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Protohistoire et Grèce antique Protohistoire et Grèce antique

samedi 13 décembre 2014 par Jean-François

Il y a 3 messages en réponse à cet article.

Dans le précédent article sur la préhistoire, nous avons vu se mettre en place le décor et les personnages de notre épopée européenne. Nous pouvons maintenant entrer dans le vif du sujet :

- En enlevant la fille d’Agénor, Zeus va donner un nom à ce territoire.
- En adoptant un alphabet et une écriture, la Grèce va pouvoir écrire son histoire et nous transmettre sa culture.

Et quelle culture : un art universel, la démocratie, la pensée philosophique... L’Europe va disposer des leviers de son rayonnement, celui de l’Occident, un rayonnement quasiment exclusif jusqu’au milieu du XXème siècle...

Mais alors, c’est la fin de l’Histoire ? Oh non. Par un de ces retournements dont le destin est familier, nous allons nous empresser de tout casser ! Les vicissitudes de l’Europe ne font que commencer...

« Europe », mais d’où vient ton nom ?


Europe est princesse phénicienne, c’est la fille d’Agénor, roi de Tyr (une ville de l’actuel Liban). Un jour qu’elle se promène au bord de la mer avec ses compagnes, Zeus l’aperçoit et est aussitôt subjugué par sa beauté. Pour ne pas l’effrayer, il se transforme en taureau (entre nous, c’est une drôle d’idée) et vient se coucher aux pieds de la jeune fille. Etonnée puis enhardie, elle se couche sur son dos, il l’enlève aussitôt et la dépose en Crète. Il reprend alors figure humaine (ouf !) et s’unit à elle. De leurs amours naîtront trois fils : Minos, Sarpédon et Rhadamante.
Notre continent a trouvé son nom !

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1- L’Europe de la protohistoire

Pour les esprits curieux, le terme protohistoire fait référence, selon le contexte : soit aux peuples sans écriture mais dont l’histoire a été écrite par des voisins qui la possédaient, soit la période d’invention des métaux (cuivre, bronze, fer), soit la période allant de la fin du néolithique à l’Antiquité. Je vais simplifier en retenant : de -3 000 ans à -1 000 ans !

1.1- La Grèce protohistorique

  • Au troisième millénaire avant JC, la Grèce est-elle habitée par une population achéenne, venue des bords de la mer Caspienne et ayant migré vers le sud ? Peut-être. Ou peut-être que la civilisation achéenne n’est autre que la civilisation mycénienne (voir ci-dessous), ainsi que le suggèrent Homère et Thucydide ? Ne comptez pas sur moi pour trancher ce débat.
  • En tous cas vers -2 000 ans, les iles de la mer Egée sont le siège d’une civilisation dite « égéenne », dont les modes de vie sont assez semblables à ce que l’on a vu pour la période néolithique (élevage, agriculture, regroupement en petits villages). Est-ce la population venue du « croissant fertile » et débarquée en Crète ? Par Zeus, voilà qui donnerait une consistance historique à la légende !
  • Elle est suivie d’une civilisation « minoenne » installée en Crète (du nom de Minos, bien sûr, le fils d’Europe). Elle va particulièrement développer le commerce et les transports maritimes, les Crétois allant chercher le cuivre à Chypre, l’or en Égypte, l’argent et l’obsidienne dans les Cyclades.
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    Cette civilisation va construire des bâtiments imposants (palais de Cnossos...) et disposer du premier alphabet connu en Europe (le « linéaire A », une écriture cunéiforme, jamais déchiffrée). Elle va disparaître vers -1 400 ans, pour des raisons controversées (éruption volcanique ? Inadéquation du commerce maritime à l’évolution de la demande ? Pillage et incendie de Cnossos par les Mycéniens ?).

  • C’est en effet la civilisation mycénienne (ou achéenne) qui va prendre le relais, de -1 600 ans à -1 000 ans environ. Elle va s’étendre du sud de la Grèce continentale à l’ensemble du territoire égéen, puis à une bonne partie du pourtour méditerranéen.
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    Linéaire B

    Elle va disposer d’une écriture (déchiffrée celle-là), le « linéaire B » dérivé du précédent, qui nous renseigne sur les principales activités économiques : élevage et agriculture, bien sûr, mais aussi (et c’est nouveau), un artisanat spécialisé pour des productions de masse : céramiques, textiles, objets en métal.

1.2- Les autres civilisations protohistoriques

L’Europe protohistorique ne se résume pas à la Grèce et les autres civilisations du continent ne doivent pas être oubliées. Elles se rappelleront d’ailleurs au bon souvenir des Romains, quelques siècles plus tard, par les multiples incursions sur leurs territoires.

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L’expansion Celte
  • Les Celtes, probablement originaires du sud de l’Allemagne, vont se répandre en France, en Espagne, au Portugal, en Angleterre, mais aussi vers la vallée du Danube et la Hongrie.
  • Des populations germaniques, venues du Jutland, de la Scandinavie et des côtes baltes vont migrer vers l’Europe centrale et en expulser une large partie des Celtes.
  • En Italie vit une population autochtone dont on ne sait presque rien et nommée, faute de mieux, "Ligures". Elle est repoussée vers le nord de la péninsule, la Sardaigne et la Corse par de nouvelles populations, notamment les Sabins et les Latins.
  • Enfin les Étrusques, probablement originaires d’Asie Mineure, s’installent en Italie centrale, entre l’Arno et le Tibre. Ils y développent une grande activité métallurgique (exportation de bronzes) et agricole (après d’importants travaux de drainage).

2- La Grèce antique

Il est d’usage de diviser cette période en quatre parties : les siècles obscurs puis les périodes archaïque, classique et hellénistique.

2.1- Les « siècles obscurs »

C’est la période allant de -1.200 à -800.
La civilisation mycénienne s’effondre complètement, peut-être suite à un dérèglement climatique (déjà ?) : sécheresses extrêmes et pluies diluviennes, ce que semble indiquer l’étude des sédiments.
Quoi qu’il en soit, la régression est considérable :
- Chute de la démographie.
- Incendie des grands palais mycéniens.
- Perte des techniques architecturales et retour à de petits villages.
- Arrêt de la production et du commerce du bronze, faute de contacts avec l’extérieur.
- Oubli de l’écriture (le linéaire B).

A partir du IXème siècle, toutefois, les campagnes se repeuplent avec la reprise des cultures, l’artisanat reprend et produit des textiles et de la céramique (période des céramiques géométriques).

Et au VIIIème siècle l’écriture réapparaît, comme en attestent des graffitis sur des vases : les Grecs adoptent l’alphabet phénicien et vont lui adjoindre les voyelles, une nécessité pour la transcription des idiomes indo-européens.

C’est au cours de cette période qu’Homère, le poète aveugle, aurait écrit l’Iliade et l’Odyssée, donnant ainsi naissance aux deux premières œuvres de la littérature occidentale.
- Pâris enlève Hélène, la femme de Ménélas, roi de Sparte. La guerre de Troie n’aura pas lieu ? Si ! Pour se venger, les Grecs assiègent la ville et y pénètrent grâce à l’astuce d’Ulysse, le roi d’Ithaque : Timeo Danaos et dona ferentes...

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Je crains les Grecs...


- Ulysse part découvrir le monde (c’est à dire la Méditerranée). Mais Poséidon, dieu de la mer, était favorable aux Troyens et lui crée toutes sortes de pièges. Son périple durera dix ans, cependant que Pénélope, inlassablement, coud et découd sa tapisserie...

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Que d’épreuves...

2.2- L’époque « archaïque »

C’est la période allant de -800 à -600.
Le Grèce connaît alors une explosion démographique qui amène le développement des premières grandes cités (Sparte, Argos, Corinthe) et la colonisation de l’ensemble du bassin méditerranéen : les Grecs occupent l’ouest de l’Asie mineure, la Grèce continentale actuelle, le Sud de l’Italie et la Sicile. Ils ont des colonies en Afrique du Nord, en Méditerranée occidentale et sur les côtes de la Mer Noire (au-delà de ces territoires vivent les « Barbares »).

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Les colonies grecques

La Grèce (de même que ses colonies) s’organise en « Cités-Etats » autonomes, gouvernées par des monarchies. Le pouvoir appartient de fait aux principaux propriétaires terriens qui forment une classe aristocratique, faisant et défaisant ces monarchies.

Au cours du VIème siècle l’économie se développe considérablement, avec les productions artisanales et le commerce maritime. Ceci va avoir deux conséquences :

  • Les riches marchands vont constituer une nouvelle classe, venant évidemment en conflit avec la classe aristocratique dominante. Dans certaines cités et pour contourner cette domination, les marchands confient le pouvoir à un leader populiste, le Tyran (au début simple chef de la cité, ensuite et souvent un véritable tyran !).
  • Par ailleurs et pour répondre aux besoins du commerce, les cités adoptent l’usage de la monnaie, invention d’un riche roi barbare (Cresus), tellement plus pratique que le troc pour échanger des biens.
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2.3- L’époque « classique »

Athènes et Sparte

A partir de -600, émergent deux cités majeures et d’ailleurs antagonistes : Athènes et Sparte.
Les guerres médiques contre Darius, l’empereur de Perse, marquent un tournant historique : pour la première fois, ces deux cités rivales s’entendent pour défendre une civilisation commune. Miltiade, le stratège athénien, emporte la victoire, la Grèce est sauvée. Un jeune soldat court prévenir les habitants d’Athènes : Nenikamen ! - Nous avons gagné ! - et meurt d’épuisement. Il courait depuis Marathon

La démocratie athénienne

C’est au cours de cette époque que la cité d’Athènes invente la démocratie, pour sortir des crises politiques liées à l’antagonisme entre les classes aristocratique et marchande :

  • En -620, Dracon écrit une législation sur les meurtres (d’ailleurs draconienne !) qui, pour la première fois, affirme l’autorité de l’Etat dans le domaine de la Justice,
  • en −594, Solon, un aristocrate, met en place l’isonomie : l’égalité de tous devant la loi. Chaque citoyen a le droit d’intervenir en justice contre quiconque ayant enfreint la loi,
  • en −507, Clisthène divise les citoyens en dix tribus où les riches et les pauvres sont mélangés. Il concède ainsi au peuple la participation aux décisions mais aussi aux fonctions politiques,
  • au Vème siècle, Périclès met en place des lois égalitaires : les pauvres peuvent désormais participer à la direction de la cité.

Comment fonctionne alors la démocratie ? L’assemblée des citoyens (l’Ecclesia) se réunit pour voter les lois. Les votes se font à main levée et à la majorité simple. Dans cette démocratie directe, n’importe quel citoyen peut prendre la parole et défendre un amendement (d’où l’importance de la rhétorique). Une fois votée, la loi est exposée au public sur l’Agora.
A noter que seuls les citoyens peuvent voter, ce qui exclut les femmes, les métèques et les esclaves.

Les penseurs grecs

Athènes est alors à son apogée. C‘est la période des grands auteurs tragiques (Eschyle, Euripide, Sophocle…), des historiens (Hérodote, Thucydide), des philosophes (Aristote, Platon, Socrate…).

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Platon et Aristote
Sur cette toile de Raphael, Platon (à gauche) pointe le doigt vers le ciel, symbole de sa croyance dans les idées. Aristote (à droite) pointe la paume de sa main vers le sol, symbole de sa croyance dans l’observation empirique.

La guerre du Péloponnèse

En 431 la guerre éclate entre Sparte et Athènes, Sparte et ses alliés supportant de plus en plus mal la mainmise d’Athènes sur les affaires grecques.
Cette guerre du Péloponnèse va durer près de quarante ans : Après une première paix (en -418), les hostilités reprennent. Sparte réussit à occuper l’Hellespont (l’actuel détroit des Dardanelles), passage stratégique pour l’approvisionnement en blé d’Athènes. Menacée de famine, ayant perdu sa flotte et au bord de la banqueroute, Athènes demande la paix en -404. Sparte prend alors le pouvoir sur l’ensemble des territoires grecs et va, de fait, y supprimer le démocratie...

L’ascension de la Macédoine et les conquêtes d’Alexandre

Au début du IVème siècle, l’ambitieux roi Philippe II de Macédoine veut être reconnu comme le nouveau chef des Hellènes pour la libération des cités grecques d’Asie, alors soumises à la Perse.
Il impose la domination macédonienne sur la Thessalie et la Thrace, et en -348 il contrôle toutes les régions se trouvant au nord des Thermopyles. Il veut mener l’invasion de la Perse mais il meurt assassiné en -336.

Son fils Alexandre lui succède et s’emploie aussitôt à réaliser les projets de son père. Il prend d’abord le contrôle des principales cités grecques. En -336, il entreprend l’expansion vers l’est, qui le conduira vers l’Egypte, la Syrie, la Perse, jusqu’aux rives de l’Indus, à l’ouest de l’Inde.

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Les Conquêtes d’Alexandre

2.4- L’époque « hellénistique »

A la mort d’Alexandre (il a 32 ans) et faute d’avoir organisé sa succession, son empire est éclaté en trois royaumes : la Macédoine (incluant la Grèce), l’Asie Mineure et l’Egypte. Il s’agit de monarchies personnelles, sans règles de succession précises, mais généralement contrôlées par des Grecs ou des Macédoniens. Les Cités sont théoriquement sous la domination de ces monarchies mais plusieurs s’organisent en ligues (ligue achéenne, ligue étolienne) pour préserver leur indépendance.

Sur presque tous les territoires, les dirigeants imposent le grec comme langue officielle, dans les domaines administratif, militaire et politique.
Les échanges sont considérables entre étudiants, magistrats, médecins... De même que les échanges commerciaux pour approvisionner des territoires allant de l’Italie à l’Indus et l’Egypte !
L’usage de la monnaie se généralise : chaque souverain frappe sa monnaie mais toutes possèdent un poids identique et circulent d’un territoire à l’autre sans contraintes particulières.

A partir du IIème siècle avant JC, Rome va progressivement prendre le contrôle de ces territoires :
- d’abord l’Italie du sud et la Sicile,
- ensuite la Grèce et la Macédoine elles-mêmes, après le saccage de Corinthe en -148,
- puis le Moyen Orient et la Méditerranée orientale, que Pompée réorganise sous l’ordre romain,
- l’Egypte enfin, avec la victoire d’Auguste sur Marc Antoine.

En 30 avant JC, le suicide de Cléopâtre, reine d’Egypte, marque la domination complète de Rome sur la Grèce et met fin à la période hellénistique.


Et notre Europe, dans cette longue histoire ?

Evidemment, l’apport de la Grèce à l’Europe que nous connaissons aujourd’hui est immense.

Dans le domaine culturel bien sûr, avec l’architecture antique, la sculpture, la céramique, la littérature... Mais je laisse à Elisabeth le soin de nous en conter les splendeurs.

Dans le domaine philosophique, les penseurs grecs ont modelé notre façon d’appréhender le monde. Que vais-je retenir ?

  • Les philosophes majeurs, bien sûr :
    • Socrate, prônant la connaissance de soi-même, recherchant l’universel, visant une méthode fondée sur l’induction, la définition, la division...
    • Platon, s’attachant surtout aux données de la raison, n’abordant le particulier que pour s’élever jusqu’aux idées elles-mêmes (souvenez-vous du tableau de Raphael, Platon, le doigt tourné vers le ciel !).
    • Aristote, avec qui la philosophie devient réellement la science des causes et des principes. C’est aussi un physicien qui observe, qui trouve et formule les lois du raisonnement déductif (Il tourne la main vers le sol !) .
  • Mais aussi les principales écoles de pensée :
    • Le sophisme, attaché aux questions pratiques : réussir dans la vie par l’instruction, par l’éloquence, par l’habileté dans tous les arts et dans la conduite des affaires humaines.
    • Le stoïcisme, pour lequel il faut vivre conformément à la nature. Ni le plaisir n’est un bien, ni la douleur un mal. Le seul bien est la vertu. Le sage devra être exempt de trouble et impassible.
    • L’épicurisme, voulant débarrasser l’humanité des plus grands maux dont elle souffre : la crainte de la mort et celle des dieux. La morale prescrit la satisfaction des désirs naturels et nécessaires, sans le trouble des passions, des désirs vains et des craintes vaines.
    • Le scepticisme, mettant en question toute croyance et toute réalité, opposant les idées sensibles aux conceptions de la raison, et de ce fait ruinant la science sous toutes ses formes (à titre personnel, j’ajouterai quand même qu’il ne faut pas pousser le bouchon trop loin...).

Bien sûr, tous ces penseurs n’ont pas épuisé le sujet qui aura encore de beaux jours devant lui. Mais quand même, quel début éblouissant !

Dans le domaine scientifique, la Grèce a commencé à soulever le voile de la connaissance. Dans ce domaine, je retiens, en toute subjectivité :

  • Héraclite, inventeur de l’atome et précurseur de Lavoisier (« Rien n’est, tout devient. »).
  • Hippocrate, considéré comme le père de la médecine, ainsi que Galien, père de la pharmacie.
  • Thalès, premier penseur à donner au monde physique des causes naturelles plutôt que surnaturelles.
  • Pythagore, père des nombres, et aussi du théorème présent dans toutes les mémoires (!).
  • Euclide, dont les travaux ont initié la géométrie moderne.
  • Archimède, découvreur de la poussée qui porte son nom (et qui fait flotter les bateaux !).
  • Aristarque de Samos, qui fut le premier astronome à proposer un modèle héliocentrique du système solaire. Il est certes moins connu que Ptolémée et son modèle géocentrique, mais c’est lui qui avait raison...

Après la Grèce, le savoir scientifique va stagner et ne reprendra son essor qu’à partir de la Renaissance. Il ne s’arrêtera plus, chaque découverte révélant un peu plus l’étendue de notre ignorance... Mais les philosophes Grecs l’avaient déjà prévu : je sais que je ne sais rien.

Dans le domaine social et économique, les Grecs ont su :

  • Favoriser les échanges entre intellectuels, étudiants, responsables administratifs, commerçants... d’autant que le grec était alors une langue universelle.
  • Développer un commerce terrestre et maritime intense, allant de l’Italie à l’Asie Mineure et couvrant tout le pourtour méditerranéen.
  • Et, pour soutenir ce commerce, mettre en place des monnaies ayant une valeur commune, utilisées et échangées dans pratiquement toutes les monarchies et cités de l’époque hellénistique. Belle confiance dans la monnaie, qui ne va peut-être pas durer...

Par contre, bien que formidablement dynamique au niveau du commerce, la Grèce n’a pas su innover dans le domaine de la production des biens matériels. On peut y voir la conséquence directe de l’esclavage : pourquoi chercher à améliorer la productivité du travail, quand la main d’oeuvre est abondante et bon marché...

Dans le domaine politique, enfin, les Grecs nous ont légué deux organisations essentielles, qui, malgré bien des vicissitudes, modèlent encore la civilisation occidentale :

  • La Cité (nous dirions maintenant la Nation), matrice de la citoyenneté : pour Thucydide, "ce sont les hommes qui font une cité, et non des remparts et des navires vides de troupes".
  • Et surtout la démocratie (de dêmos : le peuple et kratos : le pouvoir), dont les fondements sont toujours d’actualité :
    • Un processus dynamique : il n’y a pas de société bonne, de société juste et libre une fois pour toutes. la Société doit constamment remettre en question ses lois et ses institutions.
    • La nécessité d’une participation de tous : "Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile" (Périclès).
    • La pluralité des opinions : la vérité se construit par la confrontation, l’opposition, le dialogue.
    • La création d’un espace public : tous les éléments qui ont de l’importance doivent apparaître publiquement, devant la totalité de la communauté.

Restent encore deux réflexions transmises par cette histoire et qui peuvent trouver un écho aujourd’hui :

  • Les rivalités ou antagonismes entre Cités-Etats peuvent être surmontés au profit d’une coopération, dès lors qu’un péril commun a été identifié comme tel. C’est ce que Sparte et Athènes ont compris lors des guerres médiques.
  • Les civilisations sont mortelles, et la Grèce en a fait deux fois l’expérience : avec l’effondrement mycénien d’abord, puis sous les coups de boutoir de la puissance romaine...

Mais je voudrais finir cet article sur une image positive, celle du « divin-Ulysse », ainsi qu’Homère aimait à le qualifier : il était le premier citoyen d’Ithaque, il est devenu le premier citoyen européen. Pendant vingt ans, il n’a cessé de parcourir l’Europe (enfin, la sienne, qui n’était pas encore tout à fait la nôtre) : de Troie à Cythère, de Gibraltar à la Sardaigne, de Messine à Corfou... Curieux de la diversité des lieux et des habitants, ouvert à toutes les rencontres (parfois un peu trop, si Pénélope avait su !), d’un optimisme inébranlable quant au succès de son périple et à l’avenir de cette Europe qu’il découvre.

Et puis cette citoyenneté plus vaste ne l’a pas empêché de retrouver Ithaque et renouer avec ses racines. Chacun a les siennes :


Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la doulceur angevine.

...


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