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De la chute des dictatures la dmocratie confisque

vendredi 13 décembre 2013 par Jacqueline

 

4me confrence de Chrif Ferjani, professeur en science politique Lyon 2

En Tunisie, la victoire des islamistes

L’espoir d’lections dmocratiques

Aprs la fuite de Ben Ali, le 14 janvier 2011, Mohamed Ghannouchi, dernier premier ministre du prsident dchu, forme un gouvernement d’union nationale mais l’opposant historique, Moncef Marzouki dnonce une mascarade en fustigeant le maintien des ministres de Ben Ali.

La rue demande la dissolution de l’ancien parti au pouvoir (le RCD ou Rassemblement Constitutionnel Dmocratique) et la dmission du premier ministre Mohamed Ghanouchi. Le 27 Fvrier 2011, ce dernier dmissionne et le nouveau premier ministre (Bji Cad Essesi) promet des lections constitutionnelles en juillet de la mme anne.

Une haute Instance (Instance Suprieure Indpendante pour les Elections ou ISIE) est charge d’organiser l’lection. Elle a pour but d’enregistrer les lecteurs, de prparer le scrutin et d’assurer son bon fonctionnement. Les islamistes, minoritaires au sein de la Haute Instance, se sentent discrimins et menacent de se retirer (ils ne le feront pas…).

Une assemble constituante qui prend le pouvoir

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L’assemble constituante

L’lection de l’Assemble constituante (premire lection dmocratique en Tunisie), prvue en juillet, est reporte au mois d’octobre 2011. Les islamistes se prsentent comme les victimes de la dictature de Ben Ali et comme des islamistes modrs. Par ailleurs, 50% des lecteurs ne votent pas, faute de s’y retrouver dans la multiplicit de listes (plus de 1600 !).

C’est ainsi que le parti islamiste (Ennahda) est le grand vainqueur des lections. Il obtient 90 siges sur 217 et devient le premier parti (bien qu’il n’ait obtenu que 35% de 50% des votants, soit 17,5% du corps lectoral !). Pour gouverner, il n’aura besoin de ne s’allier qu’avec un seul parti, le parti de Moncef Marzouki, arriv en seconde position, qui remporte 30 siges et est ouvert au dialogue avec les islamistes.

L’Assemble constituante qui avait pour mission d’laborer une nouvelle constitution s’rige en pouvoir lgislatif et s’occupe de tout sauf de ce pour quoi elle a t lue ! On se trouve face un rgime parlementaire absolu sans contre-pouvoir et on assiste une islamisation de la socit tunisienne. Seule la socit civile se mobilise pour s’y opposer.

En Egypte, un coup d’tat militaire

La mise en place d’une commission constituante

Frres musulmans et Salafistes

Les Frres musulmans s’adaptent davantage la modernit. Ils sont soutenus par le Qatar. Ils s’organisent l’chelle mondiale.

Les Salafistes sont plus traditionnels, plus tourns vers le pass. Ils sont soutenus par l’Arabie Saoudite. Ils refusent a priori de se constituer en parti.
Il faut distinguer :
- Le salafisme djihadiste qui cherche imposer un pouvoir musulman par la violence
- Le salafisme apostolique qui prne une r-islamisation de la socit par la persuasion. Mais cette faade prdicative peut dissimuler une tendance la violence.

En Egypte, la situation est trs diffrente. Le vide laiss par l’arrestation de Moubarak est aussitt combl par les militaires, considrs la chute de Moubarak comme les protecteurs du peuple.
Le 13 fvrier 2011, deux jours aprs le dpart de Moubarak, l’arme proclame la dissolution du Parlement et la suspension de la Constitution.
Le 15 fvrier, le conseil suprieur des armes dsigne une commission pour amender la Constitution.
Le 19 mars, un rfrendum valide les propositions de la commission (participation de 41%). Peu aprs, un nouveau mode de crations de partis est adopt : pour crer un parti, il faut collecter 5000 signatures et publier ses statuts dans deux journaux nationaux.
Quelques nouveaux partis apparaissent ainsi, en particulier :
- Le parti des Frres musulmans (PLJ ou Parti de la Libert et de la Justice)
- Le parti des Salafistes (ou parti Nour, la lumire)

Un nouveau code lectoral, publi le 30 mai 2011 retient le principe de l’lection la majorit simple pour les 2/3 des siges et la proportionnelle pour le tiers restant.

Des lections lgislatives invalides

Les lections lgislatives sont organises en 3 tapes les 28 novembre, 14 dcembre 2011 et 3 janvier 2012.
Il y a 32% d’abstentions et le PLJ sort vainqueur du scrutin avec 47% des siges. Le parti de la Lumire arrive en seconde position avec 22,5%. A eux deux, ils rcoltent presque 70% des siges.

Le 14 juin 2012, la Haute Cour Constitutionnelle dcide d’invalider un tiers des siges, au motif qu’un tiers des siges devait tre rserv aux candidats indpendants des partis, et que de trs nombreux lus appartenaient des partis.
Erreur ou omission ? En tout cas, l’Assemble est dissoute en totalit car la loi qui a gouvern le droulement des lections est contraire aux rgles de la Constitution , et en attendant les lections prsidentielles (premier tour le 24 juin 2012), le pouvoir lgislatif est dvolu l’arme.

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Bulletin de vote

L’lection du prsident Morsi puis sa destitution

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Mohamed Morsi

Le 8 juillet 2012, Mohamed Morsi (issu des Frres musulmans) est finalement lu prsident. Il obtient seulement 24,78% des voix au premier tour. Au second tour il bnficie d’une forte abstention et du report des voix des lecteurs qui voulaient viter la victoire de l’autre candidat en lice, Ahmed Shafik, dernier premier ministre de Moubarak.

Une fois lu, Mohamed Morsi annule par dcret la dissolution de l’Assemble qui avait t dcide par l’arme. Il promulgue une Dclaration Constitutionnelle qui lui confre la possibilit de lgifrer par dcret. C’est un coup d’Etat rampant .

Pour prendre de court les contestations qui se dveloppent, Morsi annonce qu’il soumettra le projet de Constitution rfrendum. Mais en mme temps il entreprend l’islamisation de l’Etat et se met dos tous les corps constitus (arme, justice, mdias…).
Cependant le ministre de la dfense devant tre un militaire : c’est le gnral Sisi qui est choisi.

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Le gnral Sisi

Cette nomination n’empche pas de nombreuses manifestations contre la drive dictatoriale du nouveau pouvoir. Les Frres musulmans volent la rvolution peut-on lire sur les banderoles dployes sur la place Tharir au Caire. Entre 20 et 30 millions de signatures sont rcoltes pour demander de nouvelles lections.

En juillet 2012, la tension devient insupportable. Sisi demande Morsi d’accepter les lections mais ce dernier refuse. Le gnral prend alors la tte d‘un coup d’Etat sanglant le 3 juillet 2013.
Mohamed Morsi est dmis de ses fonctions et plac en dtention prventive. Des lections sont prvues pour le printemps 2014.

De la liesse la colre

Aprs le printemps arabe de 2011 et l’hiver islamiste de 2012, l’anne 2013 a t porteuse de nouvelles tensions dans ces deux pays : islamisation de la socit tunisienne, coup d’Etat militaire en Egypte.
On comprend que la liesse populaire ait cd la place la colre et la frustration dans la socit civile.

Galerie

  • Manifestation salafiste

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