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Comme vous avez pu le constater, ce mois d’aot, c’est la trve maritime pour tout l’quipage. On va retrouver la Marie Sereine dbut septembre, et vous n’chapperez sans doute pas de nouveaux rcits de nos prgrinations nautiques.
En attendant, je vous livre cette petite histoire (vraie). Elle fleure encore un peu le sel et les embruns.

Longtemps j’ai rv d’avoir un bateau…


Et c’est ainsi qu’a seize ans j’ai construit mon premier voilier, un tout petit driveur (2m90 !), assembl en une semaine Bouchemaine.

Chaque matin, j’amenais mon bateau au bord de la Maine et je m’asseyais sur la rive, pour lire attentivement un chapitre de : La voile, mais c’est trs simple ….

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Le premier jour, j’ai appris hisser les voiles, monter le gouvernail et la drive… pas de problmes.
Le jour suivant, j’ai attaqu le chapitre deux (naviguer au largue). J’ai donc travers la Maine, au largue, tout droit jusqu’ la rive oppose o je me suis enfonc dans une paisse couche de roseaux. Pour revenir, il m’a suffit de sauter l’eau, de faire pivoter le bateau, de remonter par le tableau arrire, d’carter les roseaux, de retraverser (toujours tout droit…).
a t trs motivant pour aborder le chapitre trois, traitant (enfin) du virement de bord !
Bref, cet t l j’ai appris les rudiments de la manœuvre voile…

J’ai ensuite construit un joli driveur en solitaire de 4m (une yole OK, du nom de son architecte, Knut Ohlsen), pour finalement attaquer mon grand œuvre : la construction d’un vrai voilier de mer de 6m50 : Marie Sereine, premire du nom.
La gestation en a dur sept ans (mais ceci est une autre histoire) et au cours de ces annes je me suis dit que mes comptences nautiques taient quand mme un peu justes pour aborder la mer, avec ses mares, ses courants et sa mto si changeante.

Et c’est ainsi qu’un beau matin de juillet 1966 je me suis retrouv Concarneau, assis sur le pont d’un Chose avec une vingtaine de stagiaires prts partir pour la clbre cole de voile des Glnans.

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A dire vrai on n’en menait pas large et on tait tous assez silencieux. Tous sauf une charmante blonde du nom de Sophie, qui nous donnait des ordres avec toute l’autorit confre par son statut : c’tait son deuxime stage !
On trouvait bien qu’elle la ramenait un peu (toi tu prendras la barre, toi tu largueras l’aussire quand je te le dirai…) mais enfin la comptence, a ne se discute pas.

Les "Choses"

Les Choses taient d’anciennes baleinires de sauvetage que les Glnans avaient transformes en voiliers, avec un beau grement de golette.

C’taient surtout de formidables outils pdagogiques : elles refusaient de virer de bord si toutes les conditions n’taient pas runies :
- vitesse suffisante,
- voiles bien bordes,
- bateau venu au prs,
- barre amene doucement sous le vent,
- foc choqu au dernier moment…

_ Finalement, vers dix heures on est partis, deux Choses la remorque du bateau de liaison de l’cole. La mer tait d’huile, le temps splendide et a a t l’merveillement de l’arrive sur les les. Un merveillement d’ailleurs sans cesse renouvel chaque fois que je pntre dans le lagon, avec Penfret babord, Guiautec et sa balise, Fort Cigogne et sa tour, Drenec, Saint Nicolas…

A peine dbarqus, chacun a rejoint son stage et j’ai perdu de vue Sophie.
L’apprentissage commenc. J’ai appris plein de choses, a m’a plu et au bout des quinze jours j’ai dcid de rempiler pour un stage de croisire ctire sur un Mousquetaire . Comme je n’avais pas t trop mauvais (pensez, aprs mes traverses de la Maine…), j’avais eu de bonnes notes (c’tait avant mai 68, les stagiaires taient nots !) et j’ai t bombard chef de bord . Un titre ronflant pour une responsabilit (heureusement) limite, le vrai patron tant le chef d’escadre, un vieux glnanais tout ptri d’exprience.

Donc retour Concarneau et rassemblement des quipages (on tait quatre ou cinq par bateau). Et savez-vous qui je retrouve comme quipire sur mon Mousquetaire ? Mais Sophie, bien sr, qui elle aussi avait dcid de rempiler.
Et a a t de nouvelles dcouvertes :

- Premire prparation et avitaillement d’un bateau (c’est facile de reprer un chef de bord : il a l’air renfrogn et il a toujours une liste la main).
- Premire journe scurit Cigogne.

De Penfret Merrien

Je me souviens encore du judicieux conseil de notre chef d’escadre, lors de la prparation de cette premire sortie : par mauvaise visibilit, il ne faut pas prendre le cap direct vers le port vis, mais quelques degrs plus gauche ou droite.
Savez-vous pourquoi ? Que les premiers lecteurs trouvant une rponse plausible nous en fassent part, en faisant "Rpondre cet article"


- Premire traverse par mauvaise visibilit de Penfret Merrien…

Et puis Brigneau, Port Manech, la remonte de l’Odet et la dcouverte de Quimper…
C’est en redescendant de l’Odet que toute l’escadre s’est fait cueillir par un mauvais coup de surot. Et je me suis retrouv avec mon Mousquetaire tirer des bords dans le chenal, sous bas ris et tourmentin. Un chenal troit avec des cailloux de chaque ct, pas mal de houle et une mer franchement dferlante…
Que s’est-il pass lors d’un virement de bord : ai-je donn l’ordre de virer au mauvais moment, lorsque la dferlante repousse l’trave du mauvais ct ? L’quipier au foc a-t-il largu l’coute trop tt, … ?
Toujours est-il qu’on a fait un splendide manque virer. Et que le bateau s’est retrouv non manœuvrant, drivant lentement mais srement vers les cailloux tous frangs d’cume. Que faire ?

C’est alors que Sophie s’est montre sublime. Sans la ramener, elle m’a juste suggr : tu devrais nous donner l’ordre d’empanner . Bon sang mais la voil, la solution :
- A choquer la grand-voile en grand !
- Borde le foc !
- La barre au vent, doucement.
- Attention l’empannage… On empanne.

Le bateau repend aussitt de la vitesse, on vire vent arrire, les cailloux dfilent gentiment sur le bord…

C’est depuis ce jour qu’avant chaque manœuvre je la prpare dans ma tte, je suppute, j’imagine, j’essaie d’anticiper…
Me croirez-vous ? Ca a t ma premire vraie leon des Glnans !

Merci Sophie…

Quelques indices...

Pour vous aider trouver l’nigme "De Penfret Merrien"...
- La visibilit est mauvaise (mettons 500m). Le port est distant d’une vingtaine de milles (env. 35 km)
- La cte est peu prs perpendiculaire au cap menant au port.
- La cte est franche (par ex. une falaise). De part et d’autre du port vis, elle ne comporte pas de points remarquables.
- Ce n’est pas un pb de drive (de vent ou de courant).
- On n’a videmment pas de GPS !


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