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Moyen Age central et tardif Moyen Age central et tardif

Du XIme au XVme sicles

samedi 28 février 2015 par Jean-Franois

Il y a 3 messages en réponse à cet article.

Aprs les cinq sicles obscurs du Haut Moyen-Age, l’Europe va entrer dans une priode formidablement contraste :
- Trois sicles d’effervescence, de dcouvertes et de prosprit : le Moyen-Age Central, malheureusement obr par l’pouvantable aventure des Croisades.
- Puis deux sicles macabres, le Moyen-Age Tardif, marqus par les guerres et les pidmies.
Mais c’est aussi le Trecento, la concurrence entre les cits italiennes, une mulation conomique, artistique et architecturale qui ouvre dj les perspectives de la Renaissance.

Avant de commencer votre lecture, je vous propose cette petite astuce : si vous trouvez des mots souligns d’un fin tiret, vous pouvez les survoler avec la souris pour avoir une explication complmentaire. Essayez donc ici !

1- Le Moyen-Age central

(du XIme au XIIIme sicle)

1.1- Population et socit

  • Terreurs de l’An mille ?

A partir de 980 et jusqu’en 1030, l’Occident vit-il dans l’apprhension de la prophtie de Saint Jean ? Aprs mille ans pendant lesquels il aura t enchan, l’Antchrist surgira et le mal envahira le monde ! Il est de bon ton de voir le diable partout et de le faire savoir, comme ce bon moine, Raoul Glaber : Je vis au pied de mon lit un petit monstre noir forme humaine, la face macie, le cou grle, une barbe de bouc....

En ces premires annes du sicle, comme pour donner raison au texte de Jean, les vnements malheureux se multiplient : pluies diluviennes, hivers interminables, inondations, provoquant disettes et famines. Fort heureusement, pas plus que l’an 1000, l’anne 1033 n’apporte la fin du monde ! Pour tout vous dire, les terreurs de l’an mille furent inventes par un chroniqueur du XVIme sicle en mal de copie. Et le moine Glaber tait un peu drang...
Ce qui est vrai, c’est que passs les traumatismes des invasions des sicles prcdents, un sentiment nouveau de soulagement s’empare alors de tous, une frnsie de constructions et de dcouvertes anime l’Occident.

  • Dcouvertes scientifiques et techniques

En mathmatiques, systme dcimal et algbre sont transmis par les Arabes, invention de la lunette de vue, observations du ciel…

Les techniques navales s’amliorent : invention de l’astrolabe, redcouverte de la boussole, mise au point de la voile latine et du gouvernail d’tambot (galement apports par les Arabes). Toutes ces techniques permettront les grandes dcouvertes qui vont suivre.

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L’assolement triennal

Dans le domaine agricole, les progrs sont galement spectaculaires, avec l’invention de nouveaux quipements (collier d’paule, charrue mtallique, moulins eau et vent) et une nouvelle technique de culture : l’assolement triennal, qui vite l’appauvrissement des sols et amliore les rendements.

  • Renouveau agricole et croissance de la population

Aprs l’an mille et jusqu’en 1300, la temprature plus leve du continent permet la mise en culture de terres encore en friche : forts nordiques, marais atlantiques, maquis mditerranens. Seigneurs et abbayes attirent des colons dfricheurs et leur proposent de crer de nouveaux villages, dont la toponymie garde la mmoire : Villeneuve, Bourgneuf, Sauvet...

Avec les progrs de l’agriculture, les productions augmentent et se diversifient, les surplus peuvent tre commercialiss (vigne, lin...), d’autant que la scurit revenue et l’amlioration des voies de communications permettent de relancer les transports.

Meilleure alimentation, meilleures conditions de vie, la population europenne augmente considrablement, elle passe de 30 millions en l’an 1000 80 millions en 1347.

  • Dveloppement des villages et des villes

Cette augmentation de la population concerne les villages mais aussi de nouvelles agglomrations construites aux carrefours d’changes : les bourgs, o les habitants, les bourgeois, se consacrent l’artisanat et au commerce.

De grands ples urbains commerciaux apparaissent galement :
- en Italie, o Venise, Gnes, Pise… contrlent les changes mditerranens.
- dans les Flandres et en Mer Baltique, o les Hanses dveloppent le commerce en Mer du Nord, de Londres Bruges et Novgorod.
- En France, avec notamment Lyon et les foires de Champagne.

  • La fodalit

Souvenez-vous, Charlemagne avait cr la fodalit en imposant les serments de fidlit des vassaux qui lui devaient allgeance et soutien militaire, et recevaient en change un fief.

A partir du Xme sicle, le fief devient hrditaire et transmis au fils an pour viter le morcellement des proprits. Il structure la vie des populations : les serfs appartiennent leur seigneur, ils lui doivent redevances et prestations de travail. En contrepartie, le seigneur est cens assurer la paix, rendre la justice, entretenir les voies de communication, installer des pages.

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Le chteau de Loches

Au XIme sicle les mottes castrales, trop fragiles et soumises aux incendies, sont progressivement remplaces par des chteaux forts en pierre (Langeais, Loches...) o vivent le seigneur et ses chevaliers, compagnons d’armes a priori chargs d’assurer la scurit.
En ralit, ce systme, loin de garantir la paix, dveloppe les guerres prives, seigneurs et chevaliers s’en donnant cœur joie pour attaquer leurs voisins et piller les campagnes, au grand dam des paysans qui les cultivent.

L’Eglise s’efforce de limiter cette violence avec la trve de Dieu (les armes sont interdites du mercredi au lundi) et le droit d’asile : si quelqu’un se rfugie dans une glise ou au pied d’un calvaire, il est interdit d’y toucher. Il suffit parfois de toucher un anneau scell dans le mur pour tre sauv !

1.2- L’Europe des royaumes et des empires

  • L’Angleterre

- Guillaume le Conqurant

Au XIme sicle et suite aux invasions prcdentes, le nord de l’Angleterre est une colonie viking dirige par un anglo-normand (Edouard, puis Harold).
En Normandie, le duc Guillaume, suite une sombre histoire de serment non tenu, dcide de passer en Angleterre pour y rcuprer le trne promis et usurp par Harold (je vous passe les dtails mais tout est dcrit dans la tapisserie de Bayeux).

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La tapisserie de Bayeux

Il gagne la bataille d’Hastings (1066) et soumet Londres, puis l’Ecosse. Il rorganise alors le pays dans le cadre d’une union entre la Normandie franaise et l’Angleterre.

- Les Plantagenets

Au XIIme sicle, Mathilde, hritire de l’Angleterre, pouse le comte d’Anjou (surnomm Plantagent ). Le territoire anglo-normand s’en trouve considrablement augment avec l’adjonction de l’Anjou, du Maine et du Poitou. Plus encore lorsque Henri II Plantagent pouse Alinor d’Aquitaine et rcupre tout le sud-ouest de la France. Le roi d’Angleterre devient le plus puissant des princes europens et possde la moiti des territoires francs !

En 1189, le troisime fils d’Alinor et Henri II devient hritier d’Angleterre sous le nom de Richard Cœur de Lion. A sa mort lui succde son frre, Jean sans Terre, ainsi nomm parce que, n’tant pas destin devenir roi, il n’a pas reu de terre en apanage. Son rgne est dsastreux : manquant de ressources, incapable de s’assurer le soutien des barons anglais, en conflit permanent avec le roi Philippe II de France, il perd successivement la Normandie, l’Anjou, le Maine et le Poitou. Battu Bouvines en 1214, il est contraint de rejoindre l’Angleterre.

- La Magna Carta

Les barons anglais, excds des exigences militaires et financires de Jean sans Terre et de ses checs rpts, entrent en rbellion et contraignent le roi signer la Magna Carta en 1215. Cette Grande Charte des liberts d’Angleterre garantit le droit la libert individuelle, limite l’arbitraire royal et tablit l’habeas corpus qui empche, entre autres, l’emprisonnement sans jugement.

C’est sans doute le document juridique le plus important dans l’histoire de la citoyennet, qui affirme l’Etat de droit. On en retrouve encore les chos dans la Dclaration universelle des droits de l’homme.

  • La France

- Le dbut des captiens

Nous avons vu comment, par un long processus, Hughes Capet a t sacr roi de France (Reims, 987) et mis fin la dynastie carolingienne. Quand mme, des oppositions demeurent et, pendant deux sicles les rois vont faire sacrer leur fils hritier de leur vivant, pour renforcer la lgitimit hrditaire de la dynastie par l’onction de l’Eglise.

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Le chteau de Montlhry

Mais si le roi, sacr par l’Eglise, est lgitime, il n’en reste pas moins faible, raill par les princes mmes qui l’ont lu. Son domaine est restreint (de Senlis Orlans) et il lui arrive d’tre dtrouss par le seigneur de Monthlry ! Aussi les premiers captiens comprennent qu’il leur faut avant tout agrandir leur pr-carr.
- Philippe Ier ? Il ne participe pas la premire croisade (1096) et profite de l’absence des grands seigneurs : c’est ainsi qu’il achte Bourges Eudes Arpin, fort press de partir se croiser !
- Louis VI le Gros ? Il soumet les chtelains d’le de France, marie son fils (Louis VII) Alinor d’Aquitaine et tend ainsi le domaine captien jusqu’aux Pyrnes. Mais Alinor est infidle ! Rpudie, elle pouse Henri II Plantagent, redonnant l’Aquitaine l’Angleterre (comme vous l’avez vu ci-dessus).

- Philippe Auguste (Philippe II)

Philippe Auguste, n en 1165, va s’avrer un des monarques les plus importants de l’poque mdivale, affermissant le pouvoir royal et cadrant le rgime fodal.
Il met en place une administration permanente et se dote des ressources lui permettant d’entretenir une arme professionnelle. Il utilise ds lors toutes les occasions pour agrandir son domaine : achat, confiscation des biens d’un vassal flon, victoire militaire (Bouvines), mariage...
A sa mort, son fils, Louis VIII, lui succde sans avoir d tre sacr du vivant de son pre : la monarchie est vraiment devenue hrditaire.

- Saint Louis (Louis IX)

Il accde au trne en 1226 l’ge de 12 ans, sa mre, Blanche de Castille, assurant la rgence.
Il doit affronter Henri III d’Angleterre, qui n’a pas renonc rcuprer les territoires reconquis par Philippe Auguste. Henri III, battu lors de la guerre de Saintonge, renonce ses revendications et accepte de signer un trait de paix, qui redonne la France ses provinces de l’ouest.

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Saint Louis

Tout au long de son rgne, fort de son autorit morale et d’un sens de la justice reconnus par tous, Louis IX intervient dans toute l’Europe pour arbitrer des dissensions : en Angleterre, dans les Flandres, en Navarre, en Aragon...

En politique intrieure, son action pour une rforme de l’Etat est considrable, notamment en matire de justice et de contrle des seigneurs (interdiction des guerres prives, rpression de l’arbitraire). Par ordonnances, il renforce le droit des femmes, interdit la prostitution. Les maisons closes (signales par du laurier) sont fermes. Connaissiez-vous l’origine de cette comptine, pas vraiment destine aux enfants ?

Nous n’irons plus aux bois,
Les lauriers sont coups,
La belle que voil
...


Louis IX est aussi un roi btisseur et un mcne : il soutient la construction de cathdrales (Chartres, Amiens, Reims, Paris...), d’abbayes (Royaumont, Maubuisson), il fonde la Sorbonne, fait construire l’hospice des Quinze-vingt et restaurer l’Htel-Dieu...

Trs religieux, il fait rprimer durement l’hrsie cathare.
Vis vis de juifs, son action est ambigu : il les protge quand ils sont injustement attaqus mais cherche aussi les convertir, fait brler le Talmud, impose le port de la rouelle, un disque jaune dfini par le Concile de Latran en 1215.

En 1244, gravement malade puis guri contre toute attente, il fait vœu de participer la 7me croisade (1248 1254). Elle s’avre dsastreuse, le roi est fait prisonnier puis libr contre ranon. Affect par cet chec, Louis IX dcide de participer une nouvelle croisade (la 8me, en 1270). Il y meurt cette mme anne lors du sige de Tunis.

  • Le Saint Empire Romain Germanique et l’Eglise de Rome

Je vous rappelle (mais est-ce bien ncessaire ?) que le Saint Empire est n de la Francie orientale, faisant elle-mme suite au partage de l’Empire de Charlemagne lors du trait de Verdun.

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Le Saint Empire

Le Saint Empire prsente plusieurs particularits qui le distinguent des Etats-Nations :
- Il est divis en un grand nombre de territoires (de la Baltique au nord de l’Italie), chacun dirig par un prince, quasi souverain.
- La fonction impriale n’est pas hrditaire, l’empereur est lu par sept grands lecteurs, presque tous germaniques.
- Les princes reconnaissent l’empereur comme le dirigeant de l’Empire mais ils appliquent les lois promulgues par la Dite d’Empire, laquelle ils participent.

- La "Querelle des investitures"

Le Saint Empire se veut hritier de l’Empire de Charlemagne, et prtend tre l’organisme politique unique de la Chrtient. Ce projet le met en concurrence directe avec la papaut et va conduire, au XIme sicle, cette querelle des investitures. Il s’agit de savoir qui, de l’Empereur ou du pape, a le pouvoir de nommer les vques et de lever l’impt sur l’Eglise. Problme crucial pour l’Empire qui manque de revenus et qui s’appuie sur les vques pour relayer l’autorit impriale, souvent mise mal par les princes.
Cette politique se heurte la rforme grgorienne, dfinie par le pape Grgoire VII, qui affirme la primaut du pouvoir spirituel sur le temporel. Aprs de multiples rebondissements, ponctus d’excommunications, le concordat de Worms (1122) marque le succs de la papaut et l’affaiblissement de l’autorit impriale.

- Frdric II

Les Etats pontificaux sont indpendants mais enclavs entre l’Italie du Nord, intgre au Saint Empire, et l’Italie du sud, o rgne Frdric II. En 1220, celui-ci se fait lire empereur du Saint Empire qui ds lors encercle Rome ; une situation inacceptable pour la papaut.

Prtextant du refus de Frdric de partir en croisade, le pape (Grgoire IX) l’excommunie, son successeur (Innocent IV) proclame sa dposition en 1244. Frdric II meurt en 1250 et sa mort met un terme l’expansionnisme de l’Empire en Italie.

- Le grand interrgne

Ainsi renforce, la papaut s’immisce directement dans la succession de Frdric II, crant ainsi un long interrgne dans l’Empire : elle refuse plusieurs fois le choix des grands lecteurs et accepte seulement en 1273 l’lection de Rodolphe de Habsbourg la fonction impriale.

Cet interrgne va avoir deux consquences fondamentales pour l’Europe :
- Une plus grande indpendance des princes et le morcellement de l’Empire, qui va caractriser l’Allemagne jusqu’au XIXme sicle.
- L’arrive au pouvoir de la famille Habsbourg, qui devient l’une des plus puissantes en Europe.

  • L’Espagne de la Reconquista

La Reconquista dsigne les luttes des chrtiens espagnols contre les musulmans pour reconqurir les territoire de la pninsule.

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La Reconquista

Au Xme sicle, l’Espagne chrtienne, divise, n’est pas en situation de faire face aux Maures. Le sort s’inverse au XIme sicle lorsque le califat de Cordoue se morcelle en petites principauts et que le royaume de Castille se renforce en annexant le Len (en 1037).
- Alphonse VI, roi de de Castille, s’empare de Tolde en 1085 mais les princes musulmans font appel aux Berbres d’Afrique du nord et Alphonse VI subit deux lourdes dfaites, en 1086 et 1108.
- En 1118, Le roi de d’Aragon s’empare de Saragosse, qu’il rige immdiatement en capitale.
- Le pape Innocent III parvient unifier les forces chrtiennes, qui remportent la victoire dcisive de Las Navas de Tolosa, en 1212. Les annes suivantes sont marques par la prise de Cordoue, de Valence et de Sville.
la fin du XIIIme sicle, les musulmans n’occupent plus que le royaume de Grenade.

Pour autant, les populations musulmanes et juives ne sont pas chasses des territoire et cohabitent avec les chrtiens. Cette coexistence favorise les changes culturels entre les trois religions, les grandes œuvres sont traduites et deviennent plus accessibles, notamment les ouvrages d’Aristote et d’Averros.

  • L’Empire byzantin

Dans le prcdent article, nous avons vu Byzance au fait de sa gloire, sous le rgne de Basile II. Pendant le Moyen Age Central, l’Empire connait deux vnements qui vont remettre en cause sa suprmatie et annoncent son dclin.

- Le Grand Schisme d’Orient

La papaut reproche au patriarche de Constantinople ses prtentions l’universalit chrtienne. Quant Byzance, elle reste trangre la rforme grgorienne. Ds lors, les conflits se multiplient : divergence thologique sur les concepts de Fils et de Saint Esprit, querelles sur les rites, sur la nature du pain de l’eucharistie... auxquelles s’ajoutent des intrts politiques divergents face l’occupation normande en Italie.
En 1053 le pape Lon IX excommunie le patriarche Kroularios, qui excommunie sont tour l’envoy du pape. Le schisme est ds lors inluctable et marque la sparation officielle entre les chrtiens catholiques, dans l’ouest de l’Europe, et les chrtiens orthodoxes dans l’est.

- Le dtournement de la 4me croisade

Les Byzantins sont a priori opposs aux croisades, affirmant qu’on ne peut tuer en portant la croix sur soi ! Par ailleurs, pour Rome, l’objectif des croisades n’est plus d’aider Byzance face aux musulmans (comme lors de la 1re croisade) mais de soutenir les nouveaux Etats latins de Palestine.

Il est prvu que la 4me croisade parte de Venise, mais les croiss se trouvent dans l’incapacit de rembourser les dpenses prises en charge par la ville. Aussi proposent-ils au pape, Innocent III, de dtourner la croisade sur Constantinople, dont la richesse est connue. En 1204, forts de leur droit de vainqueur, ils pillent la ville pendant trois jours...

1.3- Les Croisades

On peut s’interroger sur les motivations du pape Urbain II appelant la croisade (1095) :
- S’agit-il de garantir l’accs des plerins aux Lieux Saints ? Mais les perscutions, relles au dbut du sicle, se sont depuis apaises.
- Veut-il rpondre l’appel de Constantinople, menace par la victoire des Turcs Mantzikert ? Mais les Byzantins ne veulent pas la croisade, ils attendent une aide militaire contre les Turcs.
- S’agit-il d’une reconqute aprs les invasions arabes ? Mais elles datent de quatre sicles, la progression arabe en Occident a t stoppe en 732 et la tolrance rgne en Andalousie.
- Veut-il canaliser la violence de chevaliers sans terres, avides de batailles, qui rvent d’en dcoudre et voquent l’or de l’Orient ? C’est jouer avec le feu.

Urbain II en a sans doute conscience, il essaie de temprer l’enthousiasme que son appel a suscit et qu’il juge draisonnable.
C’est trop tard, de nombreux prdicateurs populaires relaient l’appel la croisade. Un groupe de 12.000 plerins sans ressources, conduit par Pierre l’Ermite, part de Rhnanie. Ils s’acharnent sur les communauts juives rencontres et plus de 10.000 juifs sont massacrs. Arrivs devant Constantinople, l’empereur s’empresse de fournir des bateaux pour qu’ils traversent le Bosphore. La croisade des pauvres gens est massacre par les Turcs.

La croisade des barons est, quant elle, bien prpare. Quatre armes partent la date prvue et se retrouvent en Asie Mineure. Antioche est prise en 1098, o les croiss se livrent aux massacres et aux exactions. Jrusalem est prise en 1099, la ville est livre au pillage et la destruction, une horreur stigmatise par les chroniqueurs francs eux mmes.

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Prise de Jrusalem

La croisade aboutit la fondation des tats latins d’Orient, organiss selon le systme fodal. L’islam est tolr moyennant un tribut vers aux seigneurs chrtiens, les paysans musulmans conservent leurs terres mais les juifs, rendus responsables de la mort du Christ, sont frquemment victimes de massacres, tel point qu’ils prfrent se soumettre la domination musulmane.

La deuxime croisade, lance l’initiative du roi de France Louis VII pour expier ses fautes, est un chec : sur 25.000 chevaliers, 5.000 parviennent Jrusalem, pour tre finalement mis en droute.

Les objectifs des croisades suivantes deviennent encore plus incertains : il n’est plus question d’aider Byzance mais de secourir les Etats latins menacs par les musulmans (ou, plus simplement, de se tailler un fief pour des chevaliers en mal de pouvoir).

La quatrime Croisade (comme vu ci-dessus) est dtourne pour prendre Constantinople et ses richesses. Il s’ensuit une haine profonde et durable de Byzance l’gard de Rome, d’autant que les Byzantins, s’ils reconquirent Constantinople en 1261, vont trouver leur ville dvaste par les croiss.

Cinq autres croisades sont encore lances au XIIIme sicle, la 8me voit la mort de Louis IX Tunis, la 9me choue sauver Acre, en 1291, mettant un terme cette terrible et absurde priode de la chrtient.

1.4- Religieux et intellectuels

  • Les faits religieux

- L’hrsie

La doctrine cathare considre que le monde matriel est tentation et corruption, le corps humain est la prison matrielle de l’me d’un ange, qui erre de corps en corps selon le principe de rincarnation. Seul le baptme spirituel (Consolamentum) peut briser la chane et permettre l’ange de regagner le ciel.

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Montsgur

En 1129, le pape Calixte III dnonce l’hrsie qui se rpand, notamment dans le comt de Toulouse o le comte y est favorable. Le pape l’excommunie et promeut la croisade (dite des Albigeois). Les petits seigneurs du nord, mens par Simon de Montfort et trop heureux d’en dcoudre, dferlent sur le comt et accumulent pillages et atrocits. A Montsgur, 200 cathares qui refusent d’abjurer leur foi sont brles vifs, hommes et femmes.

- L’Inquisition

Pour extirper l’hrsie, le pape Grgoire VII organise une mission spcifique, l’Inquisition, confie en 1215 aux Dominicains.
L’Inquisition fonctionne comme un tribunal, bas sur la recherche de la faute. Toute personne souponne est poursuivie, la dlation est stimule par la confiscation des biens des hrtiques, au profit du seigneur. En 1260, le pape va mme admettre le recours la torture...

- Les ordres mendiants

Suite au dveloppement conomique, les ingalits de richesse apparaissent insupportables la chrtient. Elles contribuent d’ailleurs au dveloppement de l’hrsie, qui prne la pauvret et le dpouillement. Deux personnalits exceptionnelles (et bien diffrentes) vont alors dnoncer l’opulence de l’Eglise des riches et des seigneurs :

- Dominique, jeune chanoine castillan cultiv qui se voue la prdication. Le pape fonde sa demande l’ordre de Dominicains, dont les rgles sont la chastet, l’obissance, la pauvret et l’ignorance (!). L’autorit de Dominique est telle que, pratiquement, il gouverne la chrtient occidentale, se mlant des affaires des rois et des papes. Et pourtant, sa mort, rien ne subsiste de l’oeuvre de cet homme, qui voulait arrter le temps...

- Franois, n Assise, un chevalier qui dcide de se consacrer la pauvret. Le pape hsite face ce lac incontrlable et il accepte seulement de fonder un ordre des Frres mineurs, les Franciscains.
Ds son poque, Franois apparat comme un rvolutionnaire, par la fonction qu’il assigne aux lacs et par sa reconnaissance de la valeur humaine des plus dmunis.

  • L’architecture religieuse

Au XIme sicle les constructions d’glises se multiplient et, dixit Raoul Glaber, le monde se couvre d’un blanc manteau d’glises. C’est la priode romane, avec les votes semi-circulaires en pierre qui remplacent les charpentes en bois, des murs pais et lourds pour contre-balancer la pousse des votes, des ouvertures rduites. C’est une architecture de l’ombre et du recueillement.

A la fin du XIIme sicle l’architecture gothique la remplace, avec l’arc bris et les votes sur croise d’ogives, qui reportent la pousse sur des colonnes et des arc-boutants, permettant d’allger les murs et d’ouvrir de gigantesques verrires et rosaces. C’est une architecture de lumire et d’lvation vers le ciel.

  • Les Universits

Pendant le Haut Moyen Age, les coles dpendent des monastres et se consacrent l’enseignement de la Bible. Au XIme sicle et avec le renouvellement urbain, des Universits sont ouvertes et permettent d’tudier des textes profanes. Des Collges permettent aux tudiants pauvres d’accder au savoir, comme le Collge de la Sorbonne ou celui de Navarre.

L’Universit de Montpellier est clbre pour ses cours de mdecine, celles d’Espagne pour l’enseignement juridique, celle de Paris pour le droit romain. En Allemagne sont fondes les Universits de Cologne et de Heidelberg. En Angleterre celles d’Oxford, puis de Cambridge...

  • Les intellectuels

partir du XIIe sicle on aborde une approche rationnelle qui s’efforce de comprendre le monde. Les intellectuels de cette priode sont nombreux et influents : Hugues de Saint-Victor, Pierre Lombard, Jean de Salisbury... En voici deux, peut-tre les plus clbres :
- Averros, un philosophe, thologien de l’islam, juriste, mathmaticien et mdecin musulman. Il est n en 1126 Cordoue, en Andalousie. On le dcrit parfois comme l’un des pres fondateurs de la pense laque en Europe de l’Ouest.
- Ablard, un philosophe, dialecticien et thologien chrtien, n en 1079 prs de Nantes. Il fonde en 1110 Sainte Genevive le premier collge, prfigurant l’Universit. Parmi ses nombreux ouvrages, son trait d’thique Connais toi toi mme inaugure le droit moderne, en fondant la notion de culpabilit non plus sur l’acte commis mais sur l’intention.

  • Les troubadours

Les dbuts de la fodalit sont d’une grande brutalit, avec les guerres prives et des chevaliers qui se comportent plus en soudards qu’en protecteurs des populations.
A partir du XIIme sicle, l’amour courtois se diffuse dans les cours royales et contribue l’apaisement des moeurs. Les troubadours, les trouvres, les minnesanger (en Allemagne) racontent en langues vulgaires l’histoire des preux : la chanson de Roland, l’Histoire du roi Arthur, Tristan et Iseult...

2- Le Moyen Age tardif

(XIV et XVme sicles)
Aprs trois sicles d’innovations et de prosprit, l’Europe va connatre deux sicles de malheurs.

2.1- La famine et la peste

Les premires annes du XIVme sicle sont marques par le petit ge glaciaire, avec une baisse des rendements agricoles conduisant des famines rptes. Celle de 1315-1317 fait plusieurs millions de morts en Europe.

Ces famines sont suivies en 1347 par une pidmie de peste (la Peste noire). Rapporte d’Asie centrale par les navires italiens, la maladie se rpand rapidement dans toute l’Europe et tue prs du tiers de la population en quelques annes : de 88 millions en 1300, la population passe 65 millions en 1400 et moins encore au milieu du XVme sicle.

2.2- La guerre de cent ans

A la mort de Charles IV (1328), les captiens n’ont plus de descendant direct. Le prince Edouard d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel, rclame alors son hritage : le royaume de France ! Vont s’en suivre cent annes de guerres, entrecoupes de quelques trves.

  • Les victoires anglaises

Le dbut du conflit est l’avantage des Anglais qui remportent la bataille de Crcy (1346), puis le sige de Calais, enfin la bataille de Poitiers (1356).
Un trait est sign Calais et, pendant quarante ans, aucune bataille importante n’a lieu. En 1380, la mort de Charles V de France, la guerre semble termine.

Mais en 1392, son fils, Charles VI, sombre dans la folie, tandis que la guerre civile fait rage entre Armagnacs et Bourguignons. Henri V d’Angleterre met profit ces troubles pour revendiquer nouveau l’hritage des Plantagents, il dbarque en Normandie et remporte la bataille d’Azincourt (1415), o la chevalerie franaise est mise en droute par les archers gallois.

  • Jeanne d’Arc

En 1422, Henri V d’Angleterre et Charles VI de France meurent la mme anne. Charles VII, le soi-disant dauphin, ne possde plus que quelques villes sur la Loire (Beaugency, Bourges...) et quelques lots de rsistance en Bretagne et en Lorraine.

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Jeanne d’Arc

C’est alors qu’une jeune lorraine de seize ans, Jeanne, dit entendre des voix qui lui ordonnent de bouter les Anglais hors de France...
Une anne d’pope : le 8 mai 1429, Orlans est reconquise, le 17 juillet, Charles VII est sacr Reims ; suivie d’une anne de prison : en 1430, Jeanne est faite prisonnire par les Bourguignons en tentant de dfendre Compigne. Remise aux Anglais, elle est condamne puis brle sur la place du vieux march de Rouen, le 30 mai 1431. Ses cendres sont jetes la Seine.

Charles VII, fort de sa lgitimit retrouve, s’emploie alors rorganiser le royaume et restaurer ses finances. Bien conseill, (notamment par sa matresse, Agns Sorel), il profite des troubles sociaux qui ravagent l’Angleterre, puise par la guerre. Il reprend Rouen, Honfleur, crase l’arme anglaise en 1450. La Normandie redevient franaise, puis la Gascogne, Bordeaux... La guerre de cent ans, commence en 1337, se termine en 1453.

ne.

2.3- Vers des Etats modernes

Pousss par les crises et les guerres, rois et princes mettent en place les instruments d’un Etat moderne : une fiscalit permanente, une arme, une administration efficace. C’est particulirement le cas de Louis XI en France, de Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille en Espagne, des Habsbourg dans le Saint Empire, des Mdicis Florence et des Sforza Milan.

  • L’Angleterre

En Angleterre, la Guerre des Deux-Roses , dclenche juste aprs la guerre de cent ans, marque l’antagonisme entre la maison royale de Lancastre et celle d’York. Elle donne naissance une nouvelle dynastie forte et centralise, celle des Tudor. Elle marque aussi la fin de la politique d’expansion sur le continent, l’Angleterre se concentrant ds lors sur sa vocation industrielle et maritime.

  • La France de Louis XI

Louis XI succde Charles VII en 1461.

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Louis XI

Il doit affronter Charles le Tmraire, devenu duc de Bourgogne en 1467 et qui veut un titre royal : il entend reconstituer la Francie mdiane, en rapprochant la Bourgogne et les Pays Bas ; de plus il est alli aux York d’Angleterre et constitue donc une relle menace pour la France.
Mais Louis est patient, il sait jouer de l’argent, de la ruse et des armes. iI dnoue l’alliance anglo-bourguignonne moyennant 425 000 cus, pays l’Angleterre. Le conflit avec la Bourgogne va quand mme durer dix ans, ponctu de batailles et de siges, jusqu’ la mort du Tmraire en 1477.

Pour Louis XI, le succs est total. La chute des princes et la fin des guerres ramne la paix et la prosprit :
- Dans le domaine conomique, il fait venir des Italiens pour crer une industrie de la soie, des Allemands pour relancer les mines, il fonde Lyon de grandes foires qui concurrencent celles de Genve, il organise Londres une prsentation des produits franais...
- En politique intrieure, il rorganise l’administration royale, confie des hommes srs, et fonde vraiment l’Etat. Pour tre inform de tout, et avant les autres, il cre la poste. Et il est impitoyable avec ses opposants, vous connaissez Jean de la Balue, accus de trahison et qui passe onze ans enchan dans les fillettes du roi !
- Il agrandit la France, en annexant le duch de Bretagne en 1475 par le trait de Senlis, la Bourgogne en 1482 par le trait d’Arras, le Maine, l’Anjou et la Provence suite la mort sans hritier de Charles V d’Anjou, le Bon roi Ren, qui aimait s’entourer de potes, Villon, Charles d’Orlans...

Le temps a laiss son manteau
De vent, de froidure et de pluie...


A propos d’Anjou, savez-vous que Louis XI, trs pieux, a ordonn la construction d’un sanctuaire Bhuard, aprs avoir chapp la noyade sur la Loire ? Et que Bhuard est tout prs de Bouchemaine ?

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Bhuard
  • Le Saint Empire

Les empereurs ont abandonn leurs prtentions italiennes et universelles et se concentrent sur les territoires germaniques. Leur dsignation par un systme lectif empche toutefois de constituer une dynastie prenne et l’Empire reste un regroupement lche de plusieurs centaines d’entits.

Le repli germanique favorise l’mancipation des royaumes hongrois, slaves et scandinaves, mais aussi des principauts italiennes.

  • L’Italie du Trecento (XIVme sicle)

- Les cits-Etats

Dans le dsordre cr par le conflit entre la papaut et le Saint Empire, des puissances rgionales ont merg et s’opposent :
- Le royaume de Naples contre la Sicile, gouverne par la dynastie aragonaise, hritire du Saint Empire.
- Florence la guelfe (favorable au pape) et Milan le gibeline (favorable l’Empire).
- Gnes et Venise, qui rivalisent pour dvelopper leurs comptoirs et leur empire colonial en Mditerrane orientale.

Paradoxalement, ce climat de luttes politiques va favoriser l’apparition de la Renaissance italienne : chaque cit veut supplanter sa voisine par les fastes de sa production littraire, artistique ou architecturale.

- Le Grand Schisme d’Occident

Autre consquence, en 1309, le pape (Clment V, un pape franais) installe la papaut en Avignon. En 1378, un pape italien (Urbain VI), revient s’installer Rome mais est rapidement dpos au profit de Clment VII, qui retourne en Avignon ! Les puissances europennes soutiennent alors l’un ou l’autre pape en fonction de leurs intrts :
En 1413, un concile est convoqu Constance par Jean XXIII (non, il n’y a pas d’erreur de frappe ! ). Martin V est lu en 1417, la papaut rejoignant dfinitivement Rome. La crise a profondment marqu la chrtient occidentale et durablement remis en cause l’autorit pontificale.

  • L’Espagne

- la runification des royaumes

En 1464, le mariage de Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de Castille rapproche les deux royaumes et permet l’unification politique de toute l’Espagne : Aragon, Castille et Lon ne forment plus qu’un seul Etat et constituent la nouvelle grande puissance de l’Europe.

- La chute de Grenade

A la fin du XVme sicle, Grenade reste le dernier reliquat des califats maures, progressivement repris lors de la Reconquista.
En 1492, les forces espagnoles entreprennent le sige de Grenade, dirig par Boabdil. Ne voyant pas de renforts arriver, Boabdil signe un trait livrant la ville sous la condition que les musulmans pourront garder leur juridiction et pratiquer librement leur culte. Le trait n’est pas respect par les vainqueurs, musulmans et juifs doivent se convertir ou s’expatrier en Afrique du Nord, o les juifs vont crer la communaut Sfarade.

Je laisse mes lectrices fministes le soin d’apprcier les reproches faits son fils par Acha al-Horra, la mre de Boabdil : Tu pleures comme une femme ce que tu n’as pas su dfendre comme un homme !

  • La fin de l’Empire byzantin

Vous savez que l’Empire Byzantin reprend Constantinople aux croiss, en 1261. Mais la ville est dvaste, sa reconstruction absorbe une grande partie des moyens financiers et des bandes turques conduisent des raids dvastateurs sur tout le territoire imprial. Au XIVme sicle, il reste Byzance une portion des Balkans et quelques bandes ctires au sud de la Mer Noire et autour de la Mer ge.

La chute de Constantinople parat ds lors imminente, elle est toutefois retarde par l’attaque des Mongols de Tamerlan contre les Turcs, qui dtourne ceux-ci de Constantinople. Mais aprs vingt ans de rpit, l’arrive au pouvoir de Mehmed II marque la reprise des hostilits. Constantinople est prise par les Ottomans en 1453, marquant ainsi la fin dfinitive du dernier vestige de l’Empire Romain d’Orient.
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Et notre Europe, dans tout a ?

Dans les trois prcdents articles, nous avons vu notre Europe, mme partielle ou temporaire :
- L’Europe de la mditerrane et de la culture, sous les Grecs.
- L’Europe puissance, sous l’Empire romain.
- L’Europe de tout le continent, sous Charlemagne.

Rien de tel dans cette priode du Moyen Age : ce que nous voyons, c’est la mise en place des Etats modernes et le d-tricotage de l’identit europenne. Mais si l’Europe politique disparat de nos crans radars, c’est aussi le moment o se forgent ses valeurs, positives ET ngatives, qui sont encore les ntres. C’est ce que je vais tenter de montrer.

Premier lment remarquable, la formidable capacit d’intgration des populations. Pass le stress des grandes invasions, rien ne semble plus distinguer le paysan normand du paysan gaulois, le vigneron burgonde du vigneron romain, l’artisan lombard de l’artisan trusque...
Bien sr, tous ces territoires ont t le sige de confrontations, notamment durant le Moyen-Age Tardif. Mais elles ont t d’origines sociales, politiques, religieuses, et ne semblent pas avoir eu d’origine ethnique.

Qu’est-ce qui a fait la capacit de ce territoire intgrer ses populations diverses, au point qu’on ne puisse plus les distinguer ? Pour ma part, je vois essentiellement deux raisons :
- La prosprit. Les trois premiers sicles ont t marqus par la prosprit, comme en tmoignent le renouvellement agricole, le dveloppement des bourgs et des villes, la reprise du commerce... A l’inverse, c’est en priode de crise que s’est dvelopp l’ostracisme (notamment l’gard des juifs).
- Une administration forte, efficace et juste. Il est frappant de voir comment les particularismes rgionaux ont longtemps domin la vie sociale (en France, dans le Saint Empire...) et comment l’administration et la justice ont t les instruments de l’intgration territoriale (Philippe Auguste, Saint Louis...).

La constance et la politique des petits pas sont galement apparus comme des valeurs ncessaires pour atteindre de grands objectifs : les bnficiaires de la priode n’ont pas t les va-t-en guerre des croisades, mais les gagne-petits arrondissant leur pr-carr avec obstination.
Les premiers captiens (Philippe Ier, Louis le Gros...) ont cet gard t les champions du ralisme, galement les princes espagnols qui, patiemment, ont construit l’unit politique du pays et progressivement reconquis les territoires annexs par les Maures.
Laissons le temps au temps : le trait de Paris prfigurant l’Europe a t sign il y a 65 ans. Il a fallu deux sicles et demi pour que Philippe Auguste estime que la lgitimit captienne tait acquise !

Autre apport fondamental qui, lui aussi, mettra bien du temps s’imposer : l’affirmation de l’Etat de Droit.
Lorsque, en 1215, quelques barons excds par les exigences militaires et financires de Jean sans terre le contraignent signer la "Magna Carta", ils ne savent pas qu’ils viennent de fonder les bases de la lgalit constitutionnelle.
Le pape, Innocent III, peut bien condamner cet accord scandaleux et dgradant, arrach au roi par violence et menace, l’Angleterre passe outre et devient la premire nation engage dans la lutte pour les liberts individuelles.
L’Europe absolutiste va mettre des sicles avant d’accepter cette valeur universelle, qui va pourtant faire l’originalit et la force de la civilisation occidentale.

Mme si je semble cultiver le paradoxe, je pense que cette priode a peru (furtivement il est vrai) une autre valeur universelle : la tolrance religieuse et la coopration des cultures.
Pendant trois sicles, l’Andalousie a montr, non seulement que les chrtiens, les juifs et les musulmans pouvaient vivre en bonne intelligence, mais que cette cohabitation donnait naissance une civilisation originale et prospre, de nouveaux savoirs regroupant ceux de l’Inde, du Moyen Orient et de l’Occident, une culture et un art de vivre dont nous voyons encore les traces Grenade ou Cordoue.
Hlas, cette parenthse heureuse a t vite referme : les Espagnols n’ont pas respect les clauses de tolrance demandes par Boabdil ; l’Europe a gch l’occasion de crer une entente des civilisations autour de la Mditerrane.

Enfin, c’est au Moyen Age qu’ont t mis en place les instruments d’un savoir libre, affranchi du proslytisme des clercs, pouvant tre transmis tous, riches ou pauvres. Les Collges et Universits se sont rpandus dans toute l’Europe, les plus prestigieux nous parlent encore (La Sorbonne, Oxford et Cambridge, Heidelberg...), leurs intellectuels ont marqu l’importance de la raison et de la tolrance et, d’une certaine faon, ont prfigur la Renaissance et les Lumires.

*****

Malheureusement, cette priode du Moyen-Age n’a pas apport que des valeurs positives. Elle a aussi engendr des horreurs qui ont travers les sicles.

La fodalit a t une faute sociale et conomique. L’Europe ne s’est pas seulement couverte d’un blanc manteau d’glises, elle a aussi multipli les chteaux forts et institu une socit d’ordres. En donnant certains la force des armes sans avoir les moyens de la contrler, la fodalit a permis les guerres prives et la spoliation des plus faibles, elle a remplac l’esclavage antique par le servage. Il a fallu des sicles (ou des rvolutions !) pour que le pouvoir central parvienne contrler les pouvoirs locaux des grands feudataires.
Heureusement, ce moment, l’Eglise a port les valeurs de compassion et d’humanit dans ce monde de violence, en instituant la trve de Dieu et le droit d’asile, en les imposant par sa force morale une chevalerie dvoye.

Mais comment l’Eglise (ou la papaut ?) a-t-elle pu ensuite oublier le message du Christ et sombrer ce point dans l’intolrance ? En se voulant universelle, en traquant les hrsies, elle a ouvert la bote de Pandore et dchan les violences : Simon de Montfort mettant sac le comt de Toulouse, Arnaud Amaury rprimant par le feu l’hrsie cathare (Tuez les tous, Dieu reconnatra les siens), l’Inquisition encourageant la dlation et extorquant les aveux par la torture...
Combien de sicles faudra-t-il, combien d’atrocits et de guerres de religions, pour que les Etats europens reconnaissent la lacit (et encore !), base de la tolrance religieuse et de la libert de penser.

Les croisades, avec leurs motivations multiples et ambigus, apparaissent comme une faute politique ayant conduit l’occupation du Moyen-Orient et des massacres d’une violence inoue, dnoncs mme par les chroniqueurs du temps.
La culture arabo-musulmane tait alors son apoge. Une confrontation pacifique des ides et un change des savoirs auraient pu conduire l’une et l’autre civilisation accepter leurs diffrences, viter les haines et les frustrations. L’erreur politique des croisades n’est pas trangre aux crises actuelles de l’Europe et du Moyen-Orient.

Enfin, on ne peut ignorer le rle du Moyen-Age dans le dveloppement de l’antismitisme.
Les Grecs, puis les Romains, ont t dans l’ensemble tolrants en matire religieuse, n’exigeant pas des populations conquises qu’elles abandonnent leurs cultes. Au dbut du Moyen ge, l’glise a certes qualifi les juifs de peuple dicide mais n’a manifest aucun dsir de les liminer.
C’est au moment des croisades, en Rhnanie et en Europe centrale, que l’antismitisme est vraiment apparu et a gagn l’Europe entire : accusation d’empoisonner les puits pendant la peste noire, interdiction d’exercer des mtiers autres que l’artisanat et le commerce, bannissements des royaumes de France, d’Angleterre, d’Espagne...
A la fin du Moyen Age, les haines et les prjugs sont en place pour que se dveloppe l’antismitisme moderne.

Heurs et Malheurs du temps. Fortune, Infortune, Fort Une (devise de la princesse de Bourgogne). Que de contrastes et de contradictions en ces cinq sicles que nous venons de parcourir. C’est l’occasion de citer Franois Villon, pour terminer cet article sur une note plus lgre. Franois rpond un concours lanc par Charles d’Orlans sur le thme des contradictions.

Je meurs de soif auprs de la fontaine
Chaud comme feu, et tremble dent dent
En mon pays suis en terre lointaine
Prs d’un brasier frissonne tout ardent
...
Rien ne m’est sr que la chose incertaine

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