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L'Hermione L’Hermione

vendredi 30 septembre 2011 par Jean-Franois

Il y a 4 messages en réponse à cet article.

L’histoire

En ce matin du 10 mars 1780, Louis Ren Magdeleine Le Vassor de la Touche, commandant de l’Hermione, s’cria d’une voix forte : Hisse le grand foc, tout est pay ! .
Prs de lui sur la dunette arrire, le jeune Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, poussa un soupir de soulagement. Il venait de passer la nuit dans un bordeau de Rochefort et, surpris par l’heure, il avait juste eu le temps de rejoindre la frgate, sans mme payer son cot ces demoiselles…

Il faut dire sa dcharge qu’il tait un peu stress et fort soucieux de discrtion, craignant chaque jour de croiser quelque espion la solde des Anglais. Il venait en effet d’tre charg par le bon roi Louis XVI d’une mission secrte et dlicate : prvenir Georges Washington en personne du soutien de la France dans sa lutte contre l’Angleterre, et organiser avec lui le prochain envoi d’un contingent de 6000 hommes, prts en dcoudre contre l’ennemi hrditaire.
La France n’avait toujours pas digr son viction du Canada et voyait dans la rvolte des insurgents amricains une belle occasion de prendre sa revanche !

Et c’est ainsi que l’Hermione, cette belle frgate construite en 1778 et arme de 32 bouches feu, appareilla de Rochefort pour traverser l’Atlantique. Elle atteignit Boston 38 jours plus tard et Gilbert put enfin porter Georges Washington son prcieux message.
Il tait temps ! L’Anglais avait envoy 7000 hommes pour mater ces colons rebelles et les insurgents taient bout de forces. Le soutien du contingent franais s’avra dterminant et les Amricains gagnrent alors deux batailles dcisives :
- l’une sur mer dans la baie de Chesapeak, laquelle l’Hermione prit part,
- et l’autre sur terre Yorktown.
Le trait de Paris fut sign le 3 septembre 1783, marquant l’indpendance dfinitive des colons amricains !

Dix ans plus tard, en 1793, aprs quinze annes de bons et loyaux services, l’Hermione toucha un haut fonds au large du Croisic et coula en quelques heures. Tout l’quipage fut sauv, et la belle frgate disparut jamais.

La construction

A jamais ? Et bien non. Quelques 300 ans plus tard une quipe de passionns a dcid de la faire renatre. Et de la reconstruire Rochefort, l mme o elle avait t lance en en 1778.

Les plans avaient disparu ? Oui mais trois frgates identiques avaient t construites, dont une rcupre par l’Angleterre (les bateaux franais tant alors reconnus comme techniquement suprieurs) et depuis conserve dans un muse des Cornouailles.
La premire phase a donc t de reprendre mticuleusement toutes les dimensions et de reconstituer les plans de L’Hermione, un trois mts phares carrs de 44,20 m de long et de 11,50 m de large.

- Le 4 juillet 1997 (jour anniversaire de la constitution des Etats d’Amrique) la quille a t pose puis l’tambot, les couples et l’trave.
- En 2000 et 2001, pose des serres.
- En 2003, pose des trois ponts (faux pont, pont des batteries et pont suprieur).
- En 2008, construction des amnagements intrieurs (succincts ! Ces amnagements)
- En 2010, bordage de la coque.
- En 2011, construction du grement et des voiles (19 voiles, 2130 m de toile, 25 km de cordages…)
La mise en eau est prvue pour fvrier 2012, le lancement les 6 et 7 juillet 2012 et les premiers essais en mer en 2013.

La visite

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Coupe de l’Hermione

C’est donc une coque ponte, borde et amnage que nous avons pu visiter. Suivez le guide…

Le pont suprieur

A l’arrire du pont, la dunette. C’est la zone rserve aux officiers.
Seuls les gabiers d’artimon peuvent y faire un court sjour, juste le temps de gagner les enflchures et de carguer les voiles d’artimon.
Au milieu trne la cage poules (des protines fraches mais rserves aux officiers et ventuellement aux malades).

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Les roues de barre

_ Juste devant, les deux roues de la barre. Cinq hommes sont parfois ncessaires pour matriser le bateau, quand il dboule au largue dans la houle, plus de 13 noeuds ! Et devant les barres roue, le mt d’artimon.
En arrire de la dunette et de chaque ct, les deux bouteilles , ce sont les WC, rservs aux officiers comme il se doit.

A l’avant de la dunette, l’officier de quart surveille la voilure et la route, ordonne les changements de voiles… A son signal, les gabiers montent aux vergues pour prendre un premier ris, car le vent a forci. Prs de lui, Gilbert du Motier marche nerveusement et scrute l’horizon.

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La grande rue

Devant la dunette, le pont suprieur est ouvert, c’est la Grande Rue o s’affairent les hommes de quart.
A l’arrire de la Grande Rue , les pompes de cales, au milieu le grand mt est firement implant, l’avant le cabestan principal, pour relever l’ancre.

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Le cabestan

Une rude affaire, cette remonte de l’ancre ! Quinze hommes sont souvent ncessaires. Pour soutenir l’effort quand ils virent au cabestan, ils ont ici le droit d’entonner des chants charriant les officiers, c’est le grand charivari .

En avant de la Grande Rue , le mt de misaine. Puis le pont suprieur se prolonge par la guibre , sorte de terrasse qui domine l’trave. De part et d’autre, les bossoirs, fortes pices de bois qui supportent les ancres.
En avant les poulaines (les WC de l’quipage, un peu humides au prs quand l’trave plonge dans la mer…).
Tout l’avant la figure de proue, en l’occurrence un lion.
Et bien sr, surmontant la guibre, le gigantesque beaupr, sorte de mt oblique qui prolonge la coque de prs de 20 m, et permet de hisser les foc, trinquette et clinfoc.

Le pont des batteries

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La grande chambre

A l’arrire de ce pont se situent les amnagements du commandant et des officiers :
- la grande chambre, centre nvralgique du bateau, l o se prennent les dcisions. Elle est richement dcore et claire par une grande baie ouverte sur le tableau arrire du navire. Une grande table en occupe le centre, pour y poser les cartes et aussi prendre les repas.
- En avant la cabine du commandant, confortable mais simple.
- Sur le ct, une petite chambre, rserve au marquis de La Fayette.

Tous ces amnagements sont amovibles, et on peut les remplacer par six canons de fuite, en cas de bataille mal engage !

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Le pont des batteries

En avant des amnagements se situe la zone de combat proprement dite. 26 canons de 12 y sont rpartis (12 de chaque bord) monts sur leur afft en bois et fortement amarrs derrire chaque sabord.

Il faut neuf hommes pour servir un canon, sans compter les mousses chargs de remonter les gargousses depuis la Sainte Barbe ( l’arrire de la cale) ! Ce qui explique les 300 hommes [1] embarqus sur la frgate.
Et il faut dix minutes pour tirer un coup : enfourner la gargousse de poudre et la tasser avec l’couvillon, placer le boulet, pointer et caler l’affut, mettre l’amorce et l’allumer…

Dans l’entrepont, c’est un vacarme indescriptible, la fume est telle qu’on peut peine respirer et qu’on n’y voit plus rien… Et puis si l’on expdie des boulets, on risque aussi d’en recevoir ! Le plus dangereux, ce sont les clats de bois, quand on en reoit une borde bien ajuste. Tout l’entrepont est peint en rouge vif, les traces de sang s’y voient moins, pour ne pas dcourager l’quipage !

Le faux pont

C’est la zone de vie de l’quipage, et la hauteur sous barrot y est fort limite : gure plus d’un mtre quarante, on n’y circule que courb en deux (sauf les mousses, bien sr).
Hors quart, les hommes y accrochent les hamacs (ou branles). Si un combat s’annonce, il faut les dcrocher en vitesse, c’est le branle-bas de combat !

300 hommes (moins ceux de quart) entasss dans ce faux pont, sans aration, l’atmosphre y est un peu lourde. C’est pourquoi l’quipage prfre prendre ses repas sur le pont des batteries, bien cal entre deux canons…

A l’arrire du faux pont, on voit les drosses de barre, relies aux barres roue du pont suprieur, et qui permettent d’orienter le safran de gouvernail.

La cale

Tout au fond du bateau, la cale est pleine !
En arrire la Sainte Barbe, avec les rserves de poudre, dans la partie la plus sche du navire. Elle est garde nuit et jour par des soldats.

Au centre de la cale, les rserves de vivres, stockes dans des tonneaux : poissons schs ou sals, haricots et leurs charanons (le complment protin pour l’quipage), vin…
Et tout au fond, le lest, cal de part et d’autre de la pice de quille.

Voil, la visite est finie, il ne reste plus qu’ reprendre l’chelle de cale, retraverser le faux pont (en courbant bien le dos), admirer l’alignement des canons dans le pont des batteries, passer par la chambre des cartes et y savourer un petit verre de Bordeaux avec Louis Ren Magdeleine, remonter sur le pont suprieur…
Sur la dunette, Gilbert vient de voir une terre se dessiner l’horizon…

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[1Pas de femmes bord, bien sur, ce "lest du diable", comme on disait alors... Dans la BD de Bourgeon, "Les passagers du vent", il y a certes deux belles clandestines....