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Les sicles de la Renaissance

XVme et XVIme sicles

samedi 7 mars 2015 par Jean-Franois

Il y a 1 message en réponse à cet article.

Quel plaisir d’aborder cette explosion sensuelle de la Renaissance, ce renouveau de la pense et des arts, ces dcouvertes d’un nouveau monde...
Quel dommage de devoir y conter ce paroxysme de violence et d’intolrance exprim lors des guerres de religions.

Ainsi va le cours des vnements... Et puis, tant pis pour Tocqueville ! on peut garder l’une et oublier l’autre, admirer la naissance de Vnus et oublier l’aubpine refleurissant la Saint Barthlmy...

1- Renouveau culturel et dcouvertes

1.1- Les origines

La Renaissance est apparue en Italie au XIVme sicle (trecento, dans le dcompte italien des sicles) puis s’est tendue toute l’Europe occidentale dans les deux sicles qui ont suivi. Pourquoi une telle transformation de la socit cette priode ?

  • La prosprit retrouve

Comme nous l’avons vu dans le prcdent article, la prosprit du XIIme sicle s’tait nouveau effondre avec les guerres du Moyen-Age Tardif. Par ailleurs l’pidmie de peste avait dcim le tiers de la population europenne.

C’est prcisment cette diminution de la population qui permet l’amlioration du niveau de vie des survivants, avec plus de produits agricoles disponibles par habitant. La prosprit renforce la demande de biens et de services et cre une classe florissante de marchands et de banquiers, notamment en Italie.

C’est ainsi que les Mdicis, qui possdent la plus importante banque europenne, font de Florence le premier centre intellectuel et artistique du pays. A Milan, Franois Sforza, arriv au pouvoir en 1447, transforme la ville encore mdivale en un centre d’art majeur. Venise, une des villes les plus riches par sa domination de la mer Mditerrane, devient galement un centre culturel de premire importance, particulirement en architecture...

  • La libration intellectuelle

La prgnance de l’Eglise apparat moins pesante, celle-ci ayant t incapable d’apporter une explication ou un rconfort lors de la peste noire. Les textes arabes, traduits lors de la Reconquista espagnole, permettent une relance de la pense dans les domaines scientifique, philosophique, mathmatique… La chute de l’empire byzantin joue galement en ce sens, avec l’afflux de savants dans la pninsule italienne.

  • La mise en œuvre des innovations

Nous avons vu quel point les XIIme et XIIIme sicles avaient t riches en innovations, dans le domaine agricole, la production manufacturire, l’ingnierie navale… de mme les innovations financires (lettre de change, comptabilit en partie double), apparues ds cette priode.
Les instruments du renouveau sont donc disponibles. Ils n’avaient pu tre mobiliss dans la priode de guerres et d’pidmies qui a suivi, mais tout est en place au XVme sicle pour que la Renaissance les mette en oeuvre et en tire profit.

  • L’invention de l’imprimerie

Enfin, ce renouvellement de la culture et des savoirs peut se faire et diffuser rapidement dans l’Europe entire grce l’invention de l’imprimerie.

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Un atelier d’imprimerie

C’est Strasbourg que Johannes Gutenberg se forme la ciselure et la matrise des alliages, qui vont lui permettre de concevoir des caractres d’imprimerie. Revenu Mayence en 1450, il demande un riche banquier (Johann Fust) de l’aider financer son invention : production de caractres interchangeables en mtal, utilisation d’une presse bras et d’une encre adapte l’imprimerie. Le succs de leur entreprise est mitig et Gutenberg meurt en 1468, largement mconnu par ses contemporains.

Mais ds 1500, on compte plus de 200 ateliers d’imprimerie dans la seule Allemagne. Dans les cinquante annes, qui suivent l’invention de Gutenberg, vingt millions de livres sont imprims en Europe !

1.2- Le renouvellement artistique et culturel

Je laisse Elisabeth le soin (et le plaisir !) de vous dtailler cette partie. En voici juste quelques prmices.

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La Vnus de Botticcelli

La sculpture et la peinture s’ouvrent aux sujets profanes : le paysage (avec la dcouverte de la perspective) et le portrait, mme si les sujets religieux restent prdominants.

En architecture, l’esthtique prend le pas sur les impratifs de la dfense. Avec les amliorations de l’artillerie, les chteaux forts deviennent inefficaces : les crneaux, pont-levis, meurtrires… disparaissent au profit d’immenses fentres, de colonnes, de frontons et autres ornements, qui attestent la puissance et le raffinement du commanditaire.

Le mouvement humaniste et son idal universaliste se dveloppent. Les rudits (Ptrarque, Pic de la Mirandole, Erasme...), d’abord italiens, remettent l’honneur l’tude directe des lettres anciennes, hbraques, grecques et latines.

1.3- Les grandes dcouvertes maritimes

  • Vers l’Orient

Les Europens cherchent atteindre l’Orient (Inde, Chine, Japon) pour en importer les produits de valeur que sont alors la soie et les pices. La route terrestre tant contrle par les Ottomans depuis la prise de Constantinople, les Portugais ouvrent la route maritime longeant l’Afrique et entrent dans l’Ocan Indien (Vasco de Gama) en 1498.

En cherchant le passage du Sud-ouest vers les Indes, l’Espagnol Magellan effectue de 1519 1522 le premier tour du monde .

  • L’Amrique

C’est aux alentours de 1484 que Colomb envisage de passer par l’Atlantique pour aller aux Indes orientales et rejoindre le Levant par le Ponant. Le roi du Portugal rejette son projet, L’Espagne accepte de le financer.
La traverse de l’Atlantique le conduit en 1492 sur les rives d’un continent inconnu (ou oubli depuis les Vikings ?), l’Amrique.

Le Portugais Cabral dcouvre le Brsil en 1500, le Franais Jacques Cartier dcouvre le Canada en 1534.

1.4- La rvolution copernicienne

Depuis Ptolme et selon une lecture littrale de la Bible, il est clair que la terre est au centre de l’univers et que celui-ci tourne autour d’elle (ce qu’on appelle le modle gocentrique). Vous souvenez-vous d’Aristarque de Samos, qui fut le premier astronome proposer un modle hliocentrique du systme solaire ? Copernic va reprendre cette approche rvolutionnaire.

Nicolas Copernic est un chanoine n en 1473 en Prusse orientale. C’est aussi un astronome dont les comptences sont reconnues, puisqu’il est consult lors du concile du Latran (1512) sur la rforme du calendrier.

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Mouvement apparent de Mars

Le modle gocentrique lui apparat dfaillant et incapable d’expliquer certains phnomnes observs (notamment le mouvement rtrograde des plantes), ce qui l’amne envisager un modle hliocentrique. Il crit en 1513 un court trait en ce sens, qu’il fait circuler auprs de ses amis. Il le dtaille plus tard dans son œuvre principale, Des rvolutions des sphres clestes, achev vers 1530 et qui ne sera publi qu’aprs sa mort (1543).


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Voir Mars

Voulez-vous dcouvrir le mouvement rtrograde des plantes, mieux encore que Copernic lui-mme ? Voir Mars repartir en arrire ?
Si votre connexion est assez rapide, cliquez sur le document "Voir mars", mais avant, lisez les 4 lignes ci-aprs, pour bien suivre cette animation (merci Jean, qui m’a permis de la mettre en ligne !).

- Donc vous tes sur la terre, vous regardez vers la plante "E" (Mars) qui est sur une orbite un peu plus loigne du soleil, et qui va moins vite.
- Par rapport aux toiles, Mars vous apparat en "G".
- Au dbut tout est normal ; et puis, Pouf ! La terre rattrape Mars, et "G" semble repartir un moment en arrire...


Revenons au XVI me sicle, ou plutt au XVIIme !
La nouvelle thorie va devenir l’enjeu d’une lutte d’influence entre la science et la religion. En 1616, les travaux de Copernic sont condamns par le Saint Office, tant entendu que mettre le soleil au centre du monde est insens et absurde, formellement hrtique, oppos aux Saintes critures et l’interprtation commune des Saints Pres

2- Les rformes et les crises religieuses

Au dbut du XVIme sicle, la rforme de l’Eglise apparat de plus en plus ncessaire : on reproche au pape son luxe et les impts qu’il lve sur toute la chrtient, aux vques leur absentisme, au clerg son ignorance et son incapacit rpondre aux inquitudes du temps.

2.1- Les rformes

  • Le Protestantisme

Martin Luther (1483 - 1546) a la conviction que les œuvres humaines (et en particulier les indulgences ) ne peuvent apporter le Salut. Le conflit avec la papaut clate en 1517, propos de l’indulgence dcrte par le pape Lon X pour financer la construction de la basilique Saint-Pierre.

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Martin Luther

Luther rcuse alors la supriorit du pape et du clerg, en tenant la Bible pour seule source lgitime de l’autorit chrtienne, la religion tant une affaire personnelle et non dicte par le pouvoir en place
Sa nouvelle approche de la foi lui vaut d’tre excommuni en 1520.

D’autres rformateurs (Zwingli, Calvin, …) dveloppent des ides inspires de celles de Luther, donnant ainsi naissance au Protestantisme.

Luther a longtemps prch une attitude tolrante envers les juifs, sous rserve qu’ils se convertissent. Devant l’chec de cette approche, il adopte ensuite une attitude hostile et publie en 1543 un pamphlet d’une extrme violence, qui va contribuer au dveloppement de l’antismitisme en Allemagne.

  • L’Anglicanisme

En 1534, le roi d’Angleterre Henri VIII rompt avec la papaut qui a refus de reconnatre son divorce.
A partir de 1558, Elisabeth Ire cherche un compromis entre catholicisme et calvinisme : une hirarchie proche du catholicisme (mais l’Eglise est place sous l’autorit royale), un dogme nettement calviniste.

L’Ecosse adopte le protestantisme anglican (la reine Marie Stuart, catholique, est excute en 1587). L’Irlande, par contre, refuse l’anglicanisme. L’antagonisme anglo-irlandais, politique et religieux, parait ds lors irrductible.

  • La contre-rforme catholique

A partir de 1540 l’Eglise romaine tente une contre-rforme, notamment lors du Concile de Trente qui prcise les points du dogme mis en cause par les protestants, et condamne ceux-ci sans quivoque.

La scission est consacre en 1600, la situation religieuse de l’Europe comprend ds lors une majorit catholique, laquelle s’opposent l’Europe orthodoxe de l’est, l’Europe protestante des pays du nord et l’Angleterre anglicane.

2.2- Les guerres de religion en France

Dans la seconde moiti du XVIme sicle, huit conflits entre catholiques et protestants (appels aussi huguenots) vont ravager le royaume de France (de 1562 1598), dans un dchanement de fanatisme et de cruaut.

  • Les causes

Elles ont multiples et pas seulement d’origine religieuse.

- L’affaiblissement du pouvoir royal
Aprs Franois Ier et Henri II, leurs successeurs Franois II puis Charles IX sont trop jeunes pour imposer leur autorit, et la reine-mre Catherine de Mdicis hsite entre tolrance religieuse et rpression, ce qui ne fait qu’accentuer les tensions.

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Le duc de Guise


- Les oppositions entre familles nobles
Trois clans politiques s’affrontent et tentent de s’imposer pour contrler le pouvoir royal :
- les Guise, qui sont les meneurs du parti catholique.
- Les Montmorency, qui veulent contrer l’influence croissante des Guise, leurs rivaux.
- Les Bourbons, descendants de Saint Louis en ligne directe, meneurs du parti protestant.

- Les ingrences trangres
Les pays voisins entendent profiter des troubles pour affaiblir la France ou rcuprer des territoires :
- l’Angleterre et les princes allemands protestants appuient les huguenots,
- L’Espagne et Philippe II soutiennent la ligue catholique.

  • La monte des violences

Les premiers troubles apparaissent sous Franois Ier, puis Henri II multiplie les dits rpressifs l’gard des protestants. Sous Franois II, les Guise djouent la conjuration d’Amboise fomente par les protestants, qui subissent alors une rpression froce.
La France subit ensuite trois guerres de religion (entrecoupes de trves prcaires), pendant lesquelles vont se multiplier les massacres de protestants ( Sens, Tours, dans le Maine, en Anjou...), les affrontements entre les armes conduites par les Guise et les Montmorency, les prises de villes importantes par les huguenots, conduisant des massacres de catholiques (Nmes...). Jusqu’ la Saint Barthlmy de 1572.

  • La Saint Barthlmy

Le 18 aot 1572, Paris clbre le mariage de Marguerite de Valois (sœur de Charles IX) avec Henri de Navarre (futur Henri IV). Pendant les festivits, Coligny est bless lors d’un attentat attribu aux Guise. Le soir mme, le roi convoque une runion au cours de laquelle est dcide l’limination des chefs protestants, pour prvenir tout risque de soulvement huguenot. Le commandement des oprations est confi au duc de Guise...

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La Saint Barthlmy

Dans la nuit, Coligny, bless, est achev. Les nobles protestants logs au Louvre sont massacrs. les Parisiens les plus exalts se laissent emporter par la violence, ils poursuivent et tuent les huguenots pendant plusieurs jours, malgr les appels au calme lancs par le roi.
Le 24 aot, une aubpine refleurit au cimetire des Innocents, signe que le massacre est approuv par Dieu (!). La tuerie reprend puis gagne Orlans, Angers, Lyon, Bordeaux, Toulouse...
Au total, le nombre de morts est estim 3.000 Paris, 10. 000 30.000 dans toute la France.

  • Les suites de la Saint Barthlmy

Sous la pression des catholiques, Charles IX et Catherine de Mdicis bloquent toute politique de conciliation avec les protestants, dont beaucoup migrent Genve.

En 1574, Charles IX meurt sans hritier. Son frre devient roi de France sous le nom de Henri III.

En 1575, une arme de retres commande par le prince de Cond (protestant) dvaste l’est du royaume, les catholiques s’organisent alors en ligues, commandes par le duc de Guise. Fort de son influence et du soutien populaire, Guise (dit Le Balafr) n’hsite plus humilier le roi et tend exercer la ralit du pouvoir. Le 23 dcembre 1588, le roi ordonne son assassinat ( Blois). A-t-il vraiment dclar Il est encore plus grand mort que vivant ? S’est-il cri Maintenant, je suis roy ?
On va retrouver une lettre dans la poche du Balafr : Pour entretenir la guerre civile en France, il faut sept cent mille livres tous les ans...

Suite ce crime, la Sainte Ligue dclare le roi tyran et tratre la cause catholique. Le 1er aot 1589, il est assassin Saint-Cloud par un moine fanatique.
Henri de Navarre, bien que protestant, devient ds lors l’hritier lgitime du trne de France.

  • Henri IV et l’apaisement

La Ligue, qui tient toute la France du Nord et peut compter sur le soutien de Philippe II d’Espagne, refuse de reconnatre un roi protestant.

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Henri IV

Pendant deux ans, Henri IV multiplie les oprations prs de Paris et en Normandie, mais il comprend qu’il ne sera jamais accept s’il reste protestant. Il abjure le protestantisme et se convertit au catholicisme en 1593, il est sacr Chartres le 27 fvrier 1594.
Il dclare ensuite officiellement la guerre l’Espagne et crase les dernires forces armes de la Ligue. En 1598, la France et l’Espagne signent la paix de Vervins.

Cette mme anne, Henri IV prpare Angers un dit de tolrance et de pacification, qu’il va soumettre Nantes. C’est l’Edit de Nantes, par lequel les rforms obtiennent la libert de conscience, une libert de culte (limite) et l’galit civile avec les catholiques. Pour se protger, ils disposent galement d’une centaine de places fortes pour huit ans, privilge renouvel en 1606.
La France connat alors une situation indite en Europe, protestants et catholiques cohabitant sur un pied d’galit, reconnu par la loi.

3- Les Etats-Nations

3.1- Charles Quint

En 1506, Charles de Habsbourg (qui va devenir Charles Quint) est matre des Pays Bas et de la Franche Comt. En 1516, il devient Roi d’Aragon, de Castille, de Sicile et de Naples, et matre des colonies espagnoles d’Amrique. Il prend ensuite possession de l’Autriche, des duchs alpins et de l’Alsace !

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L’empire de Charles Quint

En 1519, il se prsente (ainsi que Franois 1er) l’lection du Saint Empire Romain Germanique. Avec l’aide financire du banquier Fugger, qui lui permet d’acheter les grands lecteurs, il devient Charles Quint, empereur du Saint Empire. Il peut ds lors envisager la monarchie universelle et chrtienne, rve de tous les empereurs, et reconstituer l’unification europenne de Charlemagne.

En fait, et bien que devenu le souverain le plus puissant d’Europe, il ne va pouvoir raliser ce rve, face aux difficults qui affectent l’empire :

  • La crise religieuse, puis sociale et politique, due la monte en puissance des ides de Luther. Les chevaliers rhnans passs au luthranisme se rvoltent et imposent la Paix d’Augsbourg , qui reconnat les deux confessions.
  • L’offensive turque. Soliman (dit le Magnifique) s’empare de Belgrade et d’un grande partie de la Hongrie. il assige Vienne en 1529 (mais ne peut prendre la ville).
  • L’antagonisme avec Franois 1er. Pendant quarante ans, de 1519 1559, cette lutte va opposer les deux plus grandes puissances europennes, les autres pays s’alliant avec l’une ou l’autre pour maintenir un certain quilibre des forces.

Fatigu par ces checs, Charles Quint dcide en 1555 de renoncer au pouvoir, et il partage son empire :

  • Il renonce la dignit impriale en faveur de son frre, Ferdinand.
  • Il abdique de la royaut d’Espagne au profit de son fils, qui lui succde sous le nom de Philippe II.

En 1559, Philippe II et Henri II (successeur de Franois 1er), signent le trait de Cateau-Cambresis, par lequel la France est pratiquement vince d’Italie au profit de l’Espagne.

A la mort de l’empereur Ferdinand, ses successeurs, mdiocres, laissent s’affaiblir l’autorit impriale. La Paix d’Augsbourg est menace par l’affrontement des ligues : Union vanglique protestante et Sainte Ligue catholique. Le Saint Empire, certes immense, reste morcel en plus de 360 Etats indpendants que la famille des Habsbourg ne peut unifier.

3.2- La domination espagnole

En 1555 et aprs l’abdication de Charles Quint, son fils, Philippe II, possde l’Espagne, les Pays Bas et la Franche Comt, il domine l’Italie avec le Milanais et les royaumes de Naples et de Sicile, il devient en outre roi du Portugal en 1580. Par ailleurs, les trois quarts de l’Amrique sont espagnols, de mme que l’archipel des Philippines.

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Philippe II d’Espagne

Souverain quasi absolu, Philippe II se veut le dfenseur des intrts espagnols mais aussi le champion du catholicisme dans toute l’Europe. C’est pourquoi :

  • Il entre en conflit avec l’Angleterre anglicane, jusqu’ l’chec de l’Invincible Armada ).
  • Il intervient en France lors des guerres de religions.
  • Il participe la lutte contre les Turcs, jusqu’ la victoire navale de Lepante en 1571.
  • Il fait preuve d’une intransigeance religieuse totale, avec l’appui de l’Inquisition.

Le XVIme sicle correspond l’ge d’or espagnol :

  • Au niveau artistique, avec Cervants, Le Greco, Velasquez, Zurbaran...
  • Dans le domaine conomique, avec l’afflux des mtaux prcieux rapports des Amriques. Toutefois, cette manne est peu investie dans l’conomie espagnole, elle sert essentiellement entretenir l’arme la plus puissante d’Europe. L’Espagne cde cette facilit et ne cre pratiquement pas de valeurs : les produits sont imports, il favorisent en fait le dveloppement conomique de la France et surtout de l’Angleterre. Les banqueroutes vont d’ailleurs se multiplier en Espagne, ds 1557 puis en 1575 et 1597.

3.3- La monarchie en France

Aprs Louis XI et la rcupration de plusieurs territoires, la France est le pays le plus peupl d’Europe avec environ 15 millions d’habitants.

  • Louis XII administre avec rigueur le royaume, renforant l’administration, dveloppant les voies de communications… A l’extrieur, il mne trois guerres d’Italie pour faire valoir les droits de la France sur le duch de Milan et le royaume de Naples.
  • Franois Ier hrite ainsi du royaume le plus cohrent d’Europe, dfaut d’tre le plus puissant. Il rorganise le gouvernement royal, notamment les Finances et la Justice. Il instaure les prmices de l’tat civil et fait du franais la langue officielle du royaume, la place du latin.
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    Franois Ier

    En politique extrieure, il s’oppose Charles Quint et sa volont de dominer l’Europe mais essuie une suite de revers. Avec le trait de Cateau-Cambrsis, la France est, de fait, vince d’Italie, dsormais domine par l’Espagne.

    Au niveau culturel, Franois Ier importe en France la Renaissance italienne. Il multiple les tablissements d’enseignement, il cre la Bibliothque Nationale. Son rle de protecteur des artistes (Lonard de Vinci, Benvenuto Cellini) et de btisseur (Fontainebleau, Chambord) est considrable.

  • Comme nous l’avons vu, les successeurs de Franois Ier vont mal grer la monte du protestantisme et laisser la France en proie aux guerres de religions, jusqu’au rgne de Henri IV (1589 – 1610).

3.4- L’conomie anglaise

Aprs la guerre des Deux Roses (1455 – 1485) l’Angleterre rcupre ses forces et conforte son pouvoir maritime. Son point faible reste le nombre d’habitants : seulement 2 millions.

La seconde moiti du XVIme sicle est marque par un trs grand dveloppement dmographique : la population anglaise (hors pays de Galles) passe 4 millions d’habitants.
Le pays arrive faire face cette demande, par son agriculture locale, mais aussi et surtout par son industrie qui exporte, et fournit donc les moyens financiers permettant d’importer des produits agricoles.
Le dveloppement industriel est particulirement notable dans les domaines des houillres, des forges,des productions textiles, de la construction navale.

Londres devient une place commerciale et financire de premier ordre, concurrenant Anvers, avec la Compagnie des Indes Orientales (fonde en 1600), et le Royal Exchange (la Bourse, fonde en 1570).

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Magasins de la Cie des Indes

3.5- L’Italie morcele

La situation gographique du pays lui permet de dominer le commerce europen et favorise les Rpubliques maritimes telles que Pise, Gnes et Venise. Les marchands et banquiers richissimes prennent alors le contrle des Cits-Etats (Florence, Sienne, Lucques…). Nous avons vu comment le mcnat de ces villes a contribu au dveloppement artistique et culturel de la Renaissance.

Aprs la prise de Constantinople en 1453 et le contrle des voies maritimes par les Turcs, la puissance commerciale migre progressivement vers la Mer du Nord et l’Atlantique, au profit des villes de la Hanse et de l’Angleterre.

Au dbut du XVIme sicle, une bonne partie des tats italiens sont occups et entrent dans l’orbite de la France ou de l’Espagne, jusqu’au trait de Cateau-Cambresis, qui marque la fin de l’influence franaise.
Globalement l’Italie reste un ensemble morcel de Cits-Etats, en permanente rivalit.

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Et notre Europe, dans tout a ?

Dans mon article prcdent sur le Moyen Age central, je suggrais que l’ide d’une identit politique europenne tait absente de ces cinq sicles, mais que la priode tait fondamentale au plan des valeurs et aussi des failles, dont la plupart allaient traverser les sicles.
Il va en tre diffremment au cours des deux sicles de la Renaissance.

- Identit politique ?
Ces deux sicles des XVme et XVIme sicles ont vu deux tentatives de reconstitution d’une identit politique europenne : celle de Charles Quint avec le Saint Empire, celle de l’Espagne, championne du catholicisme.
Ces deux tentatives ont chou pour de multiples raisons que j’ai essay de rappeler ci-dessus, mais j’en retiendrai ici une plus gnrale et qui les englobe :
- Elles arrivaient trop tard, alors que les Etats-Nations taient dj constitus et avaient leur propre identit.
- Ces tentatives visaient conqurir les Etats voisins, plutt que leur proposer une approche fdratrice respectueuse de leurs identits.
C’est tout ce qui fait la valeur, l’originalit mais aussi la difficult de la construction europenne actuelle : il ne s’agit plus d’imposer la domination d’un pays, mais de proposer des valeurs et des services communs en vue de renforcer chacun des pays constitutifs de l’Union.

- Identit culturelle !
Identit politique (heureusement) avorte, il en va diffremment de l’identit culturelle dans cette priode de la Renaissance : on assiste une vritable adhsion aux dcouvertes italiennes, qui gagnent rapidement toute l’Europe.
Pour tre complet, j’aurais d citer cette adhsion ds le Moyen Age central, dans le domaine de l’architecture religieuse : quelle homognit, juste teinte de particularits locales, dans la construction des glises romanes puis gothiques qui couvrent alors le territoire europen !

Il en va de mme pendant la Renaissance pour les autres domaines artistiques et intellectuels :
- La floraison de chefs d’œuvres italiens va servir de rfrence inconteste pour tous les artistes europens (et ce jusqu’au dbut du XXme sicle).
- Les voyages hors d’Italie des artistes appels par les souverains, les voyages diplomatiques et les campagnes militaires vont contribuer la diffusion dans toute l’Europe des modles italiens, mme si des spcificits nationales se sont fait jour (notamment en peinture, aux Pays Bas et en France).

- Modle de civilisation europen ?
Les grandes volutions techniques, scientifiques, financires, de mme que les grandes dcouvertes, vont enclencher la domination mondiale de l’Europe pour plusieurs sicles. Ce modle va ensuite dpasser l’Europe pour devenir celui de l’Occident , ds lors qu’il va s’tendre l’autre ct de l’Atlantique.

Un des lments de la crise europenne actuelle est d’ailleurs que ce modle conqurant (je ne dis pas suprieur), invent par l’Europe, lui a chapp et a t repris par les USA lors de la seconde guerre mondiale, qu’il est en train de migrer sous des formes nouvelles vers la Chine et d’autres pays mergents, enfin qu’il se heurte aux limites cologiques que nous dcouvrons aujourd’hui, sans savoir (vouloir ?) les intgrer pleinement.

- Prosprit conomique ?
La situation conomique et financire de l’Espagne est riche d’enseignements quant aux fondements de la richesse des nations. L’afflux de liquidits en a fait la premire puissance du monde mais, faute d’avoir voulu investir et crer de la valeur sur son territoire, elle a vu cette richesse lui chapper au profit des pays producteurs et commerants.

C’est l’Angleterre qui, avec la France mais sans doute mieux qu’elle, a compris l’importance de l’innovation et prpar (videmment sans le savoir !) la rvolution industrielle qui allait assurer sa suprmatie au XIXme sicle.
L’Europe vit une nouvelle rvolution industrielle qui semble lui chapper. Comment en comprendre les instruments et savoir s’en saisir ?

- Identit religieuse ?
Malgr les deux schismes religieux du Moyen Age, on pouvait penser que la chrtient allait constituer un facteur d’identit europenne, notamment face au dveloppement de la religion musulmane sur le pourtour mditerranen.
La violence des crises religieuses va au contraire constituer un puissant facteur de division, avec les antagonismes entre catholiques, protestants, orthodoxes, sans ignorer les antagonismes antrieurs avec les religions juives et musulmanes.

On voit cet gard combien il aurait t fallacieux d’voquer les origines chrtiennes de l’Europe , comme il avait t envisag dans le prambule de la Constitution (avorte) de l’Europe (en 2005). Face la multiplicit des religions, face la monte des intolrances et des massacres auxquels nous assistons aujourd’hui, ce qui peut fdrer l’Europe c’est la comprhension et la lacit, principes dont nous n’avons gure vu la ralisation au cours des deux sicles de cet article !

Pour finir cet article sur une note de comprhension et d’apaisement, il me parat tout indiqu de vous proposer ces quelques lignes de Montaigne.

Quand ma volont me donne un parti, ce n’est pas d’une si violente obligation que mon entendement s’en infecte. Aux prsents brouillis de cet Etat, mon intrt ne m’a fait mconnatre ni les qualits louables en nos adversaires, ni celles qui sont reprochables ceux que j’ai suivis.


Messages

  • Il me semble important de dcrypter ce que tu as suggr derrire les lignes, dans ta conclusion, la rubrique "identit religieuse".
    Ce qui n’apparait pas, c’est le rle de l’Eglise, c’est dire le rle du Pape et du haut clerg.
    Pourquoi la chrtient, qui a quand mme t un facteur fdrateur pendant tout le Moyen-ge, devient une cause de division la Renaissance ?
    L’imprimerie de Gutenberg, la rvolution copernicienne, la confirmation que la terre est ronde, ont chang les mentalits. A la Renaissance, Dieu n’est plus au centre des proccupations ; c’est l’Homme, entre le divin et le monde qui l’entoure.
    L’invention de Gutenberg a permis le dveloppement du livre et par consquent l’accs direct la Bible, ce qui a permis de constater l’obscurantisme de l’Eglise et ses mensonges, sa position politique plus que son rle spirituel. De l sont nes diverses tendances au sein mme de la chrtient : les papistes, les Luthriens, les Calvinistes, les Anglicans, les Orthodoxes.
    L’Eglise catholique domine encore mais n’est plus unanime et elle doit toujours composer avec le Saint Empire



    Répondre au message 2506 du 18 mars 2015, 18:03, par Elisabeth Slamani


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