence et dans un cadre régulé par l’Etat. La société bascule quand l’Etat laisse le champ libre à une société de marché généralisée. Non, un hôpital n’est pas une entreprise comme les autres.
      Par ailleurs, dans le déséquilibre entre citoyens et acteurs économiques, le citoyen n’est pas isolé. Des contre-pouvoirs continuent d’exister : presse d’investigation, syndicats, associations de consommateurs... qui doivent rester en éveil. Faire vivre la démocratie suppose une attention permanente, et il n’y a pas de victoire définitive contre les lobbies (cf. glyphosate, tabac, alcool...).

      Un autre problème que tu soulèves est celui des inégalités entre les riches et les pauvres. Rien ne me semble justifier les salaires extravagants de certains patrons, de certains sportifs... Ces inégalités de salaires et plus encore de patrimoines constituent un poison qui mine la cohésion sociale.
      Aux USA, dans les années 20, le taux de l’impôt sur la tranche la plus élevée était de 20% (en France, il est actuellement de 45%). Quand Roosevelt lance le New Deal, il porte cette tranche supérieure à 91% . Cette politique d’imposition élevée sera maintenue pendant 50 ans (jusqu’à l’arrivée de Reagan au pouvoir). Ce qui n’a pas empêché l’économie américaine de devenir la première du monde !
      La crise économique, qui va prolonger le drame sanitaire actuel, sera-t-elle l’occasion d’instituer un Etat fort (au bons sens du terme), soucieux d’égalité et de justice fiscale ? Emanuel Macron a eu des mots qu’on n’attendait plus (il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché...). Espérons qu’il saura s’en souvenir...

    • Merci pour toutes ces précisions, certains de mes termes étaient un peu simplistes par manque de temps pour affiner, ce que tu fais très bien. Je suis particulièrement d’accord avec ta phrase :"Faire vivre la démocratie suppose une attention permanente". L’exemple bien connu du New deal de Roosvelt est fort intéressant...j’échangerai bien Trump contre Roosvelt. C’est le désastre de la guerre qui a promu cette personnalité tout a fait intéressante, mais qui délivrera les US et le monde de Trump...

  • J’étais déjà convaincue des avantages de la démocratie représentative sur la démocratie directe et ton article me conforte dans ce sens.

    Par contre, je m’interroge sur le devenir de notre démocratie à la sortie de la crise sanitaire. Dans un article très pertinent, transmis par Dominique (Mellon), Gaël Giraud explique qu’elle sera suivie d’une crise économique inédite : explosion du chômage, fermetures d’entreprises, chute du PIB. Selon lui, renflouer le secteur bancaire ne servira à rien si l’économie réelle s’effondre et seul, l’Etat est à même de recréer des emplois et de faire repartir l’appareil productif.

    Cela peut constituer une chance formidable si l’Etat fait les bons choix. Mais il importe de contrebalancer cet Etat renforcé par des contre pouvoirs efficaces ; media, syndicats, société civile. en évitant bien sûr les dérives populistes.

    • Re-bonjour du matin, Jacqueline.
      Tu as mis sur le blog ce message que j’y ai découvert. Certains se demandent sans doute pourquoi passer par le blog et ne pas en discuter tous deux directement ? C’est ce que l’on fait, mais c’est aussi que le blog est un espace de discussion collectif, et vos contributions permettent d’en profiter.

      Ton message porte sur deux problèmes, très réels et importants depuis que l’on commence à réfléchir à l’après confinement :
      - Au sortir de la crise, l’Etat sera-t-il assez fort pour rompre avec les dogmes antérieurs (laissons faire le marché) et promouvoir une autre économie (Etat-protecteur), dans les conditions souhaitées par Gaël Giraud et évoquées en filigrane par E. Macron ?
      - Mais cet Etat-fort et sûr de lui saura-t-il écouter les contre-pouvoirs, ou voudra-t-il limiter drastiquement les libertés individuelles qui fondent la démocratie ? On a vu cette tendance à l’oeuvre lorsque les mesures d’exception de lutte contre le terrorisme sont passées en partie dans la Loi commune.

      Je n’en sais rien !
      Peut-être vais-je attendre vos points de vue dans d’autres contributions ? Peut-être vais-je aborder ces thèmes dans un prochain article sur les démocraties illibérales ?

      Pour le moment et avant de mettre en ligne ce message, je vais d’abord te le faire lire, comme je l’ai fait pour mes messages précédents : pour savoir si il est compréhensible, si je me fourvoie, s’il faut le reprendre ou le faire passer à la trappe...

      Bonne lecture à tous.

  • Sujet très difficile , merci pour ces présentations et échanges super bien écrits et construits, je vais voir du côté de la Suisse ce que je peux trouver

  • Oublions la démocratie directe impossible dans un pays de soixante millions d’habitants.
    Comme vous la savez, ce n’est pas l’optimisme la source de mes points de vue. Cependant de belles choses se font et je le reconnais. Globalement, je ne crois pas en l’humanité et encore moins aux mouvements de foule qui dégénèrent obligatoirement sans avoir créé quoi que ce soit. Ne me ressortez pas la Révolution de 89 puisqu’elle a été suivie d’un empereur dictateur, de trois rois. Pourquoi avoir éliminé la famille royale pour la reprendre après ? C’est un indice pour l’inconstance et l’amnésie récurrente des Français.
    D’où vient la méfiance devant les politiques ?
    Je vais vous donner quelques raisons, vous en trouverez d’autres. Je vais même vous en donner, des constats, que je ne comprends pas moi-même.
    Depuis François Hollande, à peine un candidat est il élu, qu’on le critique, qu’on se moque de lui. Bravo la presse et les médias ! On lui demande, parce qu’il ne fait pas partie de la bande de voleurs assassins qui l’a précédé de réparer en une semaine quarante à cinquante ans d’erreurs, de mensonges, de magouilles. On lui demande d’exécuter dès le lendemain son programme, comme s’il pouvait ne pas tenir compte des traités, des accords de son prédécesseur. On oublie qu’il a cinq ans pour mettre en place son programme.
    François Hollande comme Emmanuel Macron ont trop vite employé un gros mot : Réforme.
    "Q’est-ce que c’est ? On veut changer nos habitudes ? " On veut le changement pour les autres, pas pour soi.
    On descend dans la rue sans avoir compris pourquoi. Le syndicat l’ a dit. On croit qu’il défend nos intérêts, alors on le suit. ça, c’était il y a longtemps. Quand ils défendaient les ouvriers. Maintenant, on est revenu au XIXe siècle. Si ça vient du patron ou du gouvernement, c’est non. Alors on fait grève, on perd de l’argent et comme il n’y a pas moyen de faire entendre raison aux syndicats, le gouvernement tranche autoritairement, comme il en a le droit mais il devient impopulaire. Et les médias en remettent une couche.
    La question que je me pose, c’est pourquoi n’a t-on plus confiance en son député ? La chambre actuelle m’avait paru représentative de la société française puisque pour une fois, les députés n’étaient pas des vieux de la vieille, mais des gens issus de toutes les catégories sociales. Le problème, c’est qu’ils étaient novices en politique et que les vieux loups de la droite, les haineux de la France insoumise et les médias, s’en sont donné à coeur joie pour se moquer d’eux voire les ridiculiser. Pourquoi les soi-disant laissés pour compte ne sont-ils pas allés voir leurs députés avant de tout casser ?
    Un aveu, je n’aime pas critiquer le candidat de mon choix mais il s’est mal entouré. C’est bien joli la reconnaissance mais elle a des limites. Comment faire confiance à un candidat qui envoie son sexe sur instagram. c’est sa vie privée mais quelle naïveté ! La député européenne est une bonne secrétaire qui connait bien les dossiers mais il vaudrait mieux lui écrire ce qu’elle a à dire parce que ses initiatives sont maladroites et c’est un euphémisme.
    Il y a toujours eu des très riches, des moyens riches et des pauvres. Ce n’est pas bien mais c’est la réalité. Il y a toujours eu des gens qui veulent ce qu’a le voisin. S’il est riche, il n’est pas forcément malhonnête. Il s’en est donné la peine. La vie n’est faite que de choix.

  • Bonjour à tous,
    à propos de démocratie directe, il y a une petite anecdote qui m’a frappé. Vous avez tous entendu parler de la ville de Saillans ( Drôme) où une liste "participative" a été élue aux municipales de 2014. Mais le 5 mars dernier cette liste a été battue (de peu mais battue) par une liste "classique". Mais c’est là que c’est intéressant, la participation au vote a été de... 74 % ! Donc entre les deux systèmes...
    Denis H.

  • Bonjour tout le monde
    Je pars de l’article de J.F. sur les limites de la démocratie participative. J’en ajoute 3 :

    La discipline du parti : Quand nous élisons Mme ou M. untel, la plupart du temps, il appartient à un parti politique. Une fois à la chambre des députés, notre élu-e fera un travail plus ou moins important ( dans les commissions). La grande majorité d’entre eux fait ce travail avec beaucoup de sérieux et d’investissement, enfin je le crois/ je l’espère. MAIS voilà le moment de voter, et alors, il faut obéir à la discipline du parti. Rares sont les frondeurs, et souvent, ils ne vont pas jusqu’à la rupture. Donc, les résultats des élections législatives en France, tracent un chemin, pratiquement rectiligne pour 5 ans.

    Le vote utile. Le premier tour ne fait pas émerger des candidats, qui pourtant, apporteraient des idées nouvelles. Mais, voilà, en votant au premier tour, tout le monde pense au deuxième tour et c’est le "vote utile". Cet effet est (heureusement) limité pour les élections municipales qui permettent des alliances entre les deux tours. Certaines élections législatives ont un deuxième tour à 3 voire 4 candidats. C’est une chance, dans certaines situations. MAIS pour les élections présidentielles, le vote utile est très pressant dès le premier tour. Quand au deuxième tour, le vote utile consiste à "voter contre". Je ne vous fait pas un dessin, vous savez de quoi je parle .... Petite remarque : Quand Macron assène qu’il veut faire la réforme pour laquelle il a été élu, il fait semblant d’ignorer ce "vote contre".

    Le non cumul dans le temps. Je sais que le non cumul des mandats fait des progrès en France. Mais des "petits rois" occupent un fauteuil pendant de trop nombreux mandats successifs : risque de copinage, de clientélisme, de despotisme, constitution de réseaux... Mon idée : limiter à 2 mandats successifs. Laisser la place pendant au moins 1 mandat. Permission de se représenter après. (Je sais que ce serait difficile à appliquer dans les très petites communes)

  • Merci Jean-François pour cette thématique qui ne peut que nous interpeller. Pas question de remettre en cause la démocratie indirecte, même, si comme tu l’écris elle est perfectible. Je t’avoue que je n’ai jamais trop réfléchi au sujet ! mais voici ma petite contribution.
    Perfectible, déjà au niveau des communes, où les citoyens pourraient davantage "réagir" et interpeller leurs élus, notamment par l’organisation de référendums locaux, comme ce qui se passe en Suisse. Toutefois, je reste dubitative sur l’engagement des citoyens, car déjà, la participation aux élections locales ne dépasse guère 60 %.
    Au niveau de la Nation, le « chef » est indispensable ; ses compétences doivent être au niveau de la complexité (que je qualifierai d’exponentielle) de la gouvernance du pays avec ses interactions mondiales. Les modalités d’élection sont un premier point à optimiser ; en Amérique, c’est quasiment le candidat au plus gros budget qui l’emporte, vient ensuite la « gouaille », le discours populiste qui ont donc notamment donné le pouvoir à Trump. En France, on a bien amélioré le financement des campagnes présidentielles et les tribunes d’interventions des candidats, c’est un progrès.
    Le chef de l’état doit imposer les priorités … fussent-elles à long terme et pour cela il doit faire preuve de clairvoyance, notamment en écoutant les scientifiques …
    Un exemple : l’émergence des maladies infectieuses est une réalité énoncée par de nombreux chercheurs et épidémiologistes (résistance dramatique des bactéries aux antibiotiques, l’émergence de nouveaux virus…). En 2003, le virus Sars Cov 1 (maladie du SRAS) a été un avertissement mondial de pandémie…mais une chance, le malade n’était contagieux que quelques jours après avoir développé les symptômes, et finalement, la pandémie s’est éteinte fin juin 2003 (avec "seulement" 776 morts en 6 mois)…Cette chaude alerte aurait dû mobiliser la Recherche, la mise au point de vaccins, les équipements hospitaliers, etc pour anticiper l’émergence d’autres virus plus que probables (Sars Cov 2 est un cousin très proche, mais les malades sont contagieux avant l’apparition des symptômes !). Eh bien, vous voyez la situation (locale et internationale) que nous vivons !
    On attend du chef de l’état qu’il cible les grandes problématiques et « impose » les décisions que lui soufflent les experts : l’approche sanitaire vis-à-vis des maladies, les priorités pour faire face aux changements climatiques, les inégalités insupportables dans la société… Mais les citoyens qui n’ont pas les connaissances, qui « oublient », vont –ils faire confiance, soutenir ces décisions ? et surtout quels prix sont-ils prêts à payer pour ces objectifs qui leur paraissent (pour certains lointains ou improbables. Ce sont les limites de la démocratie ?

    • Salut Chris,
      Merci pour ta contribution du 9 avril. Je suis particulièrement sensible à ce que tu dis sur la nécessité de prendre en compte la complexité des phénomènes. C’est-à-dire repérer les multiples conséquences, souvent contradictoires, d’une action politique. Au final il faut bien choisir et décider, même en s’entourant d’experts. E. Morin disait que notre éducation nous apprend à séparer, mais qu’il faut aussi savoir lier, relier, conjuguer…

      Plus loin, tu cites la nécessité, pour le chef de l’Etat, de cibler trois grandes problématiques : approche sanitaire, changement climatique, inégalités. J’ajouterai volontiers l’approche économique : ce sont ces quatre domaines qui se télescopent et rendent les choix si complexes.

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