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Les relations entre citoyens et forces de l’ordre

mercredi 23 décembre 2020

par (Jean-François)

Il y a 2 messages de forum.

A l’évidence, les relations entre les forces de l’ordre et les citoyens se sont fortement dégradées. La loi "Sécurité globale", notamment avec l’article 24, est largement contestée au point de devoir être réécrite. Dans ce contexte l’objet de cette chronique est de présenter quelques principes qui me paraissent nécessaires pour apaiser les tensions entre citoyens et forces de l’ordre.

Je ne suis certes pas juriste et j’ignore en quels termes juridiques ces principes devraient être traduits pour figurer dans un texte de loi. On doit quand même pouvoir y arriver et obtenir un résultat plus convaincant que celui proposé par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, dans une première mouture qui m’est apparue bâclée et de circonstance.

En guise de préambule

Je propose deux idée simples (mais le diable se niche dans les détails de la mise en oeuvre !) :

  • les citoyens et les forces de l’ordre doivent mutuellement se respecter.
  • Les citoyens doivent faire confiance à leur police, reconnaitre la difficulté de sa mission et les dangers qu’elle encourt (l’actualité vient d’en donner la cruelle démonstration).

D’autres pays européens arrivent à des relations plus apaisées, avec un bien moindre niveau de violence. Au Royaume Uni, en Allemagne, on considère que le maintien de l’ordre est un contrat passé entre le citoyen et l’Etat. En fait, un tel contrat n’est pas si simple à établir, du moins en France.

  • Les forces de l’ordre sont dépositaires du monopole de la "Violence légitime" (cf. Max Weber). C’est un pouvoir exorbitant qui nécessite un contrôle sans faille. Mais comment contrôler une administration puissante, si le ministre de l’Intérieur ne se sent politiquement pas assez fort pour s’opposer à ses troupes ? Si il accepte les injonctions des syndicats policiers les plus extrémistes ? C’est ce qui explique la première rédaction de l’article 24, très ambigüe sur la liberté de la presse et le droit de rendre compte de certaines violences policières.
  • La position des citoyens est tout aussi ambigüe : sans doute ils veulent être protégés et, par exemple dans la lutte contre le terrorisme, ils font confiance à leur police. Mais dans les relations au quotidien, interpellations, manifestations..., la défiance s’installe. Les forces de l’ordre sont alors perçues comme violentes plutôt que protectrices, la tentation est grande de ne plus les percevoir comme légitimes, voire de les livrer aux représailles populaires. Et les réseaux sociaux en sont trop souvent le théâtre !

Des devoirs ou exigences qui s’imposent à tous

Je mets l’accent sur des devoirs ou exigences de chacun, forces de l’ordre et citoyens, qui me semblent essentiels :

  • Les exigences que les forces de l’ordre se doivent de respecter
    • la première me semble être le respect de la population, le refus du racisme, de la discrimination selon les âges, la religion, les territoires... Mais également :
    • Le refus de la violence dans l’exercice de la "force légitime" dont elles disposent (sauf nécessité absolue pour se défendre de violences adverses extrêmes, cas de black blocks par exemple).
    • La maîtrise des moyens (placage à terre, matraquage, LBD...). Ils ne doivent être utilisés qu’en dernière extrémité et s’ils ont un sens (ex : désencerclement de policiers en danger). Contraindre pour interpeller a un sens, mais quel est le sens d’un matraquage ?
    • Le respect de la liberté de la presse, qui ne doit pas être empêchée de faire sont travail ni de rendre compte du déroulement des manifestations, y compris par l’image.
    • Une juste mesure dans la politique de contrôle, notamment des jeunes, le refus du contrôle au faciès, l’acceptation des récépissés de contrôle (régulièrement demandés par le Défenseur des Droits).
    • Le maintien des contacts avec le corps social, élus, associations, jeunes des quartiers, etc. Il me semble qu’une police doit aussi être une police de proximité, participant à la vie des quartiers, et pas exclusivement une force de maintien de l’ordre.
  • Les exigences que le citoyen doit s’imposer
    • Garantir la protection de la vie privée des forces de l’ordre et de leur famille. Et en particulier refuser de livrer aux réseaux sociaux des informations personnelles (noms, adresses...) qui n’ont aucune raison d’être divulguées.
    • Refuser la violence systématique à l’encontre des forces de l’ordre, dès lors qu’il s’agit de "casser du flic", sans autre raison que la haine ! (Je pense à des voitures de police incendiées dont on bloque les portières). Le droit de manifester et de s’opposer n’est pas le droit de détruire, voire de chercher à tuer.
    • Participer aux efforts de contacts et de sociabilité quand les forces de l’ordre les mettent en oeuvre en tant que police de proximité.
    • Rester critique face aux réseaux sociaux et aux dérives complotistes ou politiciennes, trop souvent à charge systématique des forces de l’ordre.
    • Rester également critique face à certaines chaines TV d’information continue, qui sont plus dans la "guerre d’images" que dans la recherche d’objectivité.

Ces quelques rappels des droits et devoirs de chacun sont peut-être contestables et ne sont sûrement pas exhaustifs. A vous de les critiquer et d’exprimer vos propres exigences.

Sans doute les forces de l’ordre ne sont-elles pas toujours respectueuses de ces droits et devoirs. Des actions de contrôle, voire de sanctions des dérives individuelles sont sans doute nécessaires. Mais aussi des réformes plus systémiques de l’institution. c’est ce que j’essaierai d’aborder dans une prochaine chronique.

Vos commentaires

  • Le 2 janvier à 17:27, par ROUX GENEVIEVE En réponse à : Les relations entre citoyens et forces de l’ordre

    Bonsoir Merci Jean François pêle-mêle des remarques sur un sujet que j’ignore totalement. Il fut un temps on parlait de gardien de la paix, comment y venir, y revenir ? Ce serait plus motivant pour recruter , il y a du travail à faire ...
    Pour les manifs j’ai compris que les stratégies pour les gérer étaient devenues inadéquates plus orientées militairement que pour maintenir la paix ?...Il semble qu’en Angleterre ou en Allemagne il y ait davantage de dialogues, d’échanges entre et avec les acteurs pour gérer les manifs ...
    Y a t-il un rapport entre les services généraux (qui ont été démantelés par Sarko) et la gestion de la police nationale ?
    Bonne nouvelle année à tous , santé, paix, espoir et amour
    Geneviève

    Répondre à ce message

    • Le 2 janvier à 21:25, par Jean-François En réponse à : Les relations entre citoyens et forces de l’ordre

      Salut Gene,
      "Gardiens de la paix". Tu as raison. J’avais envisagé d’accoler cette dénomination à celle, plus abrupte et moins motivante, de "Forces de l’ordre".
      Pour la doctrine d’emploi des forces de l’ordre et d’après ce que j’en ai vu, elle est en effet bien différente en Allemagne et au RU.
      Quant au rapport entre les Services Généraux et la Police Nationale, je n’ai pas d’idées. Je suis preneur d’infos ou de commentaires

      Répondre à ce message

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