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L’Union europenne

Les conditions conomiques pour la stabilit de l’€ sont elles acceptables ?

jeudi 26 décembre 2013 par Jean-Franois

Il y a 4 messages en réponse à cet article.

Les journes de l’conomie
Lyon, novembre 2013

Compte rendu d’un dbat passionnant entre conomistes et responsables politiques europens, permettant de reprer des convergences mais aussi de mieux comprendre les dsaccords de fonds entre pays sur le fonctionnement optimal du systme europen.

1- Les points de vue exprims par chaque intervenant

Dans les lments ci-dessous, j’ai mis en italique des remarques personnelles et quelques complments aidant la comprhension des points de vue.

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Mario Monti

- Mario Monti
Ancien Premier Ministre italien, Snateur, Prsident de l’Universit Bocconi.

Un regard relativement positif sur le fonctionnement de l’Europe (et de la zone Euro) depuis la crise de 2007-2008.

  • L’Euro (en tant que monnaie) est rest stable sur la priode.
  • On constate des amliorations de la gouvernance europenne (notamment sous l’impulsion de Sylvie Goulard, auteur de rapports ce sujet) :
    • Prsentation la Commission des projets de budgets des Etats, avant le vote par les instances nationales.
    • Plan de croissance.
    • Limitation des spreads (c’est dire l’cart des taux d’emprunt sur le march financier entre un pays donn et l’Allemagne, qui obtient le taux le plus bas).
    • Lancement de rformes structurelles, dans la ligne de celles demandes par l’Allemagne et la Commission.

A porter au passif de l’Europe un certain nombre de retards dans les mesures destines aider les pays en crise (Grce, ...) et soutenir l’Euro, retards imputables l’Allemagne et la politique d’A. Merkel.
Toutefois, pour M. Monti, cette politique lectoraliste a permis de maintenir le contact avec l’opinion publique allemande et de contenir le populisme ; ce qui n’a pas t le cas en Italie par exemple.

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Patrick Artus

- Patrick Artus
Directeur de la recherche et des tudes Natixis.

Une analyse fortement critique de l’incohrence entre les objectifs assigns la zone Euro (faire converger les conomies des pays et les niveaux de vie des populations) et les moyens mis en oeuvre, identiques pour tous les pays et ne respectant pas leurs spcificits.

On constate une trs forte divergence dans le dveloppement conomique des pays du nord et ceux du sud.
Trs naturellement, les industries se concentrent l ou les avantages comparatifs sont les plus favorables (productivit du travail, infrastructures, formations, ...). Cette concentration va l’encontre de l’homognisation entre pays. On constate une baisse d’environ 20% de l’activit industrielle dans les pays du sud (Espagne, Portugal, ... mais aussi la France).

Face cette htrognit, on a un projet de gouvernance unique, avec une uniformisation des rgles et des objectifs : mme dficit, mme endettement, balances commerciales quilibres, mme comptitivit, mmes bases fiscales...

Dans cette situation, les pays du sud n’ont aucun degr de libert pour assurer cette convergence et atteindre l’quilibre conomique demand par la Commission, sauf par la baisse des niveaux de vie.
Exemple : si un pays se dsindustrialise, il n’a pas d’autre solution pour rquilibrer sa balance commerciale que de diminuer ses importations, et donc de diminuer le niveau de vie de sa population.

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Nicolas Schmit

- Nicolas Schmit
Ministre du Travail du Luxembourg.

Un point de vue proche du prcdent, en soulignant l’insuffisance d’une volont politique commune dans le cadre d’un fdralisme.

On avait effectivement rv d’un modle conomique "orthodoxe" entre pays homognes (on distingue classiquement les conomistes "orthodoxes", de tendance no-librale, et les "htrodoxes", favorables une rgulation par l’Etat).
Mais ce modle avec pour seule base une monnaie unique ne peut pas fonctionner sans fdralisme :

  • Il faut un vritable budget europen permettant des transferts. Cette approche est refuse par l’Allemagne, alors mme qu’en interne elle applique bien cette politique de transferts, entre les Landers.
  • Il faut revoir les traits europens pour permettre ce fdralisme, mais on est bloqu par les opinions publiques qui le refusent et qui n’y sont pas prpares, du fait de l’insuffisance des dbats politiques ce sujet.
  • Il faut prendre conscience du risque dflationniste qu’entrane la politique gnrale d’austrit impose par l’Allemagne et relaye par la Commission. P. Artus donnera la dfinition suivante de la dflation : c’est quand l’inflation devient quasi nulle et que les taux d’intrts ne peuvent plus baisser. Les taux d’intrt rels deviennent alors tels qu’ils bloquent l’investissement des entreprises et la consommation des mnages.
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Daniela Schwarzer

- Daniela Schwarzer
Directrice de dpartement l’Institut allemand pour les affaires internationales.

Une responsable allemande atypique, la fois critique vis vis de la politique europenne de l’Allemagne et confiante en une volution de cette politique, aprs les dbats lectoraux et les compromis imposs par le montage de la Grande Coalition.

L’Allemagne se voit comme le moteur de la croissance conomique europenne, ce qui est exact, et accepte mal les critiques mises par les pays du sud. Mais en mme temps, en interne, des opinions diversifies et un vrai dbat se font jour sur la politique europenne de l’Allemagne :

  • Entre partis et au sein mme de la CDU, des critiques se dveloppent vis vis du sous-investissement interne en matire d’infrastructures, d’ducation, de recherche et d’innovation.
  • De mme le dbat se dveloppe sur la situation de pauvret d’une partie de la population : absence de SMIC, insuffisance de pouvoir d’achat, ... faisant craindre une situation trs dgrade dans 5 ou 10 ans.
  • La Commission elle-mme vient de critiquer rcemment les excdents excessifs de l’Allemagne (Excdent de la balance commerciale dpassant les 6% du PIB prvus par les traits).

Ce qu’il faudrait dvelopper :

  • Une vritable Union Bancaire pour casser les risques de spculation sur l’Euro (Le dbat a eu lieu quelques jours avant l’annonce de la ratification du projet d’Union Bancaire par les pays membres de la zone Euro).
  • De nouvelles institutions de gouvernance commune.
  • Un budget de la zone Euro. Des projets sont actuellement avancs par la France et l’Allemagne, entre lesquelles un consensus pourrait tre trouv :
    • projet franais de critres de stabilit macro-conomique, permettant d’avoir une action "contra-cyclique" en cas de crise.
    • projet allemand d’aides budgtaires en faveur des pays mettant en oeuvre des rformes structurelles.
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Sylvie Goulard

- Sylvie Goulard
Dpute europenne (centriste).

On verra plus bas que S. Goulard a une vision relativement optimiste du fonctionnement europen : des dbats approfondis et moins technocratiques qu’il n’y parait, un fonctionnement dmocratique au moins assur par le Conseil (chefs d’Etat et de gouvernement lus) et par le Parlement europen.

La difficult n’est pas seulement l’htrognit des situations conomiques des pays, telle que dcrite par P. Artus, mais le manque de gouvernance dmocratique, permettant de contrebalancer les orientations donnes par la Commission.

On ne peut pas fonctionner avec les seules rgles de discipline sur les dficits et les dettes. Il faut prendre en compte un ensemble d’indicateurs, pays par pays, permettant d’avoir une vritable rflexion conomique et une politique adapte aux spcificits de chacun des pays.

Des progrs ont t enregistrs, notamment avec l’Union Bancaire, de mme en matire de mobilit du travail.
Toutefois cette mobilit ne pourra tre dveloppe que dans le cadre d’un budget europen : si des Espagnols viennent travailler en Allemagne, il ne faut pas que l’argent gagn par eux se limite une perte pour l’Espagne et un gain pour l’Allemagne, mais que ce soit un gain pour l’Europe au bnfice de ce budget fdral.

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Agns Bnassy-Qur

- Agns Bnassy-Qur
Professeur l’Ecole d’Economie de Paris.

La politique conomique europenne est incomplte, mais elle pourrait tre dveloppe dans le cadre d’une entente renforce en l’Allemagne et la France.

On assigne gnralement trois objectifs une politique conomique

  • Faire des allocations de ressources, permettant de dvelopper la croissance et d’amliorer le bien-tre des populations.
  • Assurer une redistribution entre les territoires (ou pays) riches et les pauvres.
  • Maintenir la stabilit de l’conomie en ayant des actions contra-cycliques en cas de crises.
  • L’Europe a fait de l’allocation de ressources : avec la Politique Agricole Commune (PAC), en matire de Recherche et Dveloppement et avec les Fonds Structurels.
  • La zone Euro a fait de la stabilisation : en maintenant un faible cart entre les taux d’intrt des emprunts sur les marchs.
  • La zone Euro n’a pas fait de redistribution.

La redistribution suppose des transferts qui sont inacceptables pour l’Allemagne, si il n’y a pas d’harmonisation des marchs du travail dans les diffrents pays.
Des critres communs devraient tre trouvs en termes de salaire minimum, droit de licenciement, contrats de travail, ... voire un systme europen d’indemnisation du chmage.

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Philippe Asknazy

- Philippe Asknazy
Directeur de recherche au CNRS et membre du Conseil d’analyse conomique.

Un intervenant trs critique vis vis de la construction europenne. Il y voit un fonctionnement inacceptable pour les peuples, sauf rengocier compltement les traits.

Il pouvait y avoir d’autres stratgies de sortie de crise, permettant d’viter des dgts sociaux majeurs. L’Europe n’a aucune perspective de croissance et donc 5 annes ont t perdues pour retrouver les niveaux de vie d’avant crise.

On est pris dans un carcan technocratique avec une idologie de l’austrit et des rformes structurelles. Contrairement la prsentation de M. Monti, le contrle a priori des budgets des Etats par la Commission est inacceptable (sauf en Allemagne, puisqu’en fait c’est elle qui a dict les modalits de contrle). Ce sont des mesures de ce type qui font le lit des partis d’extrme droite en Europe.

L’Europe se fait par les chiffres, avec des critres simplistes (pourquoi 60% du PIB pour la dette ? Pourquoi 3% de dficit ?), souvent manipulables et dont la valeur n’est vraiment connue qu’aprs coup :

  • Que fera-t-on si un pays est condamn une amende pour non respect d’un critre, et si l’on s’aperoit ensuite que les calculs de la Commission taient faux et que le critre a en fait t respect ?
  • La Commission fustige l’Allemagne pour son surplus excessif (excdent commercial suprieur 6% du PIB). Mais ce surplus tait connu et effectif ds 2012, il a t manipul pour rester en dessous de la barre admise (soit 5,9%) jusqu’aux lections allemandes.
    P. Artus contestera galement cette analyse de la Commission, en soulignant que le surplus d’exportation est essentiellement obtenu hors Europe, ce qui est une trs bonne nouvelle pour l’Europe ! Et que l’insuffisance de consommation interne de l’Allemagne est d’abord due sa dmographie (diminution constante de la population), la consommation par tte y tant suprieure celle d’un Amricain...

Pour P. Asknazy les traits sont globalement absurdes, inapplicables et il faudrait les reprendre compltement pour faire une Europe conomique et politique acceptable par ses populations.

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Philippe Herzog

- Philippe Herzog
Conseiller auprs de Michel Barnier, ancien membre du bureau politique du PCF.

Une position partage entre la reconnaissance des acquis de l’Union Europenne et une analyse critique de ses insuffisances.

Comme M. Monti, Ph. Herzog considre que le fonctionnement de l’Europe prsente des aspect positifs : stabilit de l’Euro, amlioration de la gouvernance.
Mais il pointe trois problmes majeurs :

  • La fragmentation nord-sud : on assiste une re-nationalisation des politiques conomiques, rebours des solidarits ncessaires.
  • L’absence de rflexion sur le dveloppement du capital humain : scolarit, requalification
  • L’absence d’une politique financire de l’Europe.

Les leaders politiques manquent de courage pour aborder la ncessaire dimension fdrale de l’Europe, et y prparer la opinions publiques.
En France, les mdias se polarisent sur les lections municipales et font l’impasse sur les lections europennes.
Cette situation laisse le champ libre aux partis d’extrme droite pour "cogner" sur la construction europenne.

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Sir Peter Ricketts

- Peter Ricketts
Ambassadeur du Royaume Uni en France.

Un exercice d’quilibriste pour ne pas critiquer l’Europe, tout en manifestant un grand scepticisme et une volont d’adhrer minima la construction europenne.

Le Royaume Uni n’a jamais cru une Union montaire sans coordination conomique, budgtaire et bancaire.
Pour autant, il est dans l’intrt du RU que la zone Euro fonctionne bien, puisque 50% de son commerce extrieur se fait avec elle. Il faudra trouver une juste articulation au sein de l’UE entre les pays de la zone Euro et les autres, notamment en ce qui concerne l’Union bancaire (rappel : le RU n’est pas signataire du trait europen d’Union bancaire).

Une rforme de l’Europe est ncessaire pour dvelopper la croissance et l’emploi, avec plus de flexibilit. Le gouvernement est favorable une refonte des traits, mme si un rfrendum a t dcid quand au maintien du RU dans l’Europe.

2- Le dbat

2.1- Les points de consensus

Sans qu’il y ait toujours unanimit, il est apparu un relatif consensus des intervenants sur les points suivants (relatif, c’est dire hors points de vue de Ph. Asknazy, tendance souverainiste, et P. Ricketts, eurosceptique convaincu) :

- Ncessit d’aller vers plus de fdralisme

Une union montaire sans mcanismes de supervision politique ne peut pas fonctionner. Les seuls critres macro-conomiques ne peuvent assurer les quilibres (en particulier nord-sud). Il faut un ensemble de politiques conomique, financire, sociale de de la zone euro.
Toutefois cette reconnaissance commune de l’incompltude de la zone euro (une Union montaire sans Union politique) ne signifie videmment pas un consensus sur l’orientation politique prendre (voir ci-dessous).

- Les apports de l’UE

Aucun n’intervenant n’a pron la sortie de la zone euro ou la suppression de l’UE, mme s’il y a eu des oppositions vigoureuses (Ph Asknazy) ou feutres (Peter Ricketts)

- Deux avances attendues

L’Union bancaire

Les objectifs
Eviter qu’une crise bancaire n’entrane une crise des dettes souveraines et donc une prise en charge par les contribuables.

Les contrles
Supervision des principales banques europennes (130) par la BCE, faisant une valuation de leurs bilans et des tests de rsistance.

Les mcanismes
- En cas de risque de faillite d’une banque, les actionnaires seront appels en premier pour renflouer la banque.
- Les dpts des particuliers et des PME sont garantis jusqu’ 100 000€
- Les banques doivent alimenter un fonds de secours avec un prlvement annuel proportionnel leurs dpts.
- Les Etats doivent crer un fonds de garantie, pour lequel ils pourront emprunter auprs du MES (Mcanisme Europen de Stabilit)

Remarque, l’avance est positive mais l’Union bancaire est encore incomplte : les processus de dcisions restent flous, la mutualisation des risques inter-Etats est remise plus tard, le fonds de secours bancaire est notoirement insuffisant...

  • L’Union bancaire (signe quelques jours aprs ce dbat) qui est considre comme la plus importante dcision prise depuis la cration de l’euro.
  • La mise en place d’un budget europen.

- Le rle positif de la BCE

Sous l’impulsion de Mario Draghi, la BCE a utilis au maximum les marges de manœuvre permises par les traits (voire lgrement au del).
Les dclarations de M. Draghi (juillet 2013) affirmant qu’il ferait tout pour prserver l’euro, ainsi que le nouveau programme d’achats obligataires qui a suivi, ont permis la zone euro d’chapper la menace d’clatement.

- L’absence de la France dans les dbats sur la zone euro

Cette thse a t fortement dveloppe par Mario Monti : la construction europenne s’est faite par le dialogue franco-allemand, et il regrette que la France soit en perte d’influence, n’acceptant pas la discussion dans le cadre des rgles que l’Europe s’est donne. De mme il dplore qu’au cours de ce dbat avec d’minents conomistes franais, la contestation de l’Europe ait t aussi forte.
L’Italie a su se sortir d’une situation catastrophique et n’est plus sous surveillance de la Troka, l’coute allemande vis vis de l’Italie en a t renforce et il est dommage qu’il n’en soit pas de mme avec la France.

Pour Agns Bnassy-Qur, cette absence de la France dans le dbat s’explique par son manque de crdibilit, due sa situation conomique.

- Philippe Herzog remercie M. Monti d’amener les Franais cette prise de conscience. La France retarde la mise en oeuvre de rformes ncessaires, or d’ici 2015 si l’Italie va mieux, la France sera la prochaine cible des marchs financiers et l’Allemagne ne pourra pas continuer de garantir les dettes de tous les pays.
Une discussion avec l’Allemagne est donc indispensable pour voir comment conduire les rformes, mais aussi poser l’Allemagne la question des solidarits que celle-ci refuse (Ph. Herzog prend l’exemple du solaire que l’Allemagne subventionne sur son territoire, alors que de toute vidence il devrait l’tre en Grce).

La plupart des intervenants ont soulign :

  • Le manque de courage des leaders politiques franais pour reconnatre les apports de l’Europe et pour engager une rflexion publique sur les relations avec l’Allemagne et les voies du fdralisme. Cette situation ouvre un boulevard la dmagogie des partis extrmistes.
  • Le manque d’intrt des mdias pour les lections europennes et leurs enjeux.

2.2- Les divergences

J’ai synthtis ces divergences par thmes, avec les principaux points de vue exprims.

- L’orientation politique de la zone euro

Si un consensus existe sur la ncessit d’un fdralisme pour complter l’Union montaire et conduire efficacement les rformes ncessaires, les divergences sont vives quant l’orientation politique que devrait avoir cette fdration des Etats.

Deux tendances s’affrontent :

  • Un orientation librale, privilgiant les rformes de structures, soutenue ( des degrs divers) par M. Monti, A. Bnassy-Qur et S. Goulard.
  • Une orientation sociale-dmocrate, privilgiant la rgulation des marchs, la mise en place de rgles tudies pays par pays et le dveloppement de solidarits nord-sud ; orientation soutenue (l encore avec des nuances) par Patrick Artus, P. Asknazy, P. Herzog et D. Schwarzer

- L’aide aux rformes structurelles

Mario Monti approuve cette orientation prpare par la Commission avec l’impulsion de l’Allemagne (Contractual arrangments) qui prvoit des mcanismes d’incitations et des soutiens financiers aux pays acceptant de lancer des rformes structurelles (dans les domaines de la comptitivit, de l’emploi, du fonctionnement des marchs du travail, des systmes fiscaux et de la stabilit financire).

Philippe Asknazy est oppos ce systme o on veut aider les pays faire des rformes structurelles : comment accepter de contractualiser avec l’Europe le niveau de retraites, le salaire minimum, ... qui dpendent de la situation conomique propre chaque pays. Il faut revenir une rflexion pays par pays.

- Technocratie et dmocratie dans l’UE

Sylvie Goulard rfute la position de Ph. Asknazy quant l’opacit et l’absence complte de dmocratie en Europe.

  • Les rgles qu’il critique ont t approuves par le Parlement europen, qui a t dmocratiquement lu.
  • De mme les contrles a priori mis en oeuvre par la Commission ne sont pas de son fait mais parce qu’ils ont t accepts par le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernements. Il ne s’agit pas d’un abandon de souverainet, mais d’un partage de souverainet accept par chacun des pays signataires. Il faudrait que les acteurs politiques franais assument la responsabilit des dcisions qu’ils ont prises et expliquent enfin quel point la France bnficie de la construction europenne.

Philippe Asknazy reconnait que le parlement franais a vot les traits. Mais il soutient que :

  • les rgles sont d’une technicit telle qu’elles ne peuvent pas tre comprises par la population,
  • les critres mis en oeuvre (60%, 3%, etc.) sont absurdes du seul point de vue conomique.

3- Questions de la salle

- Quel rle de la BCE ?
P. Artus : on est en dflation.
Il faut que la BCE agisse pour remonter l’inflation dans la zone euro. Sinon, on va vers une situation catastrophique de l’conomie et des finances publiques de plusieurs pays.

- Peut-on revenir au Franc ?
Sylvie Goulard  : ce serait une aberration.
- L’Euro permet aux enteprises d’avoir accs aux marchs sans risques de changes.
- Globalement l’conomie a besoin de stabilit.
- Si on annonait le retour au Franc, tous les possesseurs d’€ s’empresseraient d’aller les placer hors France, anticipant sur la dvaluation venir et l’accroissant de fait (il n’y a pas eu de question sur un contrle et une interdiction des mouvements de devises).

- Faut-il un € plus faible ?
Un € plus faible serait-il favorable la croissance en Europe ?
Agns Bnassy-Qur : ce n’est pas la solution
- Les exportations hors zone euro ne reprsentent que 10% du PIB de la zone.
- La zone euro est globalement excdentaire (essentiellement du fait de l’Allemagne, il est vrai).
- C’est plutt une politique anti-dflationniste qu’il faut mettre en oeuvre.

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- Faut-il renforcer les barrires douanires avec la Chine ?
Philippe Herzog
Des normes sociales ou environnementales sont certes ncessaires. Mais globalement, il faut pouvoir importer bas cot pour pouvoir exporter (c’est ce que fait l’Allemagne).
L’important, c’est la valeur ajoute des productions nationales ou europennes. Il faut donc dvelopper l’innovation et la prospective au niveau europen.

- Faudra-t-il en permanence des transferts vers les pays du sud ?
Philippe Asknazy : Il ne faut pas survaluer le problme des transferts : La Grce paye aussi des intrts !

Mario Monti : Il y a de ides reues (fausses) sur les transferts
- L’opinion publique allemande tait persuade que l’Italie tait dbitrice, alors qu’aucun € n’a t transfr de l’Europe l’Italie.
- L’Italie a eu une contribution nette au sauvetage de la Grce plus importante que l’Allemagne ou la France, ses banques n’tant pas impliques dans la dette souveraine grecque. (sous entendu : Allemagne et France ont aid la Grce pour sauver leurs banques, trop engages dans l’achat de titres obligataires grecques !)


Messages

  • Tres interessant ce compte-rendu de debat. Une impressionnante brochette de participants !

    Je suis d’accord avec la critique du manque d’engagement des politiques pour vendre aux opinions publiques les benefices de la construction europeenne (je pense que c’est un probleme qui existe dans de nombreux pays europeens aujourd’hui)

    Petite question, l’union bancaire annoncee represente une grande avancee - mais en quoi consiste-t-elle exactement ?



    Répondre au message 2170 du 25 janvier 2014, 22:18, par Pierre


  • merci pour cet article que je viens de relire, Je me demande si l’inflexion de la politique sociale amene par la participation des socialistes au pouvoir en Allemagne (SMIC et retraite 65 pour ceux qui ont cotis 45 ans (!!) va dans le sens d’une harmonisation sociale en Europe. La proximit politique des gvnts allemands et franais "sociaux-dmocrates" est-elle un atout pour l’avance de la construction europenne ? peut-tre ? J’entendais Bernard Guetta, ardant dfenseur de l’Europe dire qu’on avait dj parcouru un bon bout de chemin et qu’il tait impossible de revenir en arrire, pour ma part je l’espre !

    • Salut Mimi,
      Dsol pour cette rponse tardive, je viens seulement de trouver ton commentaire, et d’autres, et de les mettre en ligne.

      Effectivement on peut penser que la participation du SPD au gouvernement allemand devrait favoriser une certaine harmonisation sociale, encore que le SPD dfende une politique conomique assez diffrente de celle du PS, notamment en matire de comptitivit des entreprises. Les rcentes volutions de F. Hollande semblent aller dans le sens du SPD plutt que du PS, de ce fait assez dboussol.

      J’ai quand mme plusieurs interrogations :
      - Est-ce que l’cart de charges sociales entre la France et l’Allemagne est aussi important qu’on le dit gnralement (il me faudrait une srieuse "intox/dsintox" !).
      - D’o vient vraiment l’cart de comptitivit entre la France et l’Allemagne : des charges sociales ? Des niveaux de salaires ? Des politiques de gammes ? ...
      - La baisse des charges en France va-t-elle (doit-elle) porter sur les bas salaires (favorisant ainsi les PME et donc l’emploi) ou sur les salaires moyens (favorisant alors l’exportation plutt que l’emploi) ?

      Quant ta remarque sur B. Guetta, bien d’accord avec toi, esprons ! Mais je viens d’entendre sur F Inter l’interview de Ph. Villain (un banquier atypique) favorable au "dmontage" de l’€ et qui ne disait pas que des btises ! Heureusement, il en disait aussi ! Enfin, d’aprs moi, ce qui n’est pas une garantie, et je ne suis peut-tre pas objectif...

    • Répondre à ce message (2178)



    Répondre au message 2174 du 31 janvier 2014, 11:51, par Mimi


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