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L’islam politique l’preuve du pouvoir

Tunisie, Egypte et Maroc entre modle turc et iranien

mercredi 5 février 2014 par Dominique V

 

1- Qu’entend-on par l’islam politique  ?

Ds le XIX me et en raction aux aspirations dmocratiques des populations, des mouvements voient le jour qui se dfinissent comme une alternative la dmocratie :

  • l’ islamisme terme qui distingue l’islam (la religion) de l’intgrisme musulman (en rfrence l’intgrisme catholique). L’islamisme se place en raction la modernit avec une attitude de repli, il s’agit de sauver l’intgrit de la foi .
  • le fondamentalisme musulman (en rfrence au fondamentalisme protestant, avec le retour aux fondements, aux premiers textes, l’Ancien Testament). Chez les sunnites, il n’y pas de hirarchie religieuse (de mme que chez les protestants, la diffrence de l’glise catholique.
  • l’ islam politique (en rfrence au christianisme politique expression qui n’a plus cours aujourd’hui et qui dsignait un mouvement de raction contre la Rvolution).
    Les groupes qui s’en rclament actuellement sont les Frres musulmans, les salafistes (plutt en Egypte), le parti Ennahdha (en Tunisie).

Dans tous les cas, il s’agit d’une politisation de la religion, qui veut rester hgmonique dans la socit, imposer sa norme et apporter sa propre lgitimit l’Etat.
Dans une poque rcente et aprs les rvolutions politiques, toutes les religions ont cherch se rapprocher des pouvoirs. Avec le mme dilemme : s’inscrire dans la ralit politique ou se constituer comme un pouvoir spcifique, ct d’autres champs politiques.
Ces mouvements rejettent un Etat sans Dieu (vu comme sans morale, sans valeurs). Ils craignent l’altrit, la libert, la science, ils sont misogynes, ils refusent la modernit.
Ils ne font finalement que rditer les discours conservateurs des milieux intgristes.

2- L’islam est-il capable d’volution ?

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Une lection en Egypte

On constate que l’islam politique s’approche du pouvoir par le biais des lections. En Turquie, au Maroc, en Palestine (le Hamas), en Jordanie, en Egypte (avec le clivage entre ceux qui acceptent la dmocratie et ceux qui la refusent), en Tunisie.
Les salafistes aussi s’inscrivent dans un parti, sur des listes indpendantes.

D’o les rponses suivantes cette interrogation :

  • pour certains, cette participation la vie politique est dj une conversion la dmocratie, une acceptation de celle-ci.
  • pour d’autres, l’islam serait incompatible avec la dmocratie. Il serait par essence inapte toute volution vers la dmocratie.
  • d’autres encore considrent que ces mouvements seront acculs intgrer la dmocratie ou vous disparatre.

3- Le rapport la dmocratie aprs les lections

- 3.1. Au Maroc

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Mohammed VI

La monarchie dfend le caractre sacr du Roi et les islamistes ne touchent pas ce principe.
Avant 1990, les islamistes voulaient un califat . Aujourd’hui, ils sont rentrs dans l’ordre et ne prtendent plus instaurer un Etat islamiste.
Le processus lectoral est sous contrle. Le Roi, son initiative, amnage par petites touches la Constitution pour apaiser les mcontentements. Il ne rend pas de compte. Aucune contestation de sa politique (notamment la question du Sahara) n’est possible.

Les mouvements islamistes peuvent donc s’adapter en fonction du rapport de force. Au Maroc, ils deviennent des gestionnaires. De mme en Jordanie o ils respectent galement la monarchie.

- 3.2 En Turquie

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Kamel Atatrk

Kemal Atatrk fut le fondateur et premier prsident de la Rpublique. Il mit un terme au rgne du Sultan (1922) et instaura la lacit : sparation entre le pouvoir politique (le sultanat) et spirituel (le califat). La lacit est inscrite dans la Constitution turque.

Toutefois, cette prsidence autoritaire et l’existence d’un parti unique ont fait le lit de l’islamisme : en 1990, les partis islamistes triomphent. L’arme, gardienne des institutions, intervient. Fut-elle alors un obstacle l’volution dmocratique ?

La modernisation de la Turquie est aussi due l’Europe qui a impos ses conditions. La Charte des Droits Europens a t adopte le 7 dcembre 2000. L’islam doit donc composer avec ces exigences.

Depuis 2003, Erdogan, premier ministre et fondateur de l’AKP (parti majoritaire la Grande Assemble) a conduit d’importantes rformes. Pour lui une socit musulmane n’est pas incompatible avec un Etat lac.

La Turquie volue donc sous la double pression de l’arme et de la Communaut Europenne. Elle a aboli la peine capitale, ce qui est l’encontre de la culture dominante. Mais la dmocratie n’est pas un garant contre la corruption…Les islamistes qui votent un chapelet la main n’en sont pas exempts.

- 3.3 En Egypte

Sous Sadate (assassin en 1981) et sous Moubarak (jusqu’ sa dmission contrainte en fvrier 2011), les islamistes sont soumis aux pouvoirs militaires.

En 2011, lors du soulvement populaire, les grandes puissances soutiennent le pouvoir en place. Les islamistes cherchent alors une alternative ce pouvoir en se tournant vers l’Arabie Saoudite et le Qatar, ce qui les lie Al Qada.

L’Europe et les grandes puissances abandonnent alors la partie. Les islamistes gagnent les lections. Mohamed Morsi, issu des Frres Musulmans est investi 5me prsident de la Rpublique arabe d’Egypte le 30 juin 2012.

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Manifestation place Tahrir

Pour Morsi, les lections dmocratiques n’taient qu’un moyen d’arriver au pouvoir : on ne votera qu’une seule fois . A peine lu, il abolit la Constitution et s’arroge tous les pouvoirs.
Toutefois le peuple, aprs avoir renvers Moubarak (comme Ben Ali en Tunisie) n’a pas oubli pourquoi il s’est soulev. D’o les manifestations contre le pouvoir islamiste (rprimes par l’arme).
Faute de force politique capable de s’opposer Morsi, l’arme, pour assurer le retour l’ordre, le dchoit le 3 juillet 2013. C’est un coup d’Etat visant mettre au pouvoir le gnral Sissi.

Actuellement on ne voit pas merger de force politique capable de s’opposer l’arme et aux islamistes. Les mouvements islamistes sont qualifis par l’arme d’organisations terroristes.

- 3.4 En Tunisie

Il y avait une socit civile organise autour de syndicats reprsentatifs forts :
-  l’UGT (Union Gnrale du Travail),
-  UGI (Union Gnrale de l’Industrie, du Commerce, de l’Artisanat),
-  UGE (Union Gnrale des Etudiants),
-  UGTT (Union Gnrale Tunisienne du Travail, comptant 750 000 adhrents).
Les directions de ces centrales syndicales taient corrompues par Ben Ali, mais les bases n’taient pas lies au pouvoir.

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De nouveaux droits pour les femmes

Aprs le dpart de Ben Ali, la ligue des Droits de l’Homme (TDH) et les avocats ont jou un rle important pour engager la transition dmocratique.

Cette socit civile a empch les islamistes de mettre en oeuvre leur programme : Le projet de Constitution islamiste a suscit un toll gnral en mai 2012.
La Constitution du 14 janvier 2014 officialise le renoncement la Charia. Elle contient des dispositions progressistes indites dans le monde arabe. Ennahda promet de cder la direction du gouvernement une quipe de technocrates gestionnaires pour apaiser le climat gnral et prparer les prochaines lections.
On peut dire que les islamistes, notamment en Tunisie, ont d mettre beaucoup de vin dans leur eau  !

- 3.5 En Syrie

A l’origine, le mouvement insurrectionnel a t dclench par les vnements tunisiens. La population conteste la dictature et rclame le dpart de Bachar al Assad. La coalition rebelle est rejointe par une partie de l’arme syrienne.

Les puissances occidentales ont tard soutenir cette premire phase et, trs vite, d’autres forces sont intervenues : des groupes djihadistes soutenus par l’Arabie Saoudite et le Qatar.
On dnombre 83 nationalits diffrentes dans cette opposition. Al Qada, organisation multinationale, est trs prsente (comme en Irak d’ailleurs).
La Turquie avait pens contrler l’entre des armes djihadistes, mais aujourd’hui la situation lui chappe et elle est mme accuse d’avoir favoris les groupes djihadistes.

Depuis le dbut du soulvement, Assad a bnfici du soutien de la Russie et aussi de l’Iran (Assad est alaouite, une branche proche du chiisme iranien).

Les puissances occidentales qui souhaitaient que l’opposition trouve une solution avec Assad se trouvent dpasses par l’clatement de cette opposition entre les groupes visant un pouvoir dmocratique et les groupes djihadistes.

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Lakhdar Brahimi

Assad a profit de ce troisime front pour se maintenir et l’opposition non djihadiste a d composer avec lui. Il n’est pas sr qu’il ne se reprsente pas, et en tout cas il exige de matriser la transition.

La confrence de Genve veut mettre fin cette guerre civile (rappelons qu’elle a fait plus de 130 000 victimes et 4 500 000 rfugis l’extrieur du pays), mais en aura-t-elle les moyens, compte tenu de la complexit de la situation internationale (antagonisme entre les Etats Unis et la Russie) et rgionale (rivalit entre l’Iran et l’Arabie Saoudite) ?
La stratgie d’Isral complexifie encore la situation : court terme son intrt est de dstabiliser la rgion, mais plus long terme, cette dstabilisation peut tre du pain bnit mais empoisonn dans la mesure o elle conforte le dveloppement d’Al Qada.

4- Conclusion

Ainsi, dans certains cas, l’islam politique, l’preuve du pouvoir, est oblig de composer avec la monarchie, les pressions europennes, les forces internationales, l’arme ou la socit civile.

Mais l’Europe, qui a surtout des proccupations mercantiles et scuritaires, n’aide pas ces pays.
On observe la main mise de l’Arabie Saoudite sur les rvolutions arabes et on assiste une guerre d’influence trs forte entre l’Arabie sunnite et l’Iran chiite, d’autant plus que l’Arabie dirige par des hommes trop vieux parat au bord de l’effondrement.


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