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La déréalisation du Mal dans la philosophie antique

UTA J.M. Clarinard, 13 novembre 2008

vendredi 28 novembre 2008

par (Jacqueline)

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Introduction

La mise à distance de la mythologie : dans la mythologie, le mal ne fait pas l’objet d’une interrogation : il est simplement décrit. Ce « manque » mythologique, la Grèce va le combler avec l’apparition de trois disciplines : la pensée scientifique, la pensée philosophique et l’histoire.
Thalès (considéré comme le père de la science) puis les « grand-pères » de la philosophie méditent sur un principe premier : ils opèrent une réduction de la diversité des choses qui se fait à partir des 5 éléments. Pour l’eau, par exemple, la mer, les nuages, les légumes…tout ça, c’est de l’eau.
Quant aux premiers historiens (Hérodote, Thucydide), ils opèrent une véritable révolution car ils débarrassent l’Histoire de tous ses éléments mythologiques et essaient de la rationaliser.

>> Dans la culture grecque, s’opère donc une mutation, on passe d’une cosmogonie (c’est à dire un récit mythique de la fondation de l’univers) à une cosmologie (le début d’une compréhension scientifique de l’univers). Le problème du mal est conçu à l’intérieur de cette cosmologie.

La relativisation du mal : toute l’histoire de la philosophie tourne autour de 3 notions : le monde, Dieu, l’homme

Dans la Grèce antique, on part de la cosmologie pour concevoir une théologie, et l’anthropologie prend sa place à partir des deux autres notions ; c’est pourquoi le mal est relativisé car il est peu présent dans la cosmologie.
(A l’inverse, au Moyen-Age, ce qui est premier, c’est la théologie d’où la place importante du mal. A partir des Lumières, on part de l’homme : l’anthropologie).

Deux repères importants doivent être pris en compte quand on entre dans la pensée grecque :
- Le monde est clos (la notion d’évolution n’existe pas) et il est hiérarchisé : le plus haut est aussi le plus beau, par exemple les astres.
- Pour les Grecs, il y a des niveaux dans la réalité et ce qui permet de repérer ces niveaux, c’est leur plus ou moins grande permanence : le plus réel, c’est l’éternel, ce qui ne change pas.

Le problème du mal doit être compris en tenant compte de ces degrés de réalité : plus on descend dans la hiérarchie, moins c’est beau. Le mal, c’est ce qui est au plus bas niveau. Le mal est un moindre bien, il est donc relatif. Il n’y a pas de mal en soi (comme dans notre culture avec le démon).

Platon

Il est le créateur d’une morale. Pour lui, le mal, c’est l’injustice, au sens du manque de justesse (c’est à dire ce qui est mal adapté à la raison). Mais « nul ne fait le mal volontairement ».
Quand nous agissons, nous sommes soit dans l’ordre de l’automatisme soit dans celui d’activités que nous orientons et dans ce cas nous essayons de faire le bien (même si nous faisons le mal). Cependant ce qui pour chacun est le bien, n’est pas forcément le bien ! Pour réaliser le bien, il faut se « décentrer », être désintéressé. Le mal vient du primat de l’affectivité, qui n’est pas mauvaise par elle-même mais qui nous fait oublier la totalité de ce que nous sommes : l’affectivité, plus le courage, plus la raison..
Dans La République , Platon établit un parallélisme entre les parties de l’âme humaine et celles de la cité.
Pour l’âme humaine :
- premier niveau : j’ai des perceptions et des impressions subjectives qui viennent du corps et tendent à m’accaparer. J’ai aussi des désirs, toute une agitation intérieure qui porte sur l’affectif que je subis sans la diriger, ce que les Grecs appellent les passions (la partie la + basse de l’âme) et qui entrent en conflit les unes avec les autres.
- deuxième niveau : le tumos (le courage). Il me permet de me reprendre, d’imposer des limites à mes passions. Mais il ne détermine pas ce que je dois faire
- troisième niveau : la raison. C’est elle qui me dira ce que je dois faire.

>>Si ma raison dirige mon courage et si mon courage gère mes passions, j’ai une attitude juste.

Pour la cité, on retrouve la même structure que chez l’homme.
- Chaque branche d’activité a tendance à valoriser ses problèmes. C’est l’équivalent des passions.
- Il faut donc instaurer des règles (les gardiens) qui la défendent contre l’anarchie. C’est l’équivalent du courage.
- Mais il faut aussi une troisième instance , le collège des philosophes et des rois qui soit capable de discerner ce qu’il faut faire. C’est l’équivalent de la raison. La cité est juste si ces gens-là sont compétents.

>>Pour Platon, le mal c’est donc l’ignorance. Il n’y a pas de faute mais des erreurs. Le mal est un ensemble d’erreurs sur soi-même et les autres. C’est notre subjectivité qui nous fait prendre notre bien pour le bien, nul ne fait le mal volontairement.
Éviter le mal implique la connaissance, qui permet de différencier ce qui relève des désirs de ce qui relève de l’ensemble de la réalité (les passions, plus le courage, plus la raison).

Aristote

Il ne fait pas de théorie du mal. Son but, c’est de savoir comment bien vivre. Il se demande à quelles conditions on peut être heureux. La condition essentielle est la vertu qui consiste à avoir de manière quasi-spontanée des comportements adéquats dans des situations variées. La règle consiste à éviter l’excès : ni trop, ni trop peu. La colère n’est pas condamnée mais il faut savoir quand se mettre en colère, avec qui et jusqu’où !
Pour Aristote la vertu, si elle est nécessaire, n’est pas suffisante pour faire le bonheur. Il faut aussi la santé, un peu d’argent et de considération. Dans le malheur, il y a une part de malchance mais aussi un manque de persévérance. Une des racines du mal, c’est la démission par rapport à ce que nous sommes appelés à être : des animaux raisonnables. L’homme est donc responsable de son propre développement : le laisser-aller doit céder la place à la prudence, à la juste mesure.

>>Pour Aristote comme pour Platon, nous ne sommes certes pas responsables de tous nos malheurs mais quand même de beaucoup des maux qui nous arrivent. Ils refusent tous deux le hasard ou du moins l’impact du hasard sur nos comportements. Pour nous libérer, il faut sortir des automatismes, être lucide, éliminer ce que Platon appelle « la cause errante » (Le Timée).

Les Epicuriens, les Stoïciens et Plotin

Les Epicuriens

Environ 300 av. J.C, ces philosophes développent une approche plus individualiste. Chaque individu peut trouver en lui-même un principe pour diriger sa vie. Le souci d’Epicure est de supprimer les peurs qui font du mal à l’homme, entre autre les superstitions.
Ou les dieux existent et ils ne s’occupent pas de nous (sinon ça se saurait !) ou ils n’existent pas et il n’est pas nécessaire de s’en occuper... Le mal consiste à fantasmer sur les dieux, à vouloir chercher trop loin. Occupons-nous plutôt de nous-mêmes, de notre plaisir. Attention, il s’agit d’un plaisir choisi qui est mesuré.

Les stoïciens

Dans le cosmos stoïcien, tout est pour le mieux….parce-que c’est comme ça ! Même si tout ne dépend pas de nous (richesse, santé, gloire), nous avons en nous les moyens de diriger ce qui dépend de nous (pensée + volonté). La question que posent les Stoïciens : Comment dans un univers rationnel, peut-on céder à l’irrationnel ?

Plotin

Ce néo-platonicien a eu une audience immense et le christianisme lui a emprunté certaines notions ( v.St-Augustin), en particulier celle d’une unité, d’une pureté dont nous sommes nostalgiques et que nous pouvons retrouver en nous recentrant, en renonçant à la dispersion. La question qu’il se pose : Comment de l’un a pu sortir le multiple ?

Conclusion

Pour les Grecs, le mal est de l’ordre de la méconnaissance, de la mystification et ses racines sont du côté du corps, de la sensibilité. C’est aussi l’incapacité à prononcer des jugements vrais, laquelle résulte de notre précipitation.
La pensée grecque est donc fondamentalement optimiste : le bien est déjà là et il est à notre portée si nous savons exercer notre raison et notre vertu.

Les premiers chrétiens ont connu toutes ces philosophies et l’un des soucis du christianisme naissant a été de se situer par rapport à elles et de s’en démarquer. Ainsi, qualifieront-ils les Stoïciens d’orgueilleux car ils pensent qu’on peut trouver la vérité sans le secours de la grâce. Ils présenteront les Epicuriens comme des jouisseurs, des noceurs. Quant à Plotin, ils réinterpréteront sa doctrine de l’Unité en identifiant l’Un au Père et à son fils.

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