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Les institutions europennes

dimanche 6 avril 2014 par Jean-Franois

Il y a 3 messages en réponse à cet article.

Le 25 mai 2014 nous allons voter pour lire les dputs du Parlement europen. Est-ce si important ? Pour rpondre cette question, j’ai voulu mieux comprendre les institutions europennes et illustrer leurs modes de fonctionnement.

Et, videmment, je ne vous pargne pas le rsultat de mes recherches !

Je ne vais pas dcrire toutes les institutions qui grent l’Union Europenne (il y en a une douzaine), mais me concentrer sur les cinq principales instances politiques et conomiques :

- Le Conseil europen.
- Le Conseil de l’Union europenne.
- La Commission europenne.
- Le Parlement europen.
- La Banque centrale europenne.

Je mentionnerai seulement ici et sans dvelopper cette autre institution importante : la Cour de justice de l’Union europenne, qui vise garantir une application uniforme du droit dans tous les pays de l’UE.

1- Le Conseil europen

(dit aussi : Conseil des chefs d’Etat ou de gouvernement)

  • Composition
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    Herman Van Rompuy

Comme son nom l’indique, il rassemble les chefs d’Etat ou de gouvernement des 28 pays membres.
Le prsident du Conseil europen est nomm par les chefs d’Etat et de gouvernement pour une dure de 2 ans et demis. C’est actuellement Herman Van Rompuy (de nationalit belge). Son mandat se terminera le 30 novembre 2014.
Sont galement membres du conseil :
- Le prsident de la Commission europenne (Jos Manuel Barroso, portugais).
- Le Reprsentant de l’Union pour les affaires trangres (Catherine Ashton, britannique).
A noter que seuls les chefs d’Etat ou de gouvernement sont appels voter les orientations.

  • Missions

Le Conseil europen a deux rles :
- Dfinir les orientations gnrales et les priorits politiques de l’UE.
- S’occuper des questions complexes qui ne peuvent tre rsolues un niveau infrieur de coopration.
C’est le plus haut niveau d’orientation de l’UE, mais il n’a pas le pouvoir de faire adopter des textes lgislatifs.

  • Mode de dcision

Le Conseil europen prend ses dcisions par consensus. Dans certains cas, dfinis par les traits, le Conseil europen statue l’unanimit ou la majorit qualifie.

JF
On considre souvent que les orientations de l’UE ne sont pas issues d’un processus dmocratique. Ce n’est pas exact en ce qui concerne le Conseil europen puisque tous ses membres ont fait l’objet d’un choix dmocratique (direct ou indirect) dans leurs pays respectifs.
Mais les responsables politiques (notamment franais) ont parfois tendance se dfausser des orientations prises :

  • soit qu’ils les aient approuves mais ne veulent pas les assumer lorsqu’elles sont impopulaires ou contraires leurs orientations affiches,
  • soit qu’ils aient d se plier la rgle commune, faute d’avoir su convaincre leurs partenaires.

La situation actuelle de la France me semble typique de ces ambiguts : F. Hollande, M. Valls et M. Sapin veulent rengocier Bruxelles le calendrier de retour l’quilibre des finances publiques. Sans doute ont-ils raison, l’excs d’austrit risquant de plomber durablement l’ensemble de l’conomie europenne.
Mais ces orientations politiques ne sont pas tombes du ciel, elles n’ont pas t imposes par la Commission. Elles ont t approuves par le Conseil des Chefs d’Etat et de gouvernement, dont F. Hollande lui-mme.
Sans doute y tait-il hostile mais il n’a pas pu convaincre ses collgues et d se plier la majorit des Etats europens qui, de fait, est librale.
C’est aussi a la dmocratie.
Et c’est aussi le moment pour Franois, Manuel, Michel et les autres d’afficher leurs convictions europennes et d’entraner leurs concitoyens vers une orientation moins librale de l’Union !

  • Pour ma part, j’attends donc une campagne europenne pdagogique et responsable, tant par la droite que par la gauche qui, en la matire, pourraient afficher des orientations certes diffrentes mais un gal soutien l’existence de l’Union. Sauf laisser le champ libre aux dmagogues anti-europens de tous poils, qui vont s’en donner cœur joie.
  • Raison de plus pour aller voter !

2- Le Conseil de l’Union europenne

  • Composition

Il runit les ministres des gouvernements de chaque pays membre de l’UE pour adopter des actes lgislatifs et coordonner les politiques. Lors de chaque runion du Conseil, les pays de l’UE dlguent le ministre charg de la politique faisant l’objet des dbats (par exemple les ministres de la sant pour une orientation concernant l’harmonisation des professions mdicales).
Chaque runion du Conseil est prside par le ministre issu du pays assurant la prsidence tournante de l’UE (cette prsidence change tous les 6 mois : c’est actuellement la Grce de janvier juin 2014, puis ce sera l’Italie, etc.).

  • Missions

Le Conseil de l’Union europenne a un pouvoir lgislatif partag avec le Parlement europen. Sans tre exhaustif, ses attributions sont les suivantes :
- Dcider (avec le Parlement) des actes lgislatifs proposs par la Commission.
- Coordonner les grandes orientations des politiques conomiques des tats membres.
- Dfinir la politique trangre et de dfense de l’UE (L’UE ne possde pas d’arme mais certains tats membres fournissent des troupes au sein d’une force de raction rapide).
Cette politique est mise en oeuvre par Le Reprsentant de l’Union pour les affaires trangres. (Catherine Ashton).
- Signer des accords internationaux dans des domaines tels que l’environnement, le commerce, le dveloppement, les transports, etc.

  • Mode de dcision

Le Conseil de l’UE prend gnralement ses dcisions la majorit qualifie.
Chaque pays a un nombre de voix en rapport avec sa population. Sur 352 voix ; l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni disposent chacun de 29 voix. Malte, le plus petit pays de l’UE, ne dispose que de 3 voix.

3- La Commission europenne

  • Composition
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    Jose Manuel Barroso

La Commission europenne comprend :
- Un prsident, actuellement Jos Manuel Barroso.
- 28 commissaires (un par tat membre).
Le prsident de la Commission est nomm par le Conseil europen (chefs d’Etat et de gouvernement), de mme que les commissaires (en accord avec le prsident de la Commission). Leur mandat est de 5 ans.

JF
Pour concrtiser, voici quelques exemples de domaines et du commissaire en charge de celui-ci :

  • Concurrence : Joaquin Almunia (Espagne)
  • Environnement : Janez Potočnik (Slovnie)
  • nergie : Gunther Oettinger (Allemagne)
  • Sant : Tonio Borg (Malte)
  • March intrieur et services : Michel Barnier (France)
  • Etc... Il y a au total 28 domaines, couvrant tous les champs de l’action politique.

* Missions

Les rglementations europennes

Il existe diffrents types d’actes lgislatifs.
- Les rglements, qui sont contraignants et doivent tre mis en œuvre intgralement dans toute l’Union europenne. Exemple, les appellations contrles des produits agricoles.
- Les directives, qui fixent des objectifs tous les pays de l’UE mais laissent chacun le choix des moyens pour les atteindre. Exemple, la directive sur le temps de travail.
- Les dcisions, qui ne contraignent que les destinataires auxquels elles s’adressent. Exemple, l’amende inflige Microsoft.
- Les recommandations, sans obligation pour leurs destinataires. Exemple, les politiques de rmunration des traders.
- Les avis, utiliss par les institutions pour exprimer leur point de vue.

Les missions de la Commission europenne sont les suivantes :
- Soumettre des propositions lgislatives au Parlement europen et au Conseil de l’Union europenne (ministres des Etats membres). La Commission dispose cet gard d’un droit d’initiative.
A noter qu’en vertu du principe dit de subsidiarit, une Loi, une directive... ne peuvent tre proposs au niveau europen que si elle s’avrerait inefficace au niveau national (ce principe veut donc qu’il faut toujours lgifrer au niveau le plus bas, s’il est efficace).
- Grer le budget de l’UE.
- Veiller l’application du droit europen (avec la Cour de justice).
- Reprsenter l’UE sur la scne internationale et ngocier des accords avec d’autres pays (cf. par exemple actuellement les accords de libre change avec les USA).

JF : pour illustrer, voici quelques exemples de rglementations ayant t dfinies par la Commission :

  • Agriculture
    • Possibilit pour les Etats membres de restreindre ou d’interdire la culture d’OGM sur leur territoire.
    • Exigences applicables en matire de certification vtrinaire pour l’introduction dans l’UE de certains animaux et viandes fraches en provenance de certains pays tiers.
  • Economie et finances
    • Application par les tats membres de taux rduits de TVA (dont services de restauration).
    • Niveau de garantie et dlai de remboursement des dpts bancaires.
  • Education
    • Programme d’action intgr dans le domaine de l’ducation et de la formation tout au long de la vie.
    • Conditions d’entre et de sjour des ressortissants de pays tiers des fins de recherche, d’tudes ou de formation.
  • Etc... Il doit y avoir des milliers de textes de cette nature.

  • Mode de dcision

Lorsque les services de la Commission laborent une proposition lgislative, celle-ci est d’abord soumise au collge des commissaires. Si elle est approuve, la proposition est communique au Conseil de l’Union et au Parlement, qui, aprs en avoir dbattu et apport des modifications, dcident de l’adopter ou non.

JF
On voit que la Commission europenne dispose d’un pouvoir considrable dans le fonctionnement de l’UE. Et ce d’autant plus qu’elle dispose du temps, de la permanence et de l’expertise, avec une administration importante et de multiples comits.
Sa lgitimit dmocratique parat toutefois incertaine ( tout le moins trs indirecte) : quels citoyens europens connaissent les commissaires, leurs rles, leurs orientations politiques ?

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Pour autant, elle sert aussi de bouc missaire des responsables politiques qui ne veulent pas assumer certaines orientations impopulaires. En voici un exemple amusant :
Il y a quelques annes, les eurocrates de la Commission avaient sorti un rglement communautaire relatif aux produits au lait cru. Il s’ensuivit logiquement une explosion indigne des fabricants franais, spcialistes incontests de nos bons camemberts mouls la louche. Franchement, l’Union Europenne n’avait-elle pas mieux faire que lgifrer dans ce domaine ?
En fait, c’tait le gouvernement franais qui, inquiet des risques d’pidmie de salmonellose, avait discrtement demand la Commission de sortir une rglementation renforant les mesures d’hygine pour la fabrication des fromages !


4- Le Parlement europen

  • Composition
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    Martin Schulz

Les dputs europens sont lus directement par les citoyens tous les cinq ans. En 2014 ils seront 751.
Le prsident du Parlement europen est actuellement Martin Schulz

Ils sont regroups par famille politique, et non par nationalit :
- Parti populaire europen (Dmocrates Chrtiens, Conservateurs, Libraux)
- Alliance progressiste des socialistes et des dmocrates (Socialistes, Sociaux-dmocrates)
- Alliance des dmocrates et des libraux pour l’Europe (Dmocrates, Libraux)
- Verts/Alliance libre europenne (cologistes, Socialistes, Rgionalistes)
- Conservateurs et rformateurs europens (Conservateurs, Antifdralistes)
- Gauche unitaire europenne/Gauche verte nordique (Communistes, Antilibraux)
- Europe liberts dmocratie (Eurosceptiques, Souverainistes)
- Non-inscrits.

JF
Pour illustrer, voici une liste de quelques dputs europens franais que vous connaissez probablement, regroups par famille politique (entre parenthses, le nombre de dputs franais dans le groupe) :

  • Parti populaire europen (30)
    • Jean Marie Cavada, nouveau centre.
    • Rachida Dati, UMP
    • Brice Hortefeux, UMP
  • Alliance progressiste des socialistes et des dmocrates (13)
    • Harlem Desir, PS
    • Isabelle Thomas, PS
    • Catherine Trautman, PS
  • Alliance des dmocrates et des libraux (6)
    • Marielle de Sarnez, Mouvement Dmocrate
    • Sylvie Goulard, Mouvement Dmocrate
    • Corinne Lepage, Action pour le 21me Sicle
  • Verts/Alliance libre europenne (16)
    • Jos Bov, Europe Ecologie
    • Daniel Cohn-Bendit, Europe Ecologie
    • Eva Joly, Europe Ecologie
  • Gauche unitaire europenne (5)
    • Jean-Luc Mlenchon, Front de Gauche
  • Europe liberts dmocratie (1)
    • Philippe de Villiers, Mouvement pour la France
  • Non inscrits (3)
    • Bruno Gollnisch, Front National
    • Jean-Marie Le Pen, Front National
    • Marine Le Pen, Front National

  • Missions

Le Parlement europen a essentiellement trois rles :
- Adopter les actes lgislatifs europens, en liaison avec le Conseil de l’Union europenne (les gouvernements). C’est la procdure lgislative ordinaire, qu’on appelait auparavant codcision.
- Exercer un contrle sur les activits des autres institutions de l’UE, notamment la Commission :
- Il donne son accord lors de la nomination d’une nouvelle Commission europenne et peut l’obliger dmissionner (motion de censure).
- il examine les rapports qu’elle labore et demande aux commissaires de rendre compte de leur action.
- Adopter le budget annuel de l’UE, conjointement avec le Conseil de l’Union europenne (ministres des Etats membres).

Depuis le trait de Lisbonne, le Parlement a ainsi une grande influence sur le contenu de la lgislation dans des domaines tels que l’agriculture, la politique nergtique, l’immigration, ...
Les diffrentes commissions parlementaires jouent un rle important dans ces domaines.

JF
On voit que le Parlement europen dispose de pouvoirs importants et peut (pourrait ?) constituer un rel contre-pouvoir dmocratique au pouvoir plus technocratique de la Commission.
Encore faudrait-il que les partis politiques (notamment en France) soient conscients de l’importance du parlement et ne l’utilisent pas comme point de chute honorifique pour des responsables recaser !
L’essentiel des lgislations politiques ou conomiques nationales sont maintenant dfinies au niveau europen (chaque anne, environ 70% de la production lgislative franaise serait transcrite de la lgislation europenne) :
NB : ce chiffre est erron (voir commentaire en bas de cet article), la fourchette tant de 10 20%.
Quoi qu’il en soit, le travail dans les commissions du Parlement est donc souvent dterminant et demande prsence et comptences.


5- La Banque Centrale europenne

  • Composition
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    Mario Draghi

La BCE comprend trois instances :
- Le Directoire qui en assure la gestion quotidienne. Il comprend six membres : le prsident de la BCE (actuellement Mario Draghi, italien), le vice-prsident et quatre autres membres). Ils sont dsigns par les chefs d’tat ou de gouvernement des pays de la zone euro pour un mandat de huit ans.
- Le Conseil des gouverneurs, qui dfinit la politique montaire de la zone euro et fixe les taux d’intrt auxquels les banques commerciales empruntent la BCE. Il comprend les six membres du Directoire et les gouverneurs des dix-sept banques centrales de la zone euro.
- Le Conseil gnral, qui contribue aux travaux de consultation et de coordination de la BCE. Il comprend les gouverneurs des banques centrales nationales des 28 tats membres de l’UE.

  • Missions

De pas ses statuts, la BCE a essentiellement deux objectifs :
- Maintenir la stabilit des prix (matriser l’inflation), notamment dans les pays utilisant l’euro.
- Maintenir la stabilit du systme financier, en assurant une surveillance des institutions et marchs financiers (cf. Union Bancaire).

Pour rpondre ces objectifs, la BCE exerce principalement les tches suivantes :
- Surveiller l’volution des prix et valuer les risques pour la stabilit des prix.
- Fixer les taux directeurs au sein de la zone euro et contrler la masse montaire.
- Grer les rserves de devises trangres des pays de la zone euro.
- S’assurer d’une surveillance approprie des institutions et marchs financiers par les autorits nationales.

JF : on a beaucoup reproch la BCE d’avoir un rle quasi exclusif de lutte contre l’inflation, alors mme que ce qui menace l’UE actuellement n’est pas l’inflation mais la dflation. Les statuts de la BCE la cantonnent thoriquement dans ce rle mais, notamment sous l’influence de M. Draghi, elle s’en affranchit de plus en plus :

  • Trs rcemment (dbut avril) M. Draghi s’est inquit de la trs faible inflation en Europe (une litote pour ne pas prononcer le mot dflation) et n’exclut plus de lancer une politique montaire agressive.
  • Par ailleurs le champ d’action de la BCE a t considrablement tendu dans le cadre de l’Union bancaire, puisqu’elle doit prendre en charge directement la surveillance des institutions financires systmiques (130 institutions, celles qui prsentent le plus de risque d’effondrement du systme par effet domino).

  • Mode de dcision

La BCE est totalement indpendante. Elle n’a pas le droit de solliciter ou accepter d’instructions d’aucun autre organisme, y compris le Conseil europen (chefs d’Etat ou de gouvernement).

JF
L’indpendance totale de la BCE est directement calque de celle de la Bundesbank. Elle marque la dfiance vis vis de la sphre politique juge trop laxiste et risquant de conduire l’inflation.
Ce faisant et sauf volutions rcentes de la BCE, l’Europe se prive de possibilits d’action montaire pour appuyer une politique conomique ou dfinir des mcanismes contra-cycliques (contrer le dploiement des crises financires).
Il est quand mme amusant de voir que les deux principaux pays libraux (USA et Royaume Uni) se sont bien gards d’tablir des cloisons tanches entre banque centrale et ministre charg des finances et peuvent orienter leur politique montaire en fonction de leur politique de dveloppement conomique.


6- Schma des institutions

pour ceux qui prfrent un schma un long discours, je vous propose ce magnifique dessin

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Fonctions et relations entre les institutions europennes

7- Conclusions toutes personnelles

Suite la prochaine lection du Parlement europen je ne pense pas qu’on assiste un renversement de majorit, les pays de l’Union restant pour la plupart de tendance librale-conservatrice. Avec quand mme un bmol du fait de :
- la participation du SPD au gouvernement allemand dans le cadre de la Grande Coalition,
- l’arrive du nouveau Premier ministre italien Matteo Renzi qui, pour le moment, a su marquer sa crdibilit en Europe tout en affichant clairement une orientation socialiste, tendance keynsienne.

Par contre on peut raisonnablement s’attendre  :
- une trs forte abstention, en France mais aussi dans la majeure partie des pays de l’Union,
- une monte en charge des partis anti-europens,
Ces deux phnomnes marquant la dsillusion des peuples l’gard de l’Union europenne, incapable de relancer l’conomie et de contrer la monte du chmage.

Je pense que ce double signal va amener les responsables politiques prendre encore plus conscience des risques d’un dlitement progressif du projet europen. Risques que, dans leur grande majorit, ils voudront viter.

J’y vois donc les prmices d’une volution substantielle des politiques europennes dans deux domaines :

- Une moindre pression en faveur du tout austrit dont on voit bien, mme en Allemagne, qu’il n’est pas tenable : l’essentiel des exportations allemandes se fait en Europe et il faut bien que les mnages et entreprises aient les moyens d’importer ces produits.
Les USA et le FMI soulignent d’ailleurs cette ncessit : l’Europe reste la premire zone conomique mondiale et la rcession qui est en train de s’y installer constitue un risque pour l’ensemble des pays.
Enfin tous les conomistes srieux (sic), voire mme certains responsables politiques savent bien que la dflation qui nous guette est un pige pouvantable, pire encore que l’inflation et dont on ne sait pas sortir (cf. la situation du Japon depuis une vingtaine d’annes).

- L’ouverture en faveur d’une politique de relance.
Certes on ne connatra plus des taux de croissance importants compte tenu des contraintes environnementales. Et d’ailleurs la croissance en tant que telle n’est pas souhaitable si elle aggrave les problmes climatiques.
Mais la croissance peut tre cible sur la transition nergtique, dans le cadre d’une politique industrielle et de recherche europenne, avec le dveloppement :
- des nergies renouvelables (il y a encore plein de Recherche et Dveloppement faire !),
- du nuclaire (?). Je sens que je ne vais pas me faire des amis en crivant cette ligne, mais on ne peut esquiver un dbat sur les cots rels de l’lectricit, l’amlioration de la scurit avec les EPR, la moindre mission de CO...
- des rseaux de transport d’nergie intra-europens,
- de la rnovation de l’habitat,
- des modes de transport alternatifs et de leur coordination,
- d’une fiscalit coordonne des missions de CO (non punitive, bien sr !),
- etc.

J’entends dj votre objection : comment financer une telle politique de relance, alors mme que les marges de manœuvre des Etats sont inexistantes (sauf en Allemagne), et que le secteur priv est encore plus endett que les Etats ?
Mais si, des possibilits existent :

  • L’instauration d’un Smic en Allemagne va y contribuer, avec l’amlioration de la consommation allemande, et donc europenne.
  • La nouvelle doctrine de la BCE va galement dans ce sens, et plusieurs moyens sont sa disposition :
    • assouplissement de la politique montaire conventionnelle, avec le rachat d’actifs des banques, leur offrant la possibilit de mieux financer l’conomie,
    • actions montaires non conventionnelles avec le rachat direct d’obligations d’Etat, actuellement interdit par le statut de la BCE mais de plus en plus voqu, ce qui leur permettrait de retrouver des marges de manœuvre,
    • Et pourquoi pas des euro-bonds europens, venant financer des projets cibls sur la transition nergtique ?

Bon, j’arrte l mes lucubrations d’europen convaincu et je vais me prparer. Bon sang, o ai-je mis ma carte d’lecteur ?


Si aprs ce bel effort de prsentation j’ai laiss des zones d’ombre (srement) ou pire, des erreurs, n’hsitez pas me faire part de vos questions et remarques.


Messages

  • Merci pour ce rappel trs clair, je vais pouvoir voter en toute connaissance de cause !
    J’avais vu dans un reportage que la BCE tait "infiltre" par de nombreux anciens de Goldman Sachs. Est-ce toujours le cas ?

    Dans un dbat rcent sur France-Inter entre Dominique Seux et Bernard Maris, l’un d’entre eux (je ne sais plus lequel), se dclarant toutefois pro-europen et mme fdraliste convaincu, soutenait la thse que la France ferait mieux de quitter l’Euro. Selon lui, il n’y a rien attendre de positif de la politique suivie de l’euro fort, et il ne voyait pas d’autre issue avec les forces en place.
    Son interlocuteur tait d’accord sur le fait que la politique actuelle de l’euro tait mauvaise, mais que tout n’tait pas perdu, il voyait encore une chance de reprise en main de la gouvernance de l’euro. C’est la premire fois que j’entendais soutenir cette thse de quitter l’euro ( part de la bouche de gens du style marine le Pen).

    • Salut Jean et merci pour ce message.
      J’ai aussi entendu ce dbat que j’essaie de suivre rgulirement sur France Inter.
      C’est B. Maris (conomiste de gauche, ancien d’Attac, actuellement au conseil d’administration de la Banque de France) qui soutenait la thse de la sortie de l’€. C’est la premire fois que je l’entendais aller jusque l. Cette thse est galement dfendue par J. Gnreux, un conomiste conseil de Mlenchon, par J. Sapir, un universitaire et conomiste qui fait autorit pour ses tudes allant en ce sens, et srement d’autres.
      Globalement, il me semble que tous les conomistes dits "htrodoxes" (cad non libraux) sont trs critiques quant la gestion de l’€ qui nous entrane vers la dflation (mais quand mme a bouge la BCE, sous l’influence de M. Draghi).
      J’ai entendu que B. Maris (au dtour d’une phrase) plaidait pour la sortie de l’€ sauf ce qu’on soit en mesure d’instituer le fdralisme, avec une politique conomique de la zone euro (ce qu’il jugeait sans doute peu probable). En ce sens il n’tait pas trs loign de D. Seux.
      Pour ma part je reste persuad qu’il faut continuer d’œuvrer en faveur du fdralisme, que ce sera trs progressif, trs lent mais que a s’imposera. Et que (en l’tat de mes analyses) cette voie reste prfrable une sortie de l’€.

      PS : quant ta premire remarque, je savais que M. Draghi est un ancien de Goldman Sachs. Il a srement d bien s’entourer !

    • Répondre à ce message (2217)



    Répondre au message 2216 du 13 avril 2014, 09:58, par Jean


  • Sur la foi de plusieurs informations concordantes, j’ai cru pouvoir affirmer que 70% des Lois nationales sont d’origine communautaire. C’est ce qu’affirment les souverainistes (pour s’en offusquer) et les europhiles (pour souligner l’importance de l’Europe). J’aurais d me mfier de ce bel unanimisme contre nature !
    En effet, patatras, j’ai entendu une chronique sur France Inter remettant en cause ce chiffre : 20% tout au plus des Lois votes par le parlement seraient d’origine europenne !
    J’ai donc approfondi mes recherches (ce que j’aurais d faire avant) et effectivement, selon les sources et la pondration apporte (on peut ne compter que les Lois vraiment importantes), il semble que la fourchette se situe de 10% 20%.
    Que mes fidles lecteurs veuillent bien pardonner cette erreur et qu’ils n’hsitent pas me faire part d’autres bvues qu’ils ont peut-tre repres.



    Répondre au message 2225 du 7 mai 2014, 11:45, par Jean-Franois


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