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Anticyclone à l’ouest de l’Irlande

dimanche 20 septembre 2015 par Jean-François

Après deux années passées à quai pour cause de capitaine déglingué (et aussi, soyons honnête, pour cause de moteur en carafe), La Marie Sereine a repris la mer cet été pour une jolie croisière de quinze jours en Bretagne Sud, avec une météo inespérée. D’où ce titre "Anticyclone à l’ouest de l’Irlande", qui nous a gratifié de vents d’est portants, mer calme et ciel ensoleillé.

Les croisières heureuses n’ont pas d’histoire et je m’en tiendrai donc au minimum technique indispensable pour faire sérieux, allant plutôt de digression en digression.

Si vous craignez de vous ennuyer, n’hésitez pas, il est encore temps de sauter à quai !


Un copain des Glénans m’avait dit un jour : « Tout compte rendu de croisière digne de ce nom doit commencer par une phrase du genre : Nous tirions des bords par force 5 contre une mer dure et hachée... ». Et c’est vrai qu’avec un tel démarrage le lecteur s’y voit déjà, les yeux rougis par les embruns et le ciré dégoulinant.
J’avais aussitôt appliqué ce judicieux conseil à un compte rendu de course « Le Havre Saint Marcouf Le Havre », course faite toute au portant et mer plate, par une sympathique brise de force 3. Les durs de durs avaient parlé d’un « tour de manège de chevaux de bois sans intérêt ». Moi j’avais été bien content.

Tout ça pour vous dire que le récit de cette croisière 2015 ne sera pas une épopée haletante sur les quarantièmes rugissants, encore qu’elle se soit entièrement déroulée sous ces latitudes.

On dépasse la grue du chantier

Avant notre virée en Grèce, l’équipage s’était retrouvé pour trois séances de mise en forme du bateau, notées en toute simplicité : Lorient 1, 2 et 3. Forts de cette tradition, nous nous sommes donc rendus en mai dernier à un Lorient 4, qui nous a mené du bassin à flot de Lorient à la grue du chantier, située 200m plus loin... Un bon début mais une préparation qui a failli être sans objet, en raison des péripéties navrantes que vous connaissez.

29 août 2015 : ayant revu nos ambitions de croisière à la baisse, l’équipage est à nouveau réuni au complet. Nous quittons Lorient pour Groix en constatant :
1. Que tout l’équipage a l’air d’être en forme.
2. Que le moteur tourne comme une horloge.
Jean, prudent, nous fait remarquer : attendons d’avoir dépassé la grue pour en être sûrs ! Ouf, c’est fait 200m plus loin et, à 10h25, en route pour Port Tudy de Groix. Première journée tantôt à la voile, tantôt au moteur, le vent de nord-nord-est oscillant entre 0 et 2. On s’amarre dans le bassin à flot, l’avant port étant toujours fort inconfortable par vent de secteur est.

Après une balade vers Port Lay et une baignade pour ceux qui apprécient l’eau froide, ce soir, c’est la fête : l’anniversaire de Jean. Jacqueline et Mimi ont repéré un bon restaurant à l’entrée du bourg, je vous fais grâce du menu mais sachez qu’on a tous essayé une poêlée d’ormeaux en entrée, n’ayant jamais goûté ce mollusque, pourtant spécialité de l’île.

Savez-vous comment on prépare les ormeaux ?

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Des ormeaux

Après avoir retiré le muscle de sa coquille et l’avoir nettoyé il faut :
- Attendrir l’ormeau, sinon il est immangeable. Plusieurs techniques s’affrontent, la plus simple est de le placer dans un torchon et de le battre avec un marteau pendant quelques minutes.
- Le faire rassir dans une assiette recouverte d’un film, pendant 24 heures, au réfrigérateur.
- Le faire cuire dans une poêle chaude, avec du beurre et de l’huile, 2 à 3 minutes maxi par face. Rajouter éventuellement un beurre persillé. La recette du restaurant était plus compliquée mais délicieuse, je ne vous en dirai pas plus.
Mimi a trouvé ça un peu coriace, les autres ont bien aimé.

Brume et palourdes

30 août, 07h00 du matin, on n’est pas là pour rigoler : sortie du bassin à flot avant que la porte ne se referme. En fait on va aussitôt s’amarrer à couple dans l’avant port, pour un petit déjeuner mérité (les ormeaux sont bien passés, merci) et pour ne pas arriver trop tôt à Belle Île (vous comprendrez pourquoi tout à l’heure).

La météo a annoncé de la brume et elle a eu bien raison : on voit à peine les deux phares d’entrée du port, situés à quelques mètres. Le vent est de nord-est 10 nœuds, ce qui nous promet une belle navigation au largue pour rejoindre Sauzon, avec quand même beaucoup de courant (le coefficient de marée est de 111).

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Dans la brume

A 10h00 on appareille et c’est un plaisir d’aller de bouée en bouée, les voyant tour à tour émerger de la brume, constructions fantomatiques et éphémères, aussitôt disparues dans le sillage.
On distingue à peine sur tribord une tache plus claire : c’est la plage des Grands Sables, une plage convexe et comme telle unique en Europe. Je vous signale cette particularité, c’est une question récurrente du Jeu des Mille Euros !

Jean décide que ce temps brumeux est favorable aux maquereaux et met notre ligne de traîne à l’eau. A peine plus tard, la boule d’un casier émerge de la brume, elle a perdu sa hampe et, avec le fort courant, elle tire son bout’ immergé, juste travers à notre route. Mimi n’a pas le temps de relever la traîne qui s’accroche dans le bout’, elle se brûle même un peu la main avant qu’on ne coupe la ligne. On ne mangera pas de maquereaux ce soir.

Dans l’après midi, la brume se dissipe, on aperçoit la tourelle des Birvidaux sur tribord et la ligne grise de Belle Île devant nous. Encore quelque milles et c’est la rade de Sauzon, on passe la verte du Cardinal et on va pouvoir entrer directement dans l’arrière port d’échouage (la marée est maintenant assez haute pour y pénétrer, c’est pourquoi il ne fallait pas partir trop tôt de Groix !).
J’entame le rituel bien connu de l’équipage, avant toute entrée de port : un bout’ à l’avant, deux bout’s à l’arrière, suivi de : on met aussi les défenses de chaque bord. Jacqueline et Mimi me demandent, comme d’habitude : deux ou trois ? A quoi je réponds, également comme d’habitude : trois ! La routine, quoi.

Les gars du port nous accompagnent en annexe pour passer les amarres avant et arrière, c’est un peu frustrant mais ils sont tellement sympas, et quel confort... On met aussitôt en place les béquilles, la Marie est prête pour l’échouage (ne pas confondre avec échouement !).
On discute un peu avec nos voisins, qui habitent un joli voilier jaune dériveur intégral (La Renarde), et qui n’ont donc pas besoin de béquilles pour échouer bien droit.
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Comme toujours, le port est magnifique, bien abrité et l’équipage décide à l’unanimité de passer deux nuits à Sauzon, d’autant qu’avec ces grandes marées, un plan Pêche à la palourde est décidé pour le lendemain.
Ce premier soir, on fait une balade jusqu’au fond de la ria. La lente montée des eaux inspire Mimi :

Grandes marées
L’eau envahit les prés
Plumes, feuilles au fil de l’eau
Éclairs argentés des poissons
Dans les herbes des rives


La pêche aux palourdes

En milieu de nuit, la Marie se pose tout doucement, bien calée sur ses béquilles. Et puis la marée la reprend, juste un petit crissement sur le sable au moment du décollage... Cette fois, c’est Jacqueline qui prend la plume :

Marée haute, marée basse
Rythme organique
Le bateau flotte, il se pose
Bien droit sur ses béquilles
Ici la terre est de la vase
Allez, enfilons nos bottes
Il est temps de partir à la chasse aux palourdes !


Branle-bas de combat : bottes aux pieds et cuillères en mains, on part tous à la recherche du précieux coquillage. Jean et Mimi avaient bénéficié de leçons particulières à l’Ïle de Ré, où la pêche avait été miraculeuse. Jacqueline et moi épions sournoisement le voisin, qui a l’air d’avoir un sérieux rendement (il faut dire qu’il est natif de Lesconil et a fait ça toute sa vie !).

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Trous caractéristiques !

La théorie est très simple : il suffit de repérer deux petits trous dans le sable vaseux, distants de trois centimètres. Un coup de cuillère à 10-15 cm de profondeur et hop, on extrait une splendide palourde, la coquille presque noire et finement striée !
La pratique est nettement plus aléatoire : le deuxième trou est caché, ou bien on n’en voit aucun... Bref après deux heures de recherches intenses, la récolte est maigre, une vingtaine de bestioles à nous quatre, dont quelques coques et bigorneaux.

Le voisin spécialiste prend pitié de moi, il me montre des trous (que je ne vois pas), et me donne gentiment les plus beaux spécimens. Et c’est là que la chance va jouer en notre faveur : sa récolte du matin est tellement abondante que sa femme décrète ne plus vouloir préparer une seule palourde, si bien qu’il vide tout son seau dans les nôtres ! <album22|center|titre=oui|largeur=150|hauteur=120|recadrer=oui|label=oui>

Le soir, on invite nos deux généreux voisins à prendre l’apéritif à bord, soirée fort sympathique avec de multiples échanges sur nos expériences respectives, c’est ça aussi, l’échouage à Sauzon.
L’heure avance, la nuit nous surprend et inspire à Jean ce poème de circonstance :

La trotteuse de la pendule a des soubresauts
Mais n’avance guère
Le barographe trace sa ligne sinueuse
Au rythme du tic-tac


Il faut dire que la pendule du bord est assez capricieuse : la grande aiguille est véloce dans la partie descendante (de 12h à 18h) mais plus hésitante lorsqu’elle doit remonter. Il suffit de le savoir.

Le Croisic, courants et salines

Mardi 1er septembre, grand beau, nous quittons Sauzon pour une étape un peu longue, 30 milles vent portant avant de rejoindre Le Croisic. C’est aujourd’hui la plus forte marée de notre périple (coefficient 114)

Je profite de cette remarque pour donner à mes lecteurs terriens quelques explications sur ces foutus coefficients. Les marées sont essentiellement dues à l’attraction de la lune mais aussi du soleil.

- Quand ces deux astres sont en conjonction (du même côté de la terre = nouvelle lune) ou bien en opposition (diamétralement opposés = pleine nulle), l’attraction est maximale et le marnage élevé.

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Grandes marées


- Quand la lune et le soleil sont en quadrature, le marnage est faible.

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Petites marées

Le coefficient de marée chiffre ce phénomène, il évolue entre 120 (le marnage théorique le plus fort) et 20 (le marnage théorique le plus faible). A l’équinoxe de septembre 2015, il sera de 118, on parlera sûrement de Marée du siècle !

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Satisfaction après la manoeuvre

Pour le moment, on navigue paisiblement au sud des îles de Houat puis de Hoedic, avant d’abattre vers Le Croisic. Le vent adonne et vient franchement sur l’arrière, ce qui nous donne l’occasion de tangonner le génois. Jacqueline et Jean manœuvrent à l’avant, Mimi barre d’une main sûre et je m’échine sur la balancine et le hâle-bas. Les voiles en papillon sont du plus bel effet et, accessoirement, améliorent notre vitesse de quelques dixièmes de noeuds. Jean aurait préféré envoyer le spi mais Jacqueline savoure quand même le résultat.

La côte et l’entrée du port approchent, on range et roule tout notre bel attirail avant de lancer le moteur. C’est le moment de suivre les trois alignements successifs d’entrée au Croisic, d’autant qu’avec ce marnage et la marée montante, le courant nous propulse à la vitesse d’un toboggan. Demi-tour pour prendre un coffre et on double l’amarre !

C’est bien joli d’être amarrés au milieu du port, mais avec ce courant et le clapot qu’il lève, pas question de prendre l’annexe pour rejoindre un quai. Un petit coup de VHF et le responsable du port, d’une grande gentillesse, nous assure d’un service de rade bien venu. Rendez-vous est pris pour aller faire de l’eau le lendemain matin et débarquer à terre.

Le port du Croisic

Passée la longue digue du Tréhic et le chenal d’entrée, on pénètre dans une sorte de grande mer intérieure qui découvre presque entièrement à marée basse. C’est ce qui explique la violence des courants quand la marée vient remplir ou vider cette mer intérieure. Une seule partie reste à flot, le Poul, et c’est là que nous sommes amarrés à un coffre.

Le port de pêche est constitué d’une ensemble d’îlots, dénommés jonchères, entourant des zones d’eaux calmes : les chambres. La formation de ces jonchères est intéressante : pendant des siècles, les bateaux de commerce à voile partaient du Croisic, chargés du sel récolté dans les salines toutes proches. Ils revenaient à vide mais lestés de pierres pour assurer leur stabilité. Ces pierres étaient alors rejetées dans le port pour faire place à la prochaine cargaison, et c’est ainsi, année après année, que se sont formées les jonchères !<album23|center|titre=oui|largeur=150|hauteur=120|recadrer=oui|label=oui>

Le Kurun

A peine débarqué, je m’inquiète du Kurun (Le tonnerre, en Breton), un voilier mythique avec lequel Jean-Yves Le Toumelin a fait un tour du monde entièrement à la voile, dans les années cinquante. Il en a tiré un beau livre « Kurun autour du monde », qui a enchanté mon adolescence.
Il y a quelques années, le Kurun a été racheté par la mairie du Croisic, réhabilité et classé. Je l’ai souvent vu amarré à une jonchère, mais il est actuellement retenu dans un chantier. Un sombre histoire de financement des travaux, d’après ce que j’ai compris.

La récolte du sel de Guérande

Mercredi, Katherine, la cousine guérandaise de Jacqueline et Jean, vient nous chercher en voiture. Après le déjeuner nous allons visiter Kervalet, un beau village de paludiers perché sur une colline, juste au dessus d’une saline.
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Vous voulez savoir comment se fait la récolte traditionnelle du sel ?

Une succession de bassins permet l’évaporation de l’eau et la concentration du sel, l’eau de mer étant ainsi conduite jusqu’à l’oeillet, le dernier petit bassin carré, si caractéristique des salines. Les travaux s’échelonnent alors sur toute l’année :

  • En hiver, la saline est recouverte d’eau pour la protéger des intempéries. C’est la période d’entretien des talus et du nettoyage des chenaux d’alimentation des différents bassins.
  • Au printemps, la saline est vidée, la vase et les algues sont évacuées et les petites digues d’argile séparant les oeillets sont éventuellement reconstituées.
  • La récolte du sel se fait en été, lorsque le soleil et un vent d’est bien sec permettent l’évaporation de l’eau. Le paludier utilise un las, une palette munie d’un long manche pour récolter le gros sel, et une lousse en bois pour cueillir la Fleur de sel. Celle-ci est composée de petits cristaux qui se forment à la surface des œillets. Précieuse, elle est cueillie délicatement, à « fleur d’eau », puis simplement égouttée au soleil.
  • En hiver, le sel est mis à l’abri et la saline éventuellement protégée des très grandes marées.

A Guérande, un paludier produit, en moyenne, entre 60 et 90 tonnes de gros sel et 2 à 3 tonnes de Fleur de sel par an. Cette production varie beaucoup en fonction des conditions climatiques, de 0 à 200 tonnes de gros sel selon les années.
Voilà. Vous savez (presque) tout.

Retour au Croisic en passant par Batz sur Mer, où nous visitons l’église et la chapelle, dont il ne reste que les cintres et arcs-boutants.

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La chapelle de Batz sur Mer

A la capitainerie, le service de rade, toujours aussi prévenant, nous ramène à la Marie. Les courants sont déjà moins forts et une nuit paisible nous attend.

Où est donc le Crouesty ?

Jeudi 3 septembre, nous quittons le Croisic, portés par le jusant. Beau temps mais, exceptionnellement, le vent est passé au nord-ouest et il va nous falloir faire du près, voire tirer des bords.
Effectivement le cap n’est pas fameux et nous conduit plutôt vers Hoedic ou Houat, ce qui ne nous arrange pas vraiment : le vent est prévu d’est cette nuit et les deux ports seront mal abrités. En fait le vent passe temporairement à l’ouest, ce qui nous permet de faire cap direct sur le Crouesty.
Curieusement, le chenal d’entrée, pourtant bien balisé sur la carte, se dérobe longtemps à la vue, il est caché par le Grand Mont. Tout s’arrange en approchant et le service du port nous indique une bonne place tranquille au ponton visiteur.

J’ai connu l’anse du Croistic (c’était son nom à l’époque, il y a très longtemps !) en tant que vasière d’hivernage. Les pratiques du coin venaient y échouer leur bateau à l’équinoxe d’automne, et le récupéraient à celle du printemps. Il ne fallait pas rater le coche, sinon c’était reparti pour un an sans bateau !

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Le Crouesty

Un grand port de plaisance a remplacé la vasière, un des plus vastes de Bretagne Sud. Il est entouré d’un simili port breton, avec bow-windows et colombages. Ça ne fait pas très lothentique mais ce n’est pas déplaisant non plus, et il y a tous les services dont on a besoin : laverie, supermarché... Après les courses, un petit appel sur la VHF et la navette du port nous ramène au bateau. Le luxe, quoi.

Retrouver Ysca ?

Lors de notre retour de Grèce en 2011, on avait rencontré sur la côte est de Corse (à Porto Vecchio) un couple fort sympathique, Christine et Dédé, sur leur voilier Ysca remontant comme nous vers le continent. On avait appris qu’ils habitaient près de Vannes, dans le Golfe du Morbihan, notre prochaine étape. C’est le moment ou jamais de retrouver leur trace et de les contacter. Miracle de la technique, deux mails plus tard, rendez-vous est pris pour samedi à l’île aux Moines. Il ne nous reste plus qu’à remonter le Golfe.

Trois jours dans la « Petite Mer » (Mor bihan en Breton)

Vendredi 4, dans l’après-midi, appareillage du Crouesty pour entrer dans le Golfe, à peine distant d’un mille.
Comme vous savez, à l’entrée du Golfe, l’étale de courant ne correspond pas à l’étale de marée : à basse mer, par exemple, le Golfe continue de se vider, même quand la marée remonte. L’équilibre des hauteurs d’eau entre la grande mer (Mor braz) et la petite (Mor bihan) ne se fait que deux heures plus tard. C’est alors l’étale de courant et le bon moment pour entrer dans le Golfe.
Malgré moult calculs, on se goure et on se présente trop tôt, on refoule donc le courant un bon moment.

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Le cromlech d’Er Lannick

Tant pis, ça passe avec le moteur, et ça nous permet de mieux admirer sur tribord le cromlech d’Er Lannic. C’est un ensemble de menhirs plantés en cercle, à demi immergés : l’eau était sensiblement plus basse au néolithique, il y a 7 ou 8000 ans. Il parait que certains menhirs portent des gravures, c’était probablement un sanctuaire. Le site a également servi d’atelier de taille et de polissage de haches.

Passée Er Lannic et ses îles voisines, on longe l’Ïle aux Moines et on s’amarre au ponton de Port Blanc. Nous sommes à côté d’un beau sinagot, ces voiliers de pêche traditionnels du Golfe, gréés en goélette et voiles au tiers.
Le lendemain, belle balade par les sentiers côtiers, baignade et pique-nique.
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Retour par le bourg et achat d’un Kouign Amann. La recette en est facile (je simplifie un peu) : 250 g de farine, 200 g de beurre et 200 g de sucre. Sans oublier après cuisson de rajouter du beurre et du sucre, sans quoi ce serait un peu sec (!!!).

On retrouve Christine et Dd

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Retrouvailles en Bretagne !

Le soir, Christine et Dd viennent dîner à bord. Depuis des années ils sont sauveteurs bénévoles à la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) et ils étaient justement d’astreinte pour la vedette SNS basée à Port Blanc. Ils peuvent être appelés à tout moment et disposent alors de 15’ maximum pour rejoindre la vedette, heureusement ce ne sera pas le cas. Ils arrivent sur le ponton avec le zodiac de service, tout harnachés, et ils n’ont pas les mains vides ! Faut-il préciser que la soirée ne sera pas triste ? Et qu’on sera, comme il y a quelques années en Corse, subjugués par leur engagement, leur compétence et la diversité de leurs expériences de sauvetages. Solidarité des gens de mer...

Vannes

Après l’Ïle aux Moines, direction Vannes, tout au fond du Golfe et où je me fais un plaisir d’aller pour la première fois (du moins par la mer).

Quelques calculs sont encore nécessaires pour profiter du flot et arriver à marée haute, mais cette fois on ne se trompe pas. La remontée est superbe avec le chenal qui serpente entre les îles, longe de belles demeures et pénètre doucement dans la ville. On passe le pont tournant de Kérino et les écluses, pour s’amarrer finalement à couple d’un splendide voilier dans le bassin à flot. Tellement beau que le propriétaire nous prie de nous déchausser pour ne pas abîmer son pont en teck. Jean reconnait avoir trouvé plus maniaque que moi.

On va rester deux jours à Vannes, tant la ville est belle, comme l’écrit Mimi, avec ses maisons à colombage, ses ruelles moyen-âgeuses, ses remparts et ses jardins qui occupent les anciennes douves.<album27|center|titre=oui|largeur=150|hauteur=120|recadrer=oui>

On retrouve la mer

Jeudi, on quitte Vannes et on redescend le Golfe au moteur. Passé Port Navalo, le vent est faiblard et on se traîne un peu pour rejoindre Port Haliguen, à l’extrémité intérieure de la presqu’ïle de Quiberon. Mais il fait si beau...

Par téléphone et VHF on s’est mis d’accord avec Christine et Dd pour s’y retrouver. Ils sont partis ce matin de La Trinité avec leur voilier (Ysca) et nous attendent déjà, ils ont même retenu une place à un ponton proche du leur et le comité d’accueil est fort efficace ! Cette fois c’est nous qui sommes invités à bord et l’apéritif dans leur cockpit est somptueux, suivi, dans le carré, d’un repas de crêpes garanties pur beurre ! (on goûte même au lait ribot). C’est l’occasion d’échanger sur nos vies respectives et d’évoquer nos familles. Une bien belle soirée.
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En regagnant le bord, il ne fait pas bien chaud et le vent d’est souffle vigoureusement, ça siffle dans les haubans et les drisses claquent sur les mats. Le journée de demain risque d’être moins cool que les précédentes.

Retour en rade de Lorient

Avec le ciel bien dégagé de la nuit, la brise de terre est venue renforcer le vent d’est, il doit mollir un peu dans la matinée et on ne se presse pas trop. Ça à l’air assez calme aussi à bord d’Ysca, sur le ponton d’en face.

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Le phare de la Teignouse

Appareillage à 10h30, vent un peu musclé, on roule de la grand-voile et pas mal de génois pour aller passer le Teignouse, un caillou et un phare qui marquent la sortie de la baie de Quiberon. Un peu de moteur, en sus des voiles, nous permet de tenir un meilleur cap et de mieux passer dans le clapot. Vers 11h00 on laisse la Teignouse sur tribord, on peut abattre et arrêter le moteur. Vent contre courant, les crêtes sont bien blanches, pourtant on est en mortes-eaux (44 de coef. de marée, qui n’a plus de secrets pour vous).

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17 nds de vent - ça décoiffe

Le vent reste soutenu mais, au fur et à mesure de notre avancée, la presqu’île de Quiberon nous protège et la mer devient plate. Conditions idéales pour la Marie qui, toutes voiles dehors et grand largue, nous gratifie de pointes à plus de 6 noeuds, sans doute son maximum.

L’entrée en rade de Lorient est splendide et, comme nous avons deux jours devant nous, on décide d’aller à Sainte Catherine (à l’est de la rade) et d’en profiter pour visiter la citadelle de Port Louis.
Sainte Catherine est un joli village mais étrangement calme, pour ne pas dire plus. Les habitants doivent tous travailler à Lorient et emprunter un des nombreux bateau-bus qui sillonnent la rade.

Le programme de mercredi est tout tracé : rejoindre Port-Louis par le bus, puis baignade, pique-nique et visite de la citadelle. Juste une petite surprise : pendant la baignade, une mouette rieuse (et goguenarde) ouvre un de nos sacs à dos, en extrait délicatement les sandwichs au fromage et se les tape à même le sable. Elle nous laisse ceux au jambon.

La citadelle

C’est un fort situé à l’entrée de la rade, coté est, et qui en commande l’accès. Son histoire nous est comptée par une jeune guide, érudite et sachant soutenir l’attention de ses auditeurs. Je vais vous faire profiter de ma science toute fraîche.

D’entrée, sachez que ce n’est pas un fort de Vauban. Son histoire commence plus tôt, lors des guerres de religions. Le duc de Mercœur, alors gouverneur de Bretagne et fervent catholique, n’a aucune confiance en la conversion de notre bon roi Henri IV. Il s’allie avec les Espagnols et fait le siège de Blavet, l’actuel Port Louis. Ce n’est alors qu’un modeste village de pêcheurs mais remarquablement situé pour commander l’accès de cette rade profonde, accessible à toutes heures de marée.
Le village tombe aux mains des Espagnols en 1590 et le gouverneur de la place, Don Juan Del Aguilla, décide immédiatement d’y construire un fort avec bastions, courtines et donjon.
En 1598, suite au traité de Vervins (signé entre Henri IV et Philippe II d’Espagne), les Espagnols abandonnent la place. Le maréchal De Brissac, nouveau gouverneur de Bretagne, fait détruire une partie du fort, mais en garde deux bastions, le donjon et le pont, qu’on peut voir encore.
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En 1618 et compte tenu de sa position stratégique, Louis XIII décide de donner à Blavet le statut de ville royale, et la rebaptise Port Louis. Le fort est reconstruit, pratiquement sous sa forme actuelle.

Sous Louis XIV, Vauban veut évidemment inspecter le fort et (serait-il jaloux ?) il en critique toute la conception défensive. Quand même et compte tenu de sa situation exceptionnelle, il ne propose que des améliorations mineures : déplacement du magasin des poudres (c’est vrai qu’elles étaient à l’humidité...) , de l’arsenal et du parc à boulets.

En 1666, la Compagnie des Indes Orientales s’implante dans la rade de Port-Louis. La ville de Lorient est créée et la citadelle en devient le poste avancé pour la défense de la rade.

La Compagnie des Indes

La citadelle abrite deux beaux musées : celui de la Compagnie des Indes, et aussi celui du Sauvetage en Mer, que nous avons seulement parcouru.

Depuis le Moyen-Age, les produits les plus précieux recherchés en Europe (épices, soieries, porcelaines...) sont importés par voie terrestre depuis les Indes et la Chine. Mais le transport par la Route de la Soie est long et dangereux, d’autant que la voie terrestre est contrôlée par les Ottomans depuis la prise de Constantinople.
Aussi, après les grandes découvertes maritimes du XVème siècle, les principales puissances Européennes ouvrent-elles des voies par mer, puis créent leur "Compagnie des Indes" (d’abord l’Angleterre puis la Hollande) qui ont le monopole du commerce et font des profits considérables. Savez-vous que le poivre blanc, arrivé en Europe, vaut plus cher que l’or ?

En 1664, Louis XIV et Colbert créent la « Compagnie des Indes Orientales », dont l’objet est de « naviguer et négocier depuis le cap de Bonne-Espérance presque dans toutes les Indes et mers orientales, avec monopole du commerce lointain pour cinquante ans. »

La compagnie va commercer avec l’Afrique et l’Amérique, l’île Bourbon et l’île de France, les comptoirs des Indes et même la Chine. Ses navires en rapportent alors les produits les plus précieux de l’époque : poivre, épices, café, thé, porcelaines, cotonnades et soieries. Les cargaisons débarquent au port de Lorient (après un petit détour par Groix pour satisfaire les besoins de la contrebande...) puis sont vendues aux enchères pour satisfaire le goût de luxe des riches familles du royaume.

Le musée de la citadelle retrace cette histoire, et comprend (entre autres) de remarquables collections de cotonnades et de porcelaines.
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A noter que passer la commande aux commerçants chinois est parfois compliqué, avec beaucoup d’intermédiaires, et que les peintres n’ont jamais vu d’européens. C’est ainsi que nous avons pu admirer une belle vierge à l’enfant aux yeux étrangement bridés...

Retour au bassin à flot

Le jeudi 10 septembre on quitte Sainte Catherine. A 17h30 on passe les portes du bassin à flot et la Marie Sereine retrouve sa place au ponton n°5.
Fin d’une belle croisière : pas de mutinerie à bord (on se serait même plutôt bien entendus), nous n’avons pas confondu le méridien de Greenwich avec celui de Paris, les quarantièmes, loin de rugir, n’ont été qu’un doux murmure... La navigation à voile a bien des charmes dans ces conditions... Grave question : en a-t-elle le monopole ?


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