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La gestion de l'erreur La gestion de l’erreur

une journe de formation l’entraide scolaire

dimanche 15 décembre 2013 par Jean

Il y a 3 messages en réponse à cet article.

Dans le cadre du soutien scolaire que je donne en tant que bnvole, j’ai suivi une journe de formation intitule gestion de l’erreur organise par l’association Entraide Scolaire Amicale. Voici un aperu de mes notes, complt par quelques informations glanes sur internet. Comme je suis compltement nophyte en la matire, cela paratra sans doute bien trivial (mais j’espre pas trop faux) ceux qui s’y connaissent, aux professionnels de la pdagogie !

Nous tions une vingtaine de stagiaires, en gnral retraits, beaucoup d’anciens profs, avec une parit de profils littraires et scientifiques. Chacun de nous s’occupe de un trois jeunes raison d’une sance hebdomadaire en session particulire domicile. L’intervenante du stage, Danile Henuset, belge et logopde de son tat (orthophoniste en franais) a plac sa prsentation dans le cadre de la gestion mentale .

La gestion mentale

La gestion mentale, dveloppe par le philosophe Antoine de la Garanderie, est l’exploration, la description et l’tude des processus de la pense consciente lors d’une prise d’information, de son traitement et de sa restitution. Le terme gestion fait plus rfrence aux gestes mentaux qu’ l’action de grer. C’est donc une discipline particulirement intressante dans le cadre du soutien scolaire. Elle se place sur le terrain des habitudes mentales et non des aptitudes. On peut faire le parallle entre un geste mental et un geste physique, devenu une habitude, comme marcher, faire du vlo. Quand le geste est bien ancr, il n’y a pas besoin de mobiliser beaucoup de ressources pour l’effectuer. La thorie de la gestion mentale identifie trois phases dans l’acquisition des connaissances :

  1. La perception : l’lve reoit par ses sens ce que lui transmet, lui explique le professeur.
  2. L’vocation : c’est une image mentale, visuelle, auditive ou verbale, par laquelle le sujet rend mentalement prsent le monde qui l’entoure, la ralit qui est, ou celle qu’il invente. Les vocations sont les constructions mentales des objets de perception. Elles ne sont pas en lien direct avec les organes des sens. L’objet peru tant extrieur au sujet, les vocations qu’il s’en fait sont trs personnelles, intrieures lui-mme. Elles peuvent tre fixes ou mobiles, abstraites ou concrtes. Le champ mental peut tre plus ou moins tendu et tenir compte simultanment d’une plus ou moins grande quantit d’vocations.
  3. La restitution : c’est le temps de l’valuation o l’on apprcie la qualit de la production.

L’intervenante a prsent cinq gestes mentaux mis en œuvre au cours du droulement de ces phases : l’attention, la mmorisation, la comprhension, la rflexion, l’imagination. Chaque geste comporte un projet et une action.

L’attention : Le projet du geste mental d’attention est de donner une existence mentale au peru. C’est ce qui va permettre de passer du monde extrieur (la perception) au monde intrieur (l’vocation), c’est la direction donne l’activit mentale. Voici un exemple de deux objectifs fort diffrents, qui correspondent des projets diffrents :

  • Acqurir un savoir faire
  • Comprendre le pourquoi Il est utile de bien expliciter l’objectif pour qu’un projet adapt soit construit. On ne peut pas faire attention tout, l’attention ncessite une slection dans les perceptions. Exemple d’objectif mal dfini : fais attention ! . Objectif mieux dfini : lors d’un devoir en physique, fais attention respecter l’ homognit des formules .

L’action du geste mental d’attention est d’voquer, visuellement ou auditivement (ou verbalement) le peru.
La mmorisation : mcanisme essentiel notre survie, il aggrave les mauvais souvenirs (pour viter les situations de danger) et sublime les bons. La mmoire est toujours charge motionnellement. Pour revenir au sujet du stage, il est important pour l’lve de bien mmoriser ses erreurs et de ne pas les refouler ; on peut dire l’lve, l’erreur va revenir, c’est normal ! (si on ne change rien). La mmoire suppose que s’est forme au pralable une image mentale. Avant une session de soutien scolaire, il est utile de prciser l’lve qu’il doit se rappeler les points o il a t aid pour tre dbloqu. Ensuite, en fin de session, il est essentiel de prendre le temps de revenir sur ces points de blocage et de faire le bilan.
La comprhension : comprendre, c’est assimiler et transformer, traduire pour soi, c’est rendre concret ce qui est abstrait, et en cela, les images mentales sont d’un grand secours. Comprendre est un acte qui relve de l’intime, difficilement modlisable. Cela explique que nous comprenions diffremment un mme objet d’tude, qu’une phrase n’a pas le mme sens pour chacun de nous. D’o les difficults apprendre et communiquer.
La rflexion : c’est une recherche de sens qui ressemble la comprhension, mais s’en distingue par la relation avec les acquis pralables. Il y a confrontation de la nouvelle image mentale avec celle qu’on avait auparavant.
L’imagination : C’est crer du sens indit , tirer davantage du rel existant. Pour dvelopper l’imagination, il peut tre utile de commencer par des exercices de simple copie, qui permettent de s’approprier dj le rel existant et pourront tre plus tard une base l’imagination.

Troubles

L’intervenante nous illustre des troubles de la comprhension par deux exemples :

Maria

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Maria

Maria tait une lve adulte trangre de l’intervenante. Elle n’arrivait pas crire son nom en lettres cursives. On le lui pelle, on lui crit (voir illustration en 1) en insistant bien sur le m suivi de a , et quand on lui demande ce qu’est voit, elle dit des u . Maria souffre de troubles qui lui font confondre arrire-plan et avant-plan (les traits et le vide entre les traits), le trac d’une forme et ses symtriques (b et p par exemple). Elle a donc raison de voir plein de u (en rouge sur l’illustration en 2), dont certains sont inverss verticalement. Si on lui dit mais fais attention, elle voit de plus en plus ses u . Maria n’avait donc pas bien compris ce que signifiaient ces tracs.
On est sorti du blocage en lui montrant son nom en lettres blanches sur fond noir, dtaches, crites en colonne en commenant par le bas (sur l’illustration en 3). Une suite est plus naturelle dans le sens vertical, en commenant par le bas, c’est comme cela qu’on empile les choses, plutt qu’en horizontal o le sens gauche-droite est arbitraire. Il est sr que c’est une astuce pour dbloquer et qu’on ne pourra pas s’en tenir l, mais c’est un point de dpart.

Le problme d’arithmtique

Deuxime exemple avec un enfant qui l’on pose le problme suivant :

5 – 2 = ?

Rponse de l’enfant : 5. Son explication : si on enlve 2 ce qui est crit gauche du signe gal, il ne reste plus que 5 ! Dans cet exemple, c’est la nature du problme pos et sa convention d’criture qui n’est pas comprise.

La comprhension fait appel des mcanismes qui nous paraissent vidents tant on les utilise inconsciemment. Lorsqu’il y a incomprhension, ce n’est en gnral pas de la mauvaise volont et il faut vritablement enquter pour s’apercevoir de ce qui ne va pas, remettre en question des vidences pour nous. En fait l’erreur de comprhension est un puissant outil de travail de l’aidant.

Gestion de l’erreur

Travaux pratiques

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berlingot de lait

Aprs cet expos thorique qui nous a occups durant la matine, suivi d’un pique-nique arros de Ctes-du-Rhne pour nous vivifier l’esprit, nous passons aux travaux pratiques pour apprhender la gestion de l’erreur : exercice de pliage pour confectionner un ttradre partir d’une feuille A4. Les scientifiques savent ce que c’est, les littraires pas tous, un stagiaire ancien prof de maths nous explique que c’est une pyramide rgulire base triangulaire. Une image mentale est appele la rescousse, le berlingot utilis il y a quelque temps pour conditionner le lait. Pour d’autres, une meilleure vocation prend la forme de bombes eau que, gamins, nous laissions choir sur la tte des gens qui passaient sous nos fentres (perso, mes bombes eau n’taient pas ttradriques). L’intervenante nous explique les phases du pliage, nous sommes autoriss prendre des notes, puis chacun doit faire son pliage, mais sans relire ses notes. Heureusement, quelques stagiaires chouent.

On fait le dbriefing de l’exercice. On commence par la phase perception . L’intervenante, dans son explication du pliage, a pris soin d’alterner les modalits : auditive avec explication verbale, visuelle en montrant le pliage et les gestes des tapes. C’est l’illustration de quelques principes appliquer :

  • Pour un auditoire avec des profils diffrents, il est utile d’alterner parole, gestes, manipulations d’objets, reprsentations graphiques. Dans cet exemple, on peut imaginer que, pour diffrentes personnes, l’image mentale du pliage peut se faire par la succession de phrases dcrivant les tapes, ou l’enchanement des gestes des mains, ou les images de la feuille partiellement plie.
  • Cependant, il ne faut pas saturer la perception de l’lve : quand on montre on ne parle pas, quand on dcrit on ne montre pas.
  • Pour un lve auditif, il vaut mieux montrer, il se racontera lui-mme son histoire. Pour un visuel, il vaut mieux dcrire, il construira sa propre image. On vite ainsi de parasiter les reprsentations mentales intrieures de l’lve avec une reprsentation impose de l’extrieur.

On s’est ensuite intress une stagiaire qui n’tait pas arrive au bout du pliage. L’intervenante a demand qu’un stagiaire volontaire l’aide et on a observ la session d’aide :
L’aidant a simplement demand de refaire le pliage en repartant du dbut. Elle le commence et se bloque au mme endroit. Elle dit en avoir marre, qu’elle tait sre de bloquer l, on voit sur sa figure son exaspration. L’aidant essaie en vain de la faire sortir du problme en expliquant avec des mots, on a l’impression qu’elle n’coute pas les mots, rien n’y fait, il craque et finit le pliage lui-mme !

L’intervenante est ravie, voil un cas intressant analyser. Elle commente ce blocage, la faon dont l’aidant s’y est pris, et questionne de faon dtaille la personne qui avait fait le pliage sur ce qu’elle avait compris lors de l’explication. Il apparat que l’lve s’tait focalise sur le mot bissectrice prononc au dbut par l’intervenante, et qui d’ailleurs n’tait pas essentiel au pliage. Par contre, la stagiaire a occult des consignes montres par gestes la fin. Au cours de l’aide le blocage s’est reproduit exactement la mme tape que la premire fois, ce qui est normal puisque rien n’avait chang entre les deux essais.

L’erreur

La journe se conclut sur des considrations plus gnrales sur l’erreur.
L’erreur se produit rarement par hasard, ou par simple tourderie. Elle est en gnral le symptme d’une vocation dfectueuse. C’est une aubaine pour le professeur et l’lve. En prenant le temps et la peine d’exploiter l’erreur en enqutant sur ce qui a pu se passer, sur les images mentales sous-jacentes, on peut dvelopper une stratgie pour y remdier. Pour une sance d’aide scolaire, Il faut parfois prvoir de passer plus de temps cette enqute que sur le travail direct cours ou exercices. Cela peut paratre frustrant l’aidant et l’aid… qui voit le temps passer sur un point alors qu’il reste plein d’autres exercices faire !
L’erreur elle-mme n’est pas facile vivre pour l’lve (qui se dit parfois de toute faon, je suis nul, je savais que je ne pouvais pas le faire ). Accepter d’tre aid est encore plus difficile, car on prend le risque de se percevoir encore plus ngativement si on ritre des erreurs aprs qu’on a t aid. C’est donc un acte de courage.

Journe intressante, j’en sortais en esprant que mes lves feraient plein d’erreurs lors de la prochaine sance. Pour en savoir plus, il existe une quantit de sites internet traitant de la gestion mentale.

PS : L’intervenante m’a envoy de la documentation sur la gestion mentale, que je peux transmettre ceux qui sont intresss. Un extrait ici, sur une reprsentation visuelle des tables de multiplication :

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table de multiplication

Voir commentaires dans les messages ci-dessous.


Messages

  • Article trs intressant et qui m’aurait permis de thoriser mes faons de faire, en ces temps (pas si) lointains o je faisais des tudes sur des sujets parfois un peu pointus et o je devais en prsenter les contenus.

    Aprs le dbriefing de l’exercice, l’intervenante rappelle des principes... j’aurais quelques remarques ce sujet.

    - L’auditoire avec des profils diffrents. Effectivement et aprs quelques dboires, je me suis vite aperu qu’un auditoire comprenait des "auditifs" et des "visuels" et que c’tait moi de m’y adapter. Je m’efforais donc de faire des rapports et prsentations mlant textes, graphiques, schmas... pour que chacun y retrouve ses petits.

    - Quand on montre on ne parle pas, etc. L, j’mets quelques rserves.
    - Si on prsente un schma, il me semble qu’il faut en expliciter le fonctionnement et pointer ce que l’on dcrit, avec un laser ou la souris (par exemple sur un Powerpoint).
    - Si on prsente une planche de textes, l’erreur d’un grand nombre de confrenciers (je le constate encore) est de mettre trop de textes et de dire autre chose, moyennant quoi l’auditeur est vite paum. Il me semble qu’il faut des textes trs brefs, lus par chacun en un coup d’œil, et reprendre chaque item en le commentant plus compltement.

    - Pour un "visuel", il vaut mieux dcrire, etc. D’exprience vcue avec de nombreux "visuels", je trouve que montrer un schma passe trs bien, sous rserve d’en commenter le fonctionnement. Je n’ai pas rencontr de cas o le "visuel" aurait refus de "rentrer" dans mon schma du fait qu’il avait une autre reprsentation en tte. C’tait plutt l’occasion d’une discussion pour modifier/complter le schma propos, la jonction de nos deux reprsentations.

    En tous cas, Jean, merci pour cet article et pour les petites madeleines qui l’ont accompagn !

    • Merci de tes commentaires, quelques ractions en rponse :
      Ajouter quelques explications d’un schma n’enlve pas la dominante visuelle si elles se rfrent ce qui est montr. (id pour pointeur). Mais il faut faire attention ce que le discours ne prenne pas trop d’importance et soit au service de la reprsentation visuelle. Question d’quilibre...

      D’accord sur le fait qu’on voit souvent trop de texte sur des planches (je me rappelle qu’on me prconisait pas plus de trois ides par planche). Cet excs provoque la saturation, l’auditoire ne retient plus rien, c’est trop. Si en plus, il y a des commentaires vraiment diffrents, on a en plus du brouillage, l’auditoire ne sait pas s’il faut retenir ce qu’il voit ou ce qu’il entend.

      En ce qui concerne le fait qu’il vaut mieux dcrire pour un visuel, j’avoue que cela m’a surpris aussi, j’avais tendance penser comme toi.

      J’ai reu la documentation sur la gestion mentale que m’a fait partager l’intervenante. Je peux la communiquer ceux qui sont intresss. Je ne rsiste tout de mme pas rajouter dans l’article (voir dans la doc "gestion mentale/mandalas/table.pdf") un schma des tables de multiplication que je trouve intressant. L’intervenante soulignait qu’on apprenait les tables de multiplication de faon linaire, d’en l’ordre, parfois en chantant (avec la blague de Toto qui se rappelait l’air mais pas les paroles). On s’en faisait alors une reprsentation auditive. Mais, problme, quand on veut s’en servir, il faut aller directement une entre d’une table, par exemple 6x7. Or, pour utiliser une comparaison informatique, l’auditif, le discours, est accs squentiel et se prte mal l’accs direct. Quand on avait un doute, il fallait reprendre son lan, repartir du dbut de la table des 6 : 6 x1, 6 x 2.... pour arriver 6 x 7.

      C’est l qu’une reprsentation visuelle est avantage. On peut voir sur le schma que les tables se diffrencient par la forme des entres (des petits cœurs pour la table des 3) et par leur place dans le dessin (les tables les plus grandes au centre, les entres d’une table dans le sens des aiguilles d’une montre). En outre, le schma se base sur le fait que a x b = b x a et la table des n ne contient que n x n, n x (n + 1), ... n x 9. Deux fois moins de choses retenir !

      Pour consulter mentalement cette table, il faut d’abord ordonner le produit, puis cibler l’entre (par ex le losange en haut droite pour 6 x 7 = 42), le rsultat arrive tout de suite !

    • Répondre à ce message (2167)



    Répondre au message 2164 du 18 décembre 2013, 19:54, par Jean-Franois


  • intressant ton article, j’ai pass sur Lagaranderie que je connaissais dj mais l’pisode vcue de l’erreur commise par la stagiaire m’a passionn...



    Répondre au message 2165 du 19 décembre 2013, 10:54, par Myriam


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