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Qu’est-ce que le Manirisme ?

Le terme dsigne la production artistique qui va d’environ 1520 la fin du XVIme sicle dans le prolongement de la Renaissance italienne et franaise.
Contrairement ce que l’on peut penser, le Manirisme n’est pas l’expression dcadente des manires des grands artistes prcdents (Lonard de Vinci, Michel-Ange, Raphal) mais un mouvement profondment original refltant les incertitudes et l’inquitude des contemporains qui n’ont pas vu se raliser les espoirs suscits par la Renaissance.

En effet, l’idal d’harmonie s’effondre :
-  L’glise catholique apparat corrompue par le luxe et l’ambition ; l’inverse, le moine Savonarole plonge Florence dans la terreur en faisant brler livres et œuvres d’art considres comme dmoniaques.
-  La Rforme brise l’unit de la Chrtient
-  L’Europe est le terrain de guerres incessantes : tandis que Franois 1er envahit l’Italie, Charles Quint met sac la Ville ternelle en 1527.

Nous allons ensemble dcouvrir les caractristiques de ce mouvement partir de trois œuvres particulirement significatives, une sculpture et deux tableaux italiens :

-  Le Perse de Benvenuto Cellini (1545-1554)
-  La Vierge au long cou de Parmigianino (1535)
-  Vnus, Cupidon et le temps (1540) d’Agnolo Bronzino

1. Le Perse de Benvenuto Cellini (1545-1554)

Cette gigantesque statue de bronze de 3,15m de hauteur est une commande de Cme de Mdicis, alors duc de Toscane. Celui-ci veut reprendre le mythe de Perse pour en faire le symbole du triomphe du Bien sur le Mal mais aussi et surtout des Mdicis sur les Rpublicains de Florence.

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Le Perse de Cellini

Perse est reprsent nu selon la tradition grecque. Il pitine le corps de Mduse et brandit sa tte dcapite d’o s’chappe un torrent de sang qui semble encore couler. Sa jambe gauche flchie, l’opposition des bras et sa tte incline donnent l’illusion du mouvement. Son attitude gnrale qu’on peut qualifier de serpentine est celle d’un S majuscule .
Un sicle plus tt, le David de Donatello (1430), par sa pose manire et son lgance ambigu annonait dj certains aspects du Manirisme (voir article sur la Renaissance).

Cette torsion des corps, ce mlange de raffinement et de cruaut qui frappent le spectateur sont caractristiques du Manirisme. On les retrouve aussi trs nettement dans L’enlvement des Sabines de J. de Bologne (1581-1583)

2. La Vierge au long cou de Parmigianino (1535)

C’est dans la peinture que ce mouvement trouve son expression la plus vidente. Le Parmesan reprend le sujet religieux le plus trait, celui de la Vierge l’enfant mais le renouvelle avec une volont affiche de transgresser les canons classiques, comme l’indique dj son titre.

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La Vierge au long cou de Parmigiano

Dans un dcor thtral, la Vierge est reprsente comme une jeune femme d’une lgance trs contemporaine. Le cou disproportionn met en valeur un visage aristocratique la coiffure raffine. Les mains fines et trs allonges, le corps dmesur, le pied suspendu au-dessus du coussin confrent au personnage une sorte d’irralit.
Quant l’enfant, il frappe le spectateur par sa taille, sa pleur et son attitude d’abandon qui ne semble pas tre celui du sommeil. A l’arrire-plan, un personnage minuscule qui dfie l’chelle des proportions droule un parchemin ct d’une colonne gigantesque.

D’un point de vue symbolique, la beaut clatante de la Vierge entoure de trs jeunes filles s’oppose au visage blafard de l’enfant, l’une signe de vie, l’autre prsage de mort. On peut y voir l’illustration de la parole du Christ : Je suis l’alpha et l’omga, le commencement et la fin. De mme, la colonne peut figurer celle de la flagellation.
Ainsi, ce tableau n’est pas seulement la reprsentation d’une maternit heureuse, il prfigure aussi le destin tragique du Christ.

Outre sa volont de transgresser les codes, le Manirisme est donc aussi un art des symboles.

3. Vnus, Cupidon et le temps d’Angolo Bronzino (1540)

Bronzino la cour de Cme de Mdicis ralisa ce tableau destin au roi de France, Franois 1er. Le sujet, volontiers provocateur, prsente au premier plan dans une lumire crue, Cupidon embrassant sa propre mre, Vnus dans un geste de transgression incestueuse. Les diffrents titres du tableau (Le Triomphe de Vnus, Vnus, Cupidon et le temps, Vnus et Cupidon entre le Temps et la Folie) tmoignent des difficults d’interprtation de ce tableau nigmatique.
Cette conception d’un art complexe de codes et de symboles qui s’adresse un public cultiv caractrise aussi le Manirisme.

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Vnus, Cupidon et le temps de Bronzino

On reconnat Vnus la pomme qu’elle tient (celle que Pris lui a donne) et la colombe qui fait d’elle la desse de l’amour. Le jeune Cupidon possde le carquois rempli de flches : Vnus en prend une, acceptant ainsi d’tre l’objet d’amour de son fils. Le peintre a choisi de traiter avec sensualit les deux corps dont la blancheur est souligne par le fond d’un bleu intense outremer. Derrire eux, l’enfant souriant qui porte un anneau la cheville et jette des ptales de roses sur les amants incarne sans doute le Plaisir. Ces trois corps semblent unis dans une posture sinueuse et onduleuse, dite serpentine.

Plusieurs allgories entourent les personnages principaux sans qu’il soit toujours possible de bien les identifier. Derrire l’enfant, on peut voir un curieux personnage au visage fminin et au corps monstrueux termin par une queue de serpent. Il offre de la main droite un rayon de miel tandis que l’autre cache le dard de sa queue. Selon la tradition, il est identifi comme la Tromperie (douceur des amours illgitimes mais caractre invitable du chtiment ?).

A gauche de Cupidon, on aperoit un tre au visage douloureux que soutiennent deux mains tortueuses et crispes : serait-ce une personnification de la Jalousie, de la Honte, de la Folie ? Ou plus prosaquement un avertissement sur les ravages de la syphilis ?
Le personnage en haut gauche du tableau, essaie de tendre un voile (pudique ?) sur ces amours coupables. Il en est empch par le bras vigoureux d’un vieillard, sr de lui. On peut voir dans cette rivalit l’antagonisme entre l’Oubli qui veut effacer un souvenir encombrant et le Temps qui rappelle la permanence de nos actes.

Ce foisonnement d’allgories qui restent ambiges ne permet pas de donner une interprtation univoque de ce tableau. S’agit-il d’une glorification des amours coupables ou d’une mise en garde contre leurs dangers ? La mise en garde ne permettrait-elle pas simplement de dtourner les indignations moralisantes ?
Cette ambivalence caractristique du Manirisme explique sans doute la condamnation de ce mouvement par l’Eglise.

Ainsi, partir de ces trois œuvres, nous pouvons dgager quelques caractristiques de ce mouvement en rupture avec la tradition.
Cette recherche de nouvelles formes d’expression se traduit par :
-  L’accent mis sur le mouvement, la torsion des corps, leur dformation systmatique (allongement et refus des proportions habituelles)
-  L’utilisation des grands mythes antiques ou chrtiens revisits sous les feux de l’actualit
-  Le recours des symboles, des allgories aux interprtations complexes, ce qui en fait un art pour un public de cour
-  L’emploi de couleurs inhabituelles, vives, acidules ou au contraire pastels
-  Le got affich pour la provocation, voire la transgression des codes admis l’poque ce qui en fait un art trs moderne.

On reconnat chez Le Greco cette dformation des corps et des visages, allongs en flammes. Cette manire traduit alors la spiritualit du peintre.

PS : Cet article, inspir par notre cours d’histoire de l’art, contient des informations mais aussi des interprtations au caractre plus subjectif qui n’engagent que leurs auteurs (Dominique et Jacqueline) !


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