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Trois leons sur la socit post-industrielle

Un livre de Daniel Cohen

lundi 6 novembre 2006 par Jean-Franois

Il y a 1 message en réponse à cet article.

J’ai trouv ce livre intressant pour mieux comprendre certains aspects conomiques et sociaux actuels. Je me suis donc fendu de cette note de lecture, qui essaie de rsumer les propos de l’auteur [1]. On peut ne pas tre d’accord avec ses thses, mais au moins elles suscitent la discussion !

Introduction

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Les temps modernes

En quoi la socit post-industrielle se diffrencie-t-elle de la socit industrielle qui l’a prcde ?
- C’est une socit de services : mme l’industrie se tertiarise .
- C’est une socit de la connaissance : la valeur d’un produit se situe dans la conception (le prototype), mais aussi dans la promotion et la commercialisation ; la production ne constitue plus la valeur principale, elle peut tre externalise.

La socit industrielle organisait une certaine solidarit entre ses membres : le capitaliste (propritaire de l’entreprise), les ingnieurs, les ouvriers avaient tous intrt prserver la prennit de la firme (mme si par ailleurs leurs intrts divergeaient).
La socit post-industrielle a fait exploser cette solidarit : le capitaliste n’est plus concern par la prennit de l’entreprise : il minimise son risque non pas en soutenant une entreprise, mais en diversifiant son portefeuille d’actions.

Leon 1 : l’re des ruptures

La socit post-industrielle s’est dveloppe partir de cinq ruptures principales :
- Rupture technologique, avec le dveloppement de l’informatique et de l’internet.
- Rupture dans l’organisation du travail, avec le passage du Fordisme (travail la chane) au Toyotisme (polyvalence et juste temps, eux-mmes permis par le dveloppement de l’informatique). Cette nouvelle organisation est marque par plus de responsabilits, mais aussi plus de stress.
- Rvolution culturelle avec mai 68 et la remise en cause de l’obissance l’autorit.
- Rvolution financire, la bourse (le march) ayant pris le pas sur le management de l’entreprise.
- Mondialisation (qui fait l’objet de la deuxime leon)

Leon 2 : l’conomie-monde

Une premire mondialisation a eu lieu au XIXme sicle. Elle a t comparable celle que nous connaissons aujourd’hui, avec la suprmatie conomique d’un pays (la Grande-Bretagne alors, les USA aujourd’hui), le dveloppement des transports, de nouveaux moyens de communications.
Cette mondialisation n’a pas servi les pays pauvres (l’cart de richesses s’est accru), d’o leur repli sur le protectionnisme, qui ne les a pas aids non plus ! (mise l’cart de l’innovation).

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Adam Smith

Pourquoi le fonctionnement libral du march et la spcialisation qui en dcoule (cf. thses de Smith et de Ricardo [2] ) ne les ont-ils pas aids ? parce que les spcialisations propres aux pays riches et celles propres aux pays pauvres sont de nature diffrentes :
- Les pays riches ont en fait une multiplicit de spcialisations : celles choisies par leurs diffrents agents conomiques, qui disposent des acquis culturels pour le faire (ducation).
- Les pays pauvres n’ont le choix que de quelques spcialisations. Leur situation est donc d’autant plus fragile : il suffit qu’un autre pays pauvre, cots encore plus faibles, choisisse la mme spcialisation pour que la concurrence s’avre fatale.

La nouvelle conomie-monde est marque par la dsintgration de la chane de production : les pays riches se spcialisent dans la conception des produits, la promotion, la distribution. Les pays pauvres se spcialisent dans la stricte production (cf l’exemple de Nike : l’essentiel du cot d’une chaussure porte sur la conception, la promotion, la distribution ; le cot de production est quasi ngligeable !). Dans cette situation, les pays pauvres peuvent avoir deux stratgies :
- Accepter cette spcialisation, c’est dire la sous-traitance de la seule production (cas du Mexique, du Maroc, …).
- Se porter sur les domaines de la conception, mais cela suppose de s’en donner les moyens par l’ducation, l’pargne, … (cas du Japon, de la Chine, de l’Inde, …).

La mondialisation a, par ailleurs des effets positifs, en ce qui concerne la diffusion des images et donc la connaissance d’autres modes de vie ; il va en dcouler une baisse de la fcondit dans tous les pays sans exception (le mouvement en est dj amorc) : les femmes, voyant le mode de vie des pays dvelopps, vont considrer qu’elles ont mieux faire que de seulement faire des enfants. Toutefois, le retournement dmographique ne va prendre effet qu’en 2050. D’ici 2050, la population mondiale (essentiellement la plus pauvre) va crotre de 40% ; d’o le dfi cologique, si une gouvernance mondiale crdible n’assure pas les rgulations ncessaires.

Leon 3 : Existe-t-il un modle social europen ?

L’Europe reprsente 40% des changes mondiaux, mais ils prsentent deux caractristiques ngatives :
- Ils concernent essentiellement l’espace inter-europen.
- Ils relvent de la production industrielle classique (certes de haut de gamme : Mercedes, …) et non de la haute technologie (la socit de la connaissance).

Pour dvelopper l’innovation, la recherche universitaire constitue un des meilleurs modles [3]. Mais l’universit europenne est en crise : pas assez de moyens (trop de saupoudrage des fonds europens), pas assez de concurrence.

Il n’y a pas de modle social europen, on peut plutt discerner cinq tendances :
- Le modle scandinave, avec la toute puissance de l’Etat providence.
- Le modle anglo-saxon, dans lequel le social repose sur le plein emploi, qui rsulte lui-mme d’un march du travail fonctionnant prcisment comme un march.
- Le modle allemand, avec un syndicalisme fort, assurant une protection sociale fonction des rapports de force corporatistes.
- Le modle mditerranen, o la protection sociale rsulte en fait de la protection familiale.
- Le modle franais, qui combine un peu les deux prcdents.

La crise des banlieues est en partie lie ce modle social : un taux de chmage exceptionnel des jeunes (40%) et une absence de protection sociale, celle-ci n’tant prise en charge ni par l’Etat, ni par le march du travail, ni par les familles (insuffisance de solidarit ou de moyens de la communaut).

Conclusion

Suite aux excs anti-sociaux du XIXme sicle, le Fordisme avait cr une certaine alliance de l’conomique et du social. Avec la passage la socit post-industrielle, l’usine a cess d’tre un lieu de mixit sociale, conflictuel certes mais dveloppant des inter-dpendances ; de nouvelles solidarits sont trouver. Il en rsulte trois enjeux majeurs :
- Reconstruire le syndicalisme.
- Dvelopper l’universit.
- Trouver une gouvernance mondiale.


Messages

  • c’est bien intressant, bravo pour le rsum ! mais cela imprgne moins que la lecture du livre qui est...plus longue.
    l’ Europe en est-elle seulement la production et non au stade suivant conception, promotion, distribution ? ou en partie ? c’est inquitant.
    R econstruire le syndicalisme ? ou trouver de nouvelles formes de contre-pouvoirs ?
    Quelle forme de gouvernance mondiale ???? peut-on imaginer que les "anciens " pays riches et dominants en perdant leur superbe, se moralisent et que les pays mergents les coutent ? quel dfi relever...
    mimi



    Répondre au message 78 du 8 janvier 2007, 21:07


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[1Daniel Cohen est prof d’conomie Normale Sup ; son livre est dit au Seuil dans la collection La rpublique des ides .

[2Pour Smith (le pre de la thorie du libralisme conomique) un individu choisi le mtier qui lui rapporte le plus (en fonction de ses comptences, de son hritage, …) au niveau financier, mais aussi en fonction des plaisirs et des peines qui s’y rattachent. Pour Ricardo, les nations se spcialisent selon des principes de mme nature.

[3Forte coopration entre les chercheurs, puis libre usage des dcouvertes. L’autre modle favorable serait celui des oligopoles (forte concentration de moyens, mais quand mme l’aiguillon de la concurrence).