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Un conte de Noël

Les capitalistes et les travailleurs sont dans un bateau…

vendredi 28 novembre 2008, par Jean-François

Suite à une discussion animée avec Colette, j’ai écrit ce conte rappelant l’histoire de ces hommes et de ces femmes isolés dans une lointaine contrée. Et qui manquaient singulièrement de clairvoyance politique...

Un petit peuple sympathique, pauvre et inventif...

Il était une fois, il y a fort longtemps, des hommes et des femmes qui vivaient isolés dans une contrée lointaine, près d’une rivière. Ils étaient très pauvres car dans cette région rien ne poussait : la terre était aride, ils ne trouvaient à se nourrir qu’en pêchant depuis le bord de la rivière. Et les poissons, pas fous, évitaient le plus souvent de trainer leurs nageoires près de la rive, ils restaient prudemment au milieu, dans le courant, où ils batifolaient et se reproduisaient en abondance.
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Ces hommes (et ces femmes [1]) étaient donc forts démunis. Démunis, mais inventifs, dotés d’une imagination fertile qui devait d’ailleurs leur apporter bien des ennuis, ainsi qu’on le verra dans la suite de cette histoire !

...qui a l’esprit d’entreprise

<img276|right>Or donc, lassés de passer de longues heures au bord de la rivière pour un aussi maigre résultat, ils décidèrent d’unir leurs efforts et de construire des barques, avec la ferme intention de s’aventurer au milieu de l’eau, là où le poisson abondait.
Plusieurs équipes se constituèrent ainsi, chaque équipe était composée d’un entrepreneur particulièrement aventureux (qu’ils appelèrent rapidement « le capitaliste », on n’a jamais su pourquoi) et de plusieurs pêcheurs à la ligne, qu’on appela « travailleurs », pour bien marquer leur changement de statut. Comme ils craignaient les dangers de la rivière, chaque équipe devait impérativement s’encorder ; elle devenait ainsi solidaire. On disait alors qu’on ne pouvait construire une barque sans capital, pour acheter le bois et les apparaux de pêche ; et qu’on ne pouvait pêcher sans travailleurs, pour tendre les filets et remonter les lignes. Ce lien indiscutable entre les uns et les autres allait faire leur force, mais aussi leur malheur.

Et les barques prirent le large, ayant chacune plusieurs équipes à bord, pour aller taquiner les poissons du large.
Sans être miraculeuse, la pêche s’avéra vite nettement plus efficace que depuis le bord de la rive, mais aussi nettement plus délicate, tant la conduite des barques était difficile pour ces apprentis navigateurs. Je vous en fais juge :
Parfois, une équipe n’arrivait pas à trouver les bonnes techniques de pêche, et ne ramenait rien à bord, ou bien des poissons immangeables.
Parfois l’équipe se disputait, le « capitaliste » accusant les « travailleurs » de ne pas rapporter assez de poissons, et les travailleurs rétorquant que c’était eux qui pêchaient, et que le capitaliste se réservait les plus belles pièces.

Ils inventent le libéralisme !

La pêche aurait rapidement perdu toute efficacité, si une règle de fer ne s’était rapidement imposée (que l’on appela : « règle du libéralisme débridé ») : si une équipe ne ramenait rien, si elle troublait le fonctionnement de la barque au risque de la faire chavirer, elle était purement et simplement jetée par dessus bord ! Et comme l’équipe était solidement encordée, tous ou presque coulaient, tant le « capitaliste » que les « travailleurs »… Les théoriciens de la pêche libérale étaient assez contents de ce mode de fonctionnement : ils disaient que la pêche « s’autorégulait ». Et de fait la pêche en rivière permettait à notre petit peuple de globalement mieux manger qu’au temps de la pêche sur la rive. Mais au prix de quelles inégalités, de quelles pertes !

La première crise majeure

Une catastrophe épouvantable survint d’ailleurs, qui marqua les esprits (elle est restée dans les mémoires sous le nom de « crise de 29 ») et montra les limites de l’autorégulation : suite à une mésentente entre des équipes, un grand nombre d’entre elles fut jeté par dessus bord, mais les tourbillons furent tels que bien des barques coulèrent. Il fallut en hâte lancer des bouées de sauvetages aux survivants, mais le mal était fait, toutes les barques s’entrechoquèrent et une guerre générale s’ensuivit (certes, la catastrophe initiale n’en était pas la seule cause, mais elle y avait contribué).

Mais alors, que choisir...


Social-démocratie ?
Suite à cette crise, des techniciens de la pêche [2] tentèrent d’instituer des règles moins brutales que celle consistant à jeter les équipes inadaptées par dessus bord. Ils mirent en place des aides pour reconstruire de nouvelles barques, ils cherchèrent à mieux former les hommes aux bonnes techniques de pêche, à prévenir les conflits en répartissant mieux les poissons au sein d’une équipe… Mais leur discours était complexe à expliquer, difficile à mettre en œuvre et pour tout dire inaudible.

Ou collectivisme ?
D’autant qu’un théoricien des techniques de pêche, autoritaire et sûr de lui [3], avait pris la direction d’une des barques et décrété quelques années auparavant que toutes les équipes devaient ramer dans le même sens : vers le milieu de la rivière et les matins qui chantent.
Il mourut assez vite mais fut malheureusement remplacé par un autre théoricien, encore plus autoritaire et despotique malgré son air bonace et sa grosse moustache.
De gré (ou de force) ces rameurs devaient donc se taire et ramer en cadence. Certes les équipes récalcitrantes n’étaient plus jetées par dessus bord : elles étaient mises à fond de cale, dans des cachots humides et secrets que l’on appelait « goulags ». Aussi, après des débuts enthousiastes (d’un enthousiasme certes un peu contraint), les résultats s’avérèrent assez catastrophiques : les équipes découvrirent qu’elles pêchaient surtout pour le profit de quelques uns [4], elles cessèrent alors de ramer, la barque se désagrégea sur place et coula !

Ils inventent le marché financier...

On en serait resté là, et d’ailleurs plusieurs philosophes prédirent alors « la fin de l’histoire » pour notre petit peuple, si l’imagination fertile de ses membres ne l’avait poussé dans une direction plus incroyable encore, et tout aussi dévastatrice. Écoutez bien !

Par le plus grand des hasards, quelques pêcheurs s’aperçurent que la rivière, qu’ils croyaient pourtant bien connaitre, avait des vertus proprement miraculeuses : certes elle contenait des poissons innombrables et qui semblaient (alors) inépuisables, mais surtout, je dis bien surtout, elle permettait, tenez-vous bien, de transformer en or les cailloux de la rive, dès lors qu’on les emportait sur la barque en allant pêcher.
Etait-ce vraiment de l’or ? Attendez un peu la suite de cette histoire, vous le saurez bientôt. En tous cas cela paraissait tellement merveilleux que chacun feignit de le croire. Nos astucieux pêcheurs venaient d’inventer « l’économie virtuelle », et ravalèrent les techniques de pêche (« l’économie réelle »), au rang d’un simple enfantillage. Rendez-vous compte : perdre son temps à chercher des poissons, quand on peut changer des pierres en or !

En réalité, cette incroyable découverte mit bien des années à se généraliser, et pour tout dire elle aurait été fort bénéfique si elle avait été employée avec modération. Mais sagesse et modération n’étaient pas le fort de nos pêcheurs ! Voici donc ce qui se passa.

Un marché qui fonctionne fort bien !

Au début, les équipes emportèrent seulement quelques cailloux pris sur la rive. Il faut d’ailleurs avouer que ce furent surtout les « capitalistes » qui s’y employèrent, plus vite convaincus des vertus miraculeuses de la rivière.
Et la transformation des cailloux en « or » s’avéra bonne pour tout le monde : avec les profits ainsi réalisés, on put construire des barques plus solides, plus nombreuses, avec des équipages mieux entrainés et qui rapportaient plus de poissons. Et avec ces beaux cailloux, on pouvait acheter toutes sortes de choses : de belles maisons, des voitures tirées par d’innombrables chevaux, tout plein d’objets inutiles mais tellement nécessaires…
Bien sûr cette nouvelle approche de la rivière comportait de nouveaux risques, mais enfin au début tout se passa plutôt bien. Par prudence et compte tenu de la catastrophe qui était intervenue auparavant, on avait d’ailleurs mis en place des « gendarmes » pour faire respecter quelques règles de bon sens : ils s’assuraient que les barques ne partaient pas trop chargées de cailloux, que l’« or » était assez bien réparti entre chacun, que l’on ne distribuait pas à l’excès tous ces biens achetables avec les beaux cailloux...
Évidemment, il y avait des tensions [5] dans notre petit monde : les « capitalistes » avaient de plus grandes poches et pouvaient embarquer plus de cailloux que les « travailleurs », ceux-ci auraient souhaiter récupérer plus de poissons en contrepartie de leurs efforts de pêche, on continuait de passer par dessus bord certaines équipes moins performantes… Mais enfin, globalement, nos gens, vivaient de mieux en mieux. Au point que cette période fut appelée (je ne sais pourquoi) « les trente glorieuses ».

La spéculation s’en mêle

Dans cette aisance enfin acquise, la pêche n’apparut bientôt plus aussi indispensable et certains, toujours plus inventifs, décidèrent d’embarquer avec les équipages, mais sans intention de pêcher et à seule fin de transporter ces pierres qui, sans effort, se transformaient en « or ». On les appela « spéculateurs » et, à dire le vrai (et contrairement à une idée généralement admise), leur rôle n’était pas totalement inutile : n’ayant rien d’autre à faire, ils n’avaient pas leur pareil pour repérer les équipes inadaptées et aider à les jeter par dessus bord (certes en récupérant leurs pierres au passage), ou parfois repêcher des équipes indûment mises à l’eau mais dont le potentiel de pêche leur paraissait prometteur. A leur insu (mais de leur plein gré), ces « spéculateurs » participaient ainsi à l’autorégulation de la pêche, pour le plus grand plaisir des tenants de la pêche libérale.

Le libéralisme pousse à la dérégulation

Tout aurait pu continuer dans le meilleur des mondes, si l’inventivité de notre petit peuple ne l’avait poussé à de nouvelles audaces. Voyant le succès de leur entreprise, les « capitalistes » et les « spéculateurs », qui avaient souvent les mêmes intérêts, vinrent trouver les gendarmes veillant au bon chargement des barques, et leur tinrent tout de go ce discours :
- Messieurs les gendarmes, notre système de pêche marche fort bien. Comme vous pouvez le constater nous nous autorégulons, et les règles que vous nous imposez sont donc inutiles et au demeurant fort gênantes : pourquoi limiter la quantité de pierres à ce que peuvent contenir nos poches, quand on pourrait en emporter plus et, ce faisant, rapporter plus d’or.

Le gendarme en chef (car il y avait un gendarme chef [6], les autres, à vrai dire, faisant surtout de la figuration) ne fut pas surpris de ce discours. Certains pensent même qu’il l’avait suggéré en sous-main, n’étant lui-même guère convaincu de l’utilité de son rôle. Il fit donc cette réponse :
- Messieurs les capitalistes et spéculateurs, je suis bien d’accord avec vous, j’ai toute confiance en votre autorégulation de la pêche, qui a fait ses preuves, et effectivement, il est bien dommage de ne pas emporter plus de pierres, ce qui permettrait de rapporter plus d’or, de construire plus de barques et de plus grandes, de pêcher plus de poissons dans cette inépuisable rivière, et aussi de construire plus encore de ces immeubles, de ces voitures, de ces objets inutiles dont nous sommes si friands. Je vais donc supprimer ces règles qui vous ennuient tant [7]. Et, comme je suis le chef, cette suppression des règles vaudra aussi pour les autres gendarmes.

Ainsi fut fait.
Et ce d’autant plus facilement que les gendarmes voulant vraiment gendarmer n’étaient pas légion. Et que les théoriciens du libéralisme avaient beau jeu de les faire passer pour des collectivistes ringards, par un détournement de sens qui paraîtra assez incroyable à nos concitoyens. Mais comme je vous l’ai dit plus haut, ces malheureux gendarmes représentaient une social-démocratie trop complexe, trop rigoureuse, trop difficile à expliquer face à la si belle simplicité du libéralisme.

Telle fut alors la suite de l’histoire :

La finance prend le pas sur l’économie

Les spéculateurs prirent progressivement le contrôle des équipes de pêche, forçant les capitalistes à délaisser de plus en plus leurs rôles de pêcheurs, pour se transformer en porteurs de cailloux, tellement plus rémunérateurs.
Tous continuèrent bien sûr à se mettre des pierres dans les poches, mais ils firent mieux : débarrassés des anciennes règles de prudence, ils se munirent de grand sacs, qu’ils remplirent à craquer de ces pierres miraculeuses, chargeant les barques aux limites du raisonnable.
Pour mieux gérer tout ces beaux cailloux, on construisit de grands entrepôts, où on pouvait les déposer, les échanger, les récupérer pour acheter qui une maison, qui une nouvelle voiture…Et à ceux qui n’avaient pas assez d’or, qu’à cela ne tienne, l’entrepôt leur en prêtait à foison, pensez-donc, il suffisait de ramasser quelques cailloux sur la rive et d’aller faire un tour sur la rivière miraculeuse !
Dans cette fièvre générale, il n’y avait pourtant pas que des gagnants : l’équilibre des gains entre « capitalistes » et « travailleurs » se trouva complètement bouleversé. Avec leurs sacs remplis à craquer, les détenteurs de pierres virent leurs gains multipliés par cinquante, quand, dans le même temps, le salaire des pêcheurs stagnait. A tel point que l’on revit des « travailleurs pauvres » comme aux tous premiers temps de cette histoire, lorsque les pêcheurs n’avaient que leur ligne pour pêcher depuis la rive.

Et ce n’est pas tout.

La mondialisation se développe

On s’aperçut bientôt que laisser chaque barque pêcher isolément n’était pas le plus efficace : la pêche était bien meilleure, la transmutation des pierres en « or » bien plus rapide si les barques se spécialisaient.
Par exemple dans la barque la plus peuplée, on s’était spécialisé dans la pêche de masse nécessitant beaucoup de main d’œuvre. Les pêcheurs s’y serraient la ceinture, presque tous les poissons étaient exportés vers les autres barques.
Dans telle autre barque, au contraire, on s’était spécialisé dans la pêche sophistiquée. La consommation y était effrénée, favorisée il faut bien le dire par un recours excessif à la transmutation des pierres.
<img279|left>Dans cette nouvelle organisation de la pêche, il fallait que les barques se rapprochent pour échanger des poissons ou des pierres, c’était plus dangereux, mais tellement plus profitable ! Les théoriciens de la pêche libérale ne savaient pas expliquer cette évolution mais ils se frottaient les mains et donnèrent à cette trouvaille un bien beau nom : « mondialisation ».

Les gains furent alors considérables. Énormes ! jusqu’au jour de la catastrophe.

Histoire d’une catastrophe annoncée

Le drame, comme tout drame qui se respecte, se déroula en cinq actes.

- Acte I
On s’aperçut que cette grande barque avait des effets dévastateurs sur la rivière : par un mécanisme bizarre, l’eau se réchauffait à un point tel qu’on ne pouvait plus y tremper un orteil. Et ces poissons, que l’on croyait inépuisables, commençaient à se faire rares. Ils ne gambadaient plus joyeusement dans le courant en se reproduisant à tout va, et il fallait ramer de plus en plus loin pour en récupérer quelques uns dans les filets.

- Acte II
Les responsables des grands entrepôts où l’on stockait les beaux cailloux dorés découvrirent (en fait il l’avaient toujours su), qu’il ne s’agissait pas d’or véritable, que tous ces échanges effrénés qu’ils avaient favorisés pour s’enrichir encore plus reposaient sur une supercherie. Ils firent savoir aux pêcheurs, et notamment aux plus pauvres, que dorénavant on ne pourrait plus acheter ni même rembourser ses biens avec ces cailloux sans valeur. Et, comble de l’ingratitude, ils réquisitionnèrent même les maisons pour lesquelles ils avaient consenti des prêts avec libéralité, quelques semaines avant. Cette crise épouvantable et annonciatrice de bien d’autres, on lui donna un nom pour marquer les esprits : ce fut la crise des « subprimes ».

- Acte III
Mais dans les grands entrepôts, on fit une découverte plus épouvantable encore. Depuis des années, les patrons d’entrepôts avaient pris l’habitude de s’échanger les cailloux dorés, en fonction de leurs besoins quotidiens. Pour faciliter ces échanges (ce qui leur rapportait encore plus), ils regroupaient les cailloux en petits paquets, bien enveloppés dans un papier sur lequel ils écrivaient un « titre » pour pouvoir les reconnaître. Et dans ces paquets, fines mouches, ils mettaient un tout petit peu d’or véritable, mais surtout des pierres toutes biscornues qu’ils refilaient ainsi en douce. C’est ce qu’on appelait la « titrisation ». Chaque chef d’entrepôt se fit alors cette réflexion : non seulement mes cailloux ne valent plus rien, mais en plus le collègue d’en face m’a surement refourgué de ces paquets pourris, comme je l’ai fait moi-même.
Pris de panique, dans un climat de défiance indescriptible, ils refusèrent désormais tout échange, bloquant alors le système.

- Acte IV
C’est alors que le drame se noua véritablement, et que la peur gagna tout notre petit peuple.
Avec l’arrêt des échanges de cailloux, on ne pouvait plus ravitailler les barques sur la rivière, elles ne pouvaient plus échanger leurs poissons, ni les ramener à terre. Dans la pagaille, elles s’entrechoquèrent en tous sens, les membrures craquaient, les équipes étaient exsangues, …il fallait agir, et vite [8], avant que tous ne disparaissent dans l’onde amère (et trop chaude, en plus, il ne manquait plus que ça !).
Alors les gendarmes se réunirent en catastrophe. Au mépris de leur idéologie libérale, ils se mirent à lancer vers les barques tout ce qui pouvait flotter : des milliards de dollars, des bouées de sauvetage, des paquets d’euros…. C’était certes immoral puisqu’on allait aussi aider à surnager ceux-là mêmes qui avaient causé la catastrophe, en surchargeant la barque au delà de toute raison. Mais c’était ça ou la mort pour tous, car enfin, comme le rappelle ce conte « Capitalistes et travailleurs sont dans un bateau… ».

- Acte V
C’est un acte inachevé, je laisse à chacun le soin de l’écrire, au gré de son tempérament, optimiste ou pessimiste.
Pour des années l’avenir de notre petit peuple, inconséquent mais si attachant, sera doute bien sombre : combien de temps faudra-t-il pour reconstruire les barques abîmées, pour relancer les efforts de pêche, pour repêcher les équipages tombés à l’eau et qui survivront sur des radeaux de fortune…
Et ensuite, saura-t-il tempérer ses ambitions, qui font sa force et sa faiblesse ? Saura-t-il reconstruire des barques plus respectueuses de leur environnement ? Avec quelle concertation, quand chacune est si jalouse de son indépendance…
Cèdera-t-il à nouveau aux sirènes du libéralisme, ou acceptera-t-il de se doter des règles nécessaires de régulation ? et surtout, saura-t-il les adapter en permanence avant que de nouvelles crises ne surviennent ? Car enfin, toute règle est condamnée à être contournée par le voleur, si le gendarme ne sait pas anticiper …

La morale de cette histoire ?

Alors, la morale de cette histoire, me direz-vous ? A vous de la trouver. Pour ma part je retiendrai celle-ci : mener une barque, même en rivière, n’est pas chose facile. Quand un théoricien prend la barre et déclare que c’est tout simple, il faut se méfier : comme dit l’autre, par beau temps, même ma petite sœur navigue. Mais si le temps se gâte, mieux vaut avoir mis en place quelques règles de prudence, certes un peu contraignantes, et ne pas compter sur le « laisser faire » d’un théoricien. Surtout s’il a annoncé, en prenant la barre, qu’il suffira de la lâcher pour que tout aille bien en cas de survente.
Et toc !


[1Par souci de simplicité, et malgré l’insistance de nombre de mes lectrices, j’emploierai dorénavant le terme « homme » dans son acception générique.

[2Sous la conduite d’un pêcheur éclairé du nom de Keynes, puis dans un courant de pensée que l’on appela social-démocratie, ou plus tard « deuxième gauche » dans notre petit peuple.

[3Il faut toujours se méfier des théoriciens, surtout quand ils sont autoritaires.

[4Ils faisaient parti de ce qu’on appelait alors la « nomenklatura » d’une société dite « collectiviste ».

[5D’autant qu’une bonne partie des « travailleurs » (mais aussi d’autres que l’on appelait les « intellectuels ») lorgnait sur l’expérience « collectiviste » tentée dans la barque et que j’ai évoquée ci-dessus. Il faut dire à leur décharge qu’on y voyait une solution juste et équitable, d’autant qu’on ignorait alors l’existence des « goulags » et que la dégradation de la barque collectiviste était soigneusement cachée.

[6Depuis un accord signé dans un petit village isolé, assez loin de la rivière, et nommé « Bretton Woods »

[7C’est ce qu’on appela alors la « dérégulation » de l’économie réelle (la pêche) et surtout de l’économie virtuelle (cette miraculeuse transformation des cailloux en « or »).

[8Ah, que n’avait-on écouté à temps ces gendarmes Cassandre qui voulaient limiter le poids des cailloux embarqués, qui mettaient en doute l’existence même de l’autorégulation de la pêche et réclamaient depuis si longtemps le retour à des règles d’une élémentaire prudence. Est-ce que le renard s’autorégule dans le poulailler ? Il mange toutes les poules, et puis il meurt de faim, ce con ! Ce refus des règles de la part des théoriciens du libéralisme (ou plutôt du néolibéralisme) est d’autant plus surprenant que leur pape à tous (je veux dire Adam Smith) avait tellement insisté sur les conditions nécessaires du libéralisme : une concurrence pure et parfaite, une juste information des agents économiques…, toutes conditions qui nécessitent des règles et donc un Etat pour les faire appliquer. C’est drôle, mais le libéralisme a besoin d’une social-démocratie pour fonctionner de façon satisfaisante !

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