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Ce qui nous attend (2/2)

Deuxième article, consacré à la mondialisation

Par Jean-François

mercredi 13 mai 2020

Mon précédent article "Ce qui nous attend (1/2)" était consacré à la relance de l’économie. Je voudrais aborder dans ce deuxième article (2/2) la mondialisation, en en regardant les conséquences mais aussi les conditions pour qu’une re-localisation se passe dans des conditions acceptables

La mondialisation, qu’est-ce que ça recouvre ?

Wikipedia définit la mondialisation comme la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services, des personnes, des techniques et de l’information. Je ne vais analyser que les deux points suivants :
- La mondialisation des productions industrielles.
- La mondialisation des productions agricoles.

1. La mondialisation des productions industrielles

Pour maximiser leurs profits, les entreprises ont intérêt à faire produire dans les pays où les coûts de production sont les plus faibles, et notamment les coûts de main d’oeuvre. Les entreprises du monde entier ont ainsi fait produire en Chine.
A noter que cette délocalisation des productions à l’autre bout du monde n’a été intéressante que grâce au coût ridiculement faible des transports maritimes, une aberration écologique.

La valse mondiale des productions

Cette délocalisation s’est ensuite accentuée avec l’éclatement de ce qu’on appelle les « chaînes de valeur » : la conception d’un produit, sa production, son marketing... sont répartis dans les pays où ça coûte le moins : conception d’une robe en Italie, fabrication du fil de coton en Turquie, confection au Bangladesh, etc.

Dernière optimisation : supprimer les stocks intermédiaires. C’est le "juste à temps" : chaque sous-produit est livré à l’assembleur au dernier moment. C’est très rentable si tout marche bien. Sinon, toute la production de l’entreprise est bloquée !

2. La mondialisation des productions agricoles

Pendant des décennies, les productions agricoles visaient à répondre aux besoins alimentaires des populations locales. Cette organisation n’était certes pas optimale, l’histoire étant émaillée de famines dues aux aléas climatiques, à l’épuisement des terres, aux guerres régionales...
Au XIXème siècle, une réorganisation de l’agriculture a été mise en oeuvre. Malheureusement, elle n’a pas été faite pour régler les problèmes ci-dessus, mais pour maximiser les profits agricoles, en spécialisant les productions par zones : le riz en Chine et en Orient, le coton en Turquie, le blé aux Etats-Unis et en France, etc. Une organisation favorisant la spéculation sur les stocks, avec les risques que cela entraîne : lors de la crise alimentaire de 2008, le prix du riz a doublé en Afrique de l’Ouest.

Les besoins alimentaires de la Chine, liés au développement de sa classe intermédiaire, ont également eu des effets négatifs :
- Achat de terres cultivables en Afrique et réaffectation des cultures pour répondre aux besoins chinois et non aux besoins d’alimentation locaux.
- Importations massives de porcs entraînant une industrialisation de l’élevage porcin. En Bretagne, par exemple, l’épandage des lisiers pollue les rivières et les nappes phréatiques, développe les algues vertes et détruit les réserves halieutiques.

Quelles sont les conséquences de cette mondialisation industrielle et agricole ?

  • Il faut reconnaître des aspects positifs
    • Les pays à bas coûts ont pu fournir du travail à leur population, la sortant, un peu, de la misère (exemple du Bangladesh).
    • Quelques pays en "voie de développement" ont su profiter de ce système pour investir dans l’enseignement, acquérir des compétences propres et finalement "damer le pion" à leurs commanditaires : la Chine, évidemment, en passe de devenir le premier acteur économique mondial, l’Inde, aussi, dans le secteur des services.
    • Les pays développés ont globalement bénéficié d’une baisse de coût des produits industriels : voitures, électroménager, électronique... Et d’une baisse des produits issus de l’agriculture.
  • Mais les effets négatifs sont flagrants et pour certains catastrophiques
    • Dans le domaine de l’énergie, les Etats européens n’ont pas soutenu leurs entreprises innovantes (par exemple en leur garantissant des commandes publiques)
      Culture de subsistance en Afrique

      et des secteurs essentiels ont ainsi disparu : les panneaux solaires maintenant fabriqués en Chine, les éoliennes, les batteries au lithium, etc.

    • Dans le domaine industriel, les dé-localisations en Chine ou en Europe de l’Est ont entraîné des pertes d’emploi : en 10 ans, l’industrie française a perdu plus de 500.000 emplois industriels.
    • Dans le domaine agricole, la mondialisation a mis en péril les cultures de subsistance nécessaires à la survie de populations fragiles, notamment en Afrique.
    • Surtout, dans le domaine de la santé, la dé-localisation en Chine de nos productions stratégiques a contribué à la catastrophe actuelle : insuffisance des masques de protection, des produits de tests, des respirateurs...

Quelles re-localisations faut-il envisager ?

Pour ma part, je vois trois priorités :

  • Le stockage et si possible la production en France (à défaut en Europe) des produits indispensables à notre santé : masques, produits de tests, respirateurs, vaccins, produits d’anesthésie...
  • La production des éléments nécessaires à notre sécurité énergétique. Ca suppose de reconstituer, au moins au niveau européen, les filières qu’on a laissé dépérir, panneaux solaires, éoliennes terrestres et maritimes, hydroliennes, moyens de stockage de l’énergie...
    Garantir nos sources d’énergie

    Il faut aussi une information transparente et un débat sur les coûts réels de l’énergie nucléaire (y compris la sécurisation des centrales et le démantèlement), comparés aux coûts des énergies renouvelables (y compris les coûts de stockage et de prise en compte de l’intermittence).

  • Le maintien des productions agricoles locales nécessaires à notre sécurité alimentaire. Il faut soutenir les agriculteurs (une population vieillissante), face au risque de mainmise capitalistique et de spécialisation des productions en vue de l’exportation. Cela suppose de développer la rentabilité des fermes, trop dépendantes des énergies fossiles et des intrants chimiques, de soutenir l’agriculture biologique, de développer les circuits courts de distribution (AMAP...). Cela suppose aussi de développer une recherche (technique et économique) visant à rendre l’agriculture biologique efficace et rémunératrice.

Quelles seront les conséquences économiques et comportementales de cette re-localisation ?

Re-localiser des productions devrait avoir des effets positifs en termes d’emploi (sous réserve de salaires suffisamment attractifs). Mais ne nous leurrons pas : re-localiser en France va avoir deux conséquences difficiles à faire accepter : :

  • Une hausse du prix des produits de consommation.
  • Une moindre disponibilité de certains produits, notamment agricoles.
Souvenirs, souvenirs...

En fait, la re-localisation va nous forcer à retrouver un type de consommation que nos parents (nos grands-parents, pour les plus jeunes) ont connu au sortir de la guerre : produits en vrac, pas de produits exotiques transportés par avion, pas de fruits ou légumes hors saison, voitures moins consommatrices et aussi moins confortables (la clim...), restrictions des voyages en avion, etc.

Il peut s’en suivre une consommation certes réduite, mais aussi mieux ciblée, plus durable et capable de soutenir notre économie. On peut avoir aussi une consommation bloquée au profit d’une thésaurisation dictée par la peur de l’avenir, avec le risque d’une récession durable de notre économie (Bruno Lemaire a exprimé cette crainte).
Pour éviter cet enchaînement, il nous faudra retrouver la confiance (le point faible de nos concitoyens), ce qui suppose une grande transparence dans les choix de développement qui seront faits. C’est tout un nouveau modèle économique et social qu’il va nous falloir concevoir collectivement, accepter et mettre en oeuvre.

La condition : réduction des inégalités et justice sociale

La crise de 2008, l’austérité qui s’en est suivi, les contraintes écologiques, les erreurs politiques effectives ou perçues (le Président des riches...)... ont mis en évidence nos inégalités sociales. La concentration des richesses constitue maintenant un vrai défi pour la cohésion sociale. Il va devenir intolérable (et potentiellement explosif) que certains soient contraints à une certaine modération et que d’autres aient les moyens financiers de s’en affranchir.

De nouveaux choix salariaux et fiscaux vont donc s’imposer :

  • Au niveau des salaires :
    • il va falloir mieux rémunérer celles et ceux qui sont en première ligne dans la crise sanitaire : tous les personnels soignants, bien sûr, infirmières, aides-soignants...
      Mais aussi les acteurs de seconde ligne dont on a vu à quel point ils étaient indispensables à la bonne marche de notre société : caissières, transporteurs, manutentionnaires, aides aux personnes âgées...
    • Cela suppose de faire des choix dans la répartition des richesses produites par les entreprises, entre dividendes, investissement et salaires. Je pense que les syndicats doivent être associés à ces choix, avec leur participation effective aux conseils d’administration des entreprises. On doit parier sur leur responsabilisation et leur conversion au réformisme, comme l’a fait l’Allemagne à qui ça n’a pas trop mal réussi.[breve58|insert|right]
    • Il faut peut-être ré-envisager le revenu universel (voir aussi la « monnaie hélicoptère » dans l’encadré ci-contre). Il présente de nombreux avantages :
      - En étant automatique, sans condition de ressources, remplaçant et complétant des aides pas toujours cohérentes, il échappe aux lourdeurs administratives de gestion de ces aides.
      - Il permet de toucher directement et facilement toutes les personnes qui en ont besoin, alors que 30% des aides actuelles ne sont pas demandées par leurs bénéficiaires (manque d’information, complexité).
      - Il présente peu d’effet d’aubaine pour les ménages aisés, l’aide étant reprise par l’imposition de leur dernière tranche d’impôt.
      - Ce surcroît de ressources doit permettre de relancer la consommation et de conforter la reprise économique.
      - On pourrait craindre un effet d’assistanat avec par exemple une moindre propension à chercher un emploi. C’est un risque à courir sans doute marginal au regard des avantages.
  • au niveau fiscal. Les impôts et taxes ont trois objectifs :
    - Fournir à l’Etat ou aux collectivités les ressources nécessaires à leurs actions.
    - Assurer une certaine redistribution des richesses au sein de la population.
    - Orienter les comportements de tout ou partie de la population

Je n’ai aucune des compétences requises pour envisager les réformes fiscales nécessaires dans ce nouveau monde qui serait le notre. Je peux tout au plus vous proposer quelques pistes de réflexions.

- L’Etat doit consacrer une réelle priorité à la lutte contre les inégalités sociales. Cela fait partie du « plus rien ne sera comme avant ».
- Sans entrer dans une rhétorique guerrière, la période me paraît appeler des mesures fiscales hors normes, avec un impôt sur les revenus et les patrimoines fortement progressif (ainsi que Roosevelt avait su l’imposer après la crise de 29). Crier à l’impôt confiscatoire me semblerait indécent.
- Enfin, la tragédie sanitaire que nous vivons ne doit pas occulter la crise environnementale et climatique dans laquelle on s’enfonce. Pour s’en tenir aux aspects fiscaux (il y en a bien d’autres), il faut taxer les émissions de CO², en aidant évidemment les populations les moins aisées à réduire leurs consommations énergétiques : isolation des logements, transports en commun, acquisition de voitures peu consommatrices, etc.

En résumé

  • Il n’est sans doute pas possible ni peut-être souhaitable de remettre en cause la mondialisation dans laquelle nous vivons.
  • Par contre on peut la corriger partiellement, en relocalisant en France ou en Europe les productions industrielles et agricoles qui sont les plus stratégiques pour notre avenir.
  • Cette re-localisation va entraîner une augmentation du prix de certains produits que nous consommons. A nous d’adopter une consommation équilibrée, respectueuse de l’environnement et privilégiant nos productions locales.
  • La ligne de crête est étroite entre le retour d’une économie débridée et le piège de l’austérité. Les conditions de l’équilibre sont dans la transparence des choix et un effort considérable de justice sociale et de réduction des inégalités.

Messages

  • Cet article me semble frappé au coin du bon sens ! D’après mes sources d’information (essentiellement France Culture, les Conférences du collège de France...) ce sont les mêmes constatations pour arriver aux mêmes conclusions.
    Sans faire une réponse construite, je vais me livrer à différentes réflexions.
    - D’abord, la plus pessimiste. Je me pose la question du poids de la finance, des entreprises capitalistes, des actionnaires qui n’ont qu’un intérêt : voir les profits augmenter par tous les moyens. Les individus qui sont derrière (y en a-t-il encore où sont-ce des algorithmes ? ) se disent qu’ils s’en sortiront toujours même si les pandémies font rage et que la planète brûle... Je me demande comment peser face à ces géants...
    C’est sûr que manger des pommes et des carottes jusqu’au mois de mai et acheter des chaussettes Bleu Forêt ne pèse pas bien lourd face à cela (j’espère que vous suivez mon raccourci : il s’agit de consommer local...)

    - Bon ne nous laissons pas aller au pessimisme ! l’Union Européenne compte quand même 446 millions de citoyens et 446 millions de consommateurs !! (on perd les 68 millions de la GB...)
    loin derrière la Chine et l’Inde mais devant les Etats-Unis. L’Europe me semble la bonne échelle...si nous devenons des citoyens informés et des consommateurs avertis. Le Portugal est bien placé pour le textile, l’Espagne pour les primeurs, l’Europe de l’Est pour l’automobile...(il faudra bien sûr accepter de payer plus cher pour arriver à harmoniser les salaires) ... et La France ? l’ingénierie ? les télécommunications, l’aéronautique (aïe il faut réduire les vols aériens)...enfin on n’a pas de pétrole mais on a des idées !
    - sur le revenu universel, je suis très partagée. Je trouve que les aides actuelles ne fonctionnent pas si mal...Par exemple la CAF donne 942 Euros (famille avec 3 enfants (en primaire) :
    300€ d’allocation familiale + 250 € de complément familial+ 383 € de prime d’activité. 330 € d’allocation logement qui ramène le loyer en HLM à environ 150€. Je trouve ces aides pas si négligeables.
    Avec un salaire au SMIC qui est à 1185€...cela permet à une famille de vivre modestement. C’est ce que font les familles roumaines intégrées que je connais. Maintenant que plusieurs papas ont du boulot dans le nettoyage, cela va nettement mieux pour eux.
    Je ne comprends pas le revenu universel pour tout le monde...sans contrepartie de travail.
    Par contre, je pense qu’il faut trouver des solutions pour les 18-25 ans au lieu d’un RSA automatique pour tous : des aides à l’apprentissage, aux étudiants, au premier emploi, au logement...

    - Bon, sur ce, je vais faire mes courses chez les producteurs du marché de la Croix Rousse et retrouver un peu de tissu pour me faire une petite robe d’été, je vais aussi chercher un vélo d’occasion...histoire d’alléger la charge carbone de la planète.
    Soyons inventifs !

    • Salut Mimi,
      Merci pour le bon sens dont ferait preuve mon article, Madame est trop bonne ! Merci aussi de nous faire connaître les excellentes sources qui t’inspirent.

      Quelques remarques sur le fonds de ta réponse :
      - Nous sommes évidemment d’accord sur ton pessimisme et le poids de la finance, sa capacité à maintenir le "monde d’avant" etc., face à nos capacités d’actions locales. Encore que la crise actuelle soit bien différente de la crise financière de 2008, et que certains acteurs économiques et politiques soient maintenant conscients d’erreurs à ne pas reproduire.
      - Concernant les rapports de force entre la Chine, les Etats Unis et l’Europe, je ne pense pas que la population soit le paramètre déterminant. Ce seraient plutôt la puissance économique (en gros le PIB), l’indépendance vis à vis de l’énergie et des matières premières, la pertinence et la cohérence des modèles politiques. C’est d’ailleurs ce que je voudrais explorer dans un prochain article.
      - Pour le revenu universel, il ne faut évidemment pas y voir la panacée. Je voulais le mentionner en tant que concept trop vite écarté, après l’échec de Benoit Hamon. Les aides que tu cites resteront sûrement nécessaires, mais je suis intéressé par le caractère automatique du revenu universel, là ou 30% des bénéficiaires potentiels n’y accèdent pas, faute de conseil et d’un suivi attentifs.

  • merci, Jean-François pour cette analyse.
    c’est clair, mesuré et documenté comme toujours.Je ressens une forme d’apaisement au vu de ce "retour" si on peut dire à une consommation dite " d’après guerre". j’ai toujours été choquée par le gaspillage effréné et sans réflexion des produits notamment celui de la nourriture.gaspillage à la maison mais aussi gaspillage délibéré dans les cantines ou les restaurants. que dire des melons en hiver ou des cerises à Noël que la grande distribution a imposés ? etc etc. . .
    Revenir à une consommation plus "morale" c’est l’adjectif qui me convient, nous rendrait plus libres, moins avides ( les prix étant "faibles", il y a comme un appel d’air incessant à acheter ) et peut-être plus heureux qui sait ?
    et voici ce que je pense : jean-François, tu devrais envoyer ces articles et surtout celui -ci, au ministère ( économie).Bien -sûr il ne serait pas lu par le ministre mais sûrement par u fonctionnaire dont c ’est la fonction qui lui même le transmettra ou s’en inspirera . . .Je suis sincère et. . .optimiste !
    En tout cas bravo !
    bises.

    • Bonjour Dominique,

      Merci de ton appréciation. Et aussi de ta présence sur le blog, d’autant que tu y es rare.

      Nous sommes bien d’accord sur la consommation dite d’après-guerre, et le rejet du gaspillage (je ne serais donc pas le dernier des Mohicans ?). J’adhère complètement à ton idée d’une consommation plus "morale", de ce qu’elle sous-tend de modération, de compréhension vis à vis de notre environnement, vis à vis des autres... As-tu suivi (ou lu) "Un été avec Homère", de Sylvain Tesson ? Pour moi, la consommation morale, c’est le refus des déchaînements et de la démesure de l’Illiade, c’est le retour d’Ulysse vers Ithaque...

      A la fin de ton message, tu parles de transmettre l’article à un fonctionnaire qui s’en inspirerait ? J’espère qu’ils ont des sources d’informations autrement plus pointues. D’ailleurs la difficulté est moins de trouver l’information que de choisir la ligne la moins pire (à défaut de la meilleure), de s’y tenir sans trop se laisser balader, de savoir aussi en changer... Bref, la quadrature du cercle !

    • Bonjour ! En fait le fonctionnaire dont je parle (celui du ministère ) ne s’"inspirerait" pas de ton article, pour les raisons que tu donnes (il est déjà très informé ) mais lui et les "décideurs" ont besoin de se rendre compte de la mentalité d’au moins une partie de la population ; Si le désir de changement apparaît régulièrement, s’il se confirme et s’inscrit dans des actes ( cf la librairie de Trévoux ),s’il apparaît de plus en plus partagé par nos concitoyens , il sera conforté pour mettre en oeuvre quelques débuts de renversements dans les choix économiques.
      Je pense que "ils" sont très conscients que la période qui s’ouvre devant nous, à la fois porteuse d’espoirs et toujours chargée d’angoisses diffuses ( la mort, la nôtre, celle de la planète ou plutôt de l’espèce humaine car la planète terre nous survivra . . .),est un moment "historique", un tournant dans notre civilisation.Mais comment opérer ce changement ? il y faudrait l’appui de toute la population. Mais comme il a été dit la crise de nos modèles démocratiques est très sérieuse et pas seulement à cause des nombreuses erreurs de décision des gouvernants. Elle est profonde comme si ce modèle que nous avons exporté dans le monde entier était en bout de course et sans alternative.Le peu d’intérêt que l’on porte aux prochaines élections municipales en est un exemple certain.Il y a aussi un manque certain de figures charismatiques qui incarneraient des valeurs crédibles. Angela Merkel est fatiguée, et Obama lui même ( ! ) a vieilli. . .Et E. Macron qui à mes yeux , serait capable d’incarner disons une autre économie, ("rien ne sera plus comme avant ") ne dispose pas et plus du crédit indispensable pour faire accepter des mesures qui seraient difficiles.La confiance n’est plus là et malgré le langage métaphorique on n’est pas en temps de guerre ni même d’après guerre. . .et donc la discipline collective, l’altruisme , une forme d’acceptation du réel ( on ne peut pas tout ), la patience, la "vertu" sont quasi absentes de notre société. s’il y a un consensus pour revaloriser tous les métiers de la santé, ceux du "soin" et de l’aide aux anciens, il faudra aussi ne pas oublier tous ceux dont le travail "invisible" est, cette fois -ci et pour longtemps je crois, reconnu. et cela fait beaucoup de personnes ; Et que dire de la revalorisation de la profession d’enseignants qui, elle aussi redevient indispensable et pas seulement quand l’un des nôtres passe un examen !
      il y a eu et il y a encore un désir de réflexion, un désir de justice sociale, un désir d’éprouver du respect et de le faire savoir, désirs manifestes. A nous de ne pas les laisser se dissoudre avec le retour du beau temps ( ! ), avec l’urgence de reconstruire une économie , dans les nécessités d’un retour " à la normale". Car nous nous sommes tous posé la question qu’est ce qui est "normal " ?

  • Merci JF pour cet article clair et percutant.
    En ce qui me concerne, dans cet univers trop mondialisé, j’ai trouvé un peu de réponse locale à mes désirs de justice et de partage. J’ai découvert ce qu’on appelle l’économie sociale et solidaire. Ce réseau a permis à notre groupe d’habitants de monter la librairie, La Folle Aventure à Trévoux, ce qui n’est pas rien.

    - Localement c’est le PTCE (Pôle Territorial de Coopération Economique) Domb’Innov qui nous a aidés et inspirés.
    - Au niveau régional, la Cress, Chambre régionale de l’ESS.
    - Et aussi l’Urscop pour les coopératives.
    - Les Cigales ont permis de compléter le financement.

    Personnellement, la démarche de l’ESS me semble porteuse d’espoir et m’a permis de rencontrer des personnes entreprenantes et positives.

    Note de JF : pour en savoir plus sur l’ESS, Marie Noëlle nous a indiqué plusieurs sites intéressants. Vous trouverez les liens vers ces sites en haut de page, colonne de droite, dans l’encadré "Dans cette rubrique / Sites référencés".

    • Salut Marie No.

      Merci de ces informations sur l’économie sociale et solidaire. C’est effectivement une réponse locale et concrète aux excès de la mondialisation, où on voit qu’on peut vraiment agir (avec beaucoup de volonté !).
      J’ai trouvé particulièrement intéressante ton expérience de développement pour la librairie de Trévoux. Bravo. C’est vraiment un lieu sympa et vivant et qui est une vraie richesse pour la ville.

      En cliquant sur le lien de la librairie, ça fait plaisir de la voir, sur la petite place en haut du vieux village. On était passé l’été dernier avant que les travaux ne soient finis, en escale à Trévoux sur le Petit Prince. Et bien sûr à l’automne, avec toi et les Dominique(s).

  • Bonjour Jean François
    Merci impressionnant de connaissance et de style …merci, les photos super

    Un petit partage
    - Je me demande si les syndicats vu leur poids actuel sont encore légitimes ( cf individualisme forcené ) pour négocier de telles évolutions… qui d’autre ?
    - Notre rapport à l’argent et au bien commun est à revoir aussi en //, quelle circulation des €€ pour qui ? ( je parle de moi aussi la dedans, ce que je créée ou non avec cet argent ).
    - Le revenu universel me semble une très belle idée qui devrait s’inscrire dans un système … ce que je veux dire il me semble que nous ne sommes pas conscients, plus, pas assez des protections, des ressources que l’état apporte garantit éducation culture, maintien emploi +-, tant cela parait naturel et acquis. Sans doute un manque de culture politique et économique, philosophique …

    beaucoup de choses sont à critiquer et remettre en question / aberrations injustices /SDF …gaspillage
    + voir de plus près ce que comble en nous la consommation, la consommation effrénée, le leurre

    Bisous bisous
    Gene

    • Salut Gene,
      Merci pour ton message. Il soulève des questions épineuses et justes. J’aimerais bien que d’autres lecteurs y réagissent (comme d’ailleurs aux autres messages ci-dessus). Après tout, le blog est fait pour ça.

      En ce qui me concerne, trois idées suite à ton message :
      - La participation des syndicats aux conseils d’administration des entreprises. Je remarque d’abord que les négociations patron-syndicats sont généralement plus apaisées dans les entreprises qu’au niveau confédéral, y compris avec la CGT. Par ailleurs, je crois à un enchaînement positif : plus de participation syndicale, plus de sens des responsabilités, meilleure représentativité syndicale...
      - D’accord avec toi sur les apports méconnus (sous-estimés) de l’Etat. Il suffit de voir la différence avec le neo-libéralisme en GB ou aux USA, en matière de santé, d’éducation, de maintien de l’emploi...
      - Pourquoi une sur-consommation débridée ? . On peut trouver des causes externes objectives : la publicité, autrement efficace pour saisir nos ressorts intimes que du temps de nos parents. L’obsolescence programmée (ça tombe en panne, il faut bien racheter), etc. Mais ta vraie question : que comble en nous cette consommation ? L’ennui, faute d’engagement idéologique, politique, religieux ? L’isolement, l’éclatement de la famille ? La fausse promesse des nouveaux moyens de communication ? ... « Un Roi sans divertissement est un homme plein de misères » (Pascal)

  • Quelques commentaires
    Dans le paragraphe "faire le choix de la répartition des richesses...."
    Je pense que malheureusement (et c’est bien dommage) ni les chefs d’entreprise,ni certains syndicats n’accepteront d’être associés dans les conseils d’administration.
    Pourquoi les français n’arrivent’ils pas comme les allemands à dialoguer vraiment et à se mettre ainsi d’accord. Cela semblerait pourtant la meilleure solution pour faire progresser le pays. Je crois que nous sommes un vieux pays encore imprégné de monarchisme se soumettant longtemps puis se révoltant et prêt à tout casser !!

    Une petite remarque concernant" les populations vieillissantes d’agriculteurs ", la relève arrive avec leurs enfants pleins d’idées novatrices. J’ai vu une émission trés chouette sur Arte sur 4 jeunes agricultrices qui n’avaient pas froid aux Yeux. Pour l’une d’entre elles cependant, l’obstacle venait de leurs parents hésitants à céder leur pouvoir avec les terres et à leur faire confiance.

    • Bonjour Françoise,
      Merci pour ton message en réponse à l’article.
      Comme toi, je pense que ce n’est pas facile en France d’arriver à un meilleur dialogue patron-syndicat en entreprises. Concernant la participation des syndicats dans les conseils d’administration, c’est surtout le MEDEF qui s’y oppose. Il me semble que certains syndicats réformistes y seraient favorables. Et peut-être même d’autres, comme la CGT ou FO, dont les représentants locaux sont moins "jusqu’au-boutistes" que les responsables de leurs centrales.

      Avec Jacqueline, on a vu le documentaire sur les agricultrices que tu mentionnes (très intéressant). Avec du soutien, on peut penser que beaucoup de jeunes sont prêts à repenser une agriculture plus respectueuse de la santé et de l’environnement.

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