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Le droit d'ingérence Le droit d’ingérence

Conférence de BHL à Lyon le 18 mars 2013

mardi 26 mars 2013 par Jean-François

Rencontre intéressante mais qui a pâti de l’absence de David Rieff (hospitalisé), analyste politique et grand reporter à New York : après avoir plaidé pour l’intervention des grandes puissances, David Rieff s’est ensuite inquiété de la multiplication des opérations d’ingérence. Son dernier ouvrage "At the Point of gun" est le récit de ce revirement.
Il aurait apporté une contradiction qui a manqué aux propos de BHL.

#Les étapes

L’idée d’ingérence n’est pas entièrement nouvelle, elle est venue s’ajouter à des concepts plus anciens de guerre juste (cf. Saint Thomas d’Aquin). [1], mais elle a été longuement occultée par le souverainisme, pour lequel le droit s’inscrit à l’intérieur de frontières.

BHL distingue 5 étapes qui ont, pour lui, jalonné le concept d’ingérence :

- En 68, Bernard Kouchner part au Biafra comme volontaire pour la Croix Rouge. MSF (Médecin Sans Frontières) naîtra deux ans plus tard, en décembre 1971.
- En 1971, Malraux rencontre Indira Gandhi et prend parti pour l’indépendance du Bangladesh.
- En 1980, MSF intervient en Ethiopie puis se retire pour ne pas cautionner la dictature et réclame une action politique.
- En 1992 et face à l’échec des actions strictement humanitaires, Chirac et Clinton ouvrent une guerre d’ingérence en Bosnie.
- En 2011, l’intervention franco-britannique en Libye constitue là encore une guerre d’ingérence, en appui d’un mouvement de contestation populaire assorti de revendications sociales et politiques.

A noter que en 2005 les Etats membres de l’ONU ont adopté un document qui énonce clairement la " responsabilité de protéger ", héritière du "droit d’ingérence".

#Quelques éléments du débat

L’intervention en Libye n’a-t-elle pas entraîné le blocage de toute intervention en Syrie ?
Il semble admis que la Russie et la Chine se sont laissées "forcer la main", d’autant que l’intervention a outrepassé le strict mandat de l’ONU.
BHL réfute cette idée et soutient que le blocage d’une intervention en Syrie, par le Russie et la Chine, aurait de toutes façons eu lieu, même si l’intervention en Libye n’avait pas été lancée.

Pour l’intervention en Lybie, la Russie, l’Inde et l’Afrique du sud se sont abstenues. Est-ce que l’application du droit d’ingérence ne provient pas exclusivement des pays occidentaux ?
Pour BHL, cette divergence n’a pas de caractère régional ou religieux, elle marque plus simplement la différence entre pays totalitaires et pays démocratiques.
Cette idée est contestée par les journalistes quand ils remarquent que l’Inde (plus grande démocratie du monde) s’est abstenue lors de l’intervention libyenne, et qu’à l’inverse le Qatar serait favorable à une intervention en Syrie...

Peut-on lancer une intervention d’ingérence sans avoir préparé une stratégie de l’après ?
Le problème se pose systématiquement de la gestion du pays après l’intervention. Tout le monde s’accorde sur ce point de vue.
BHL cite son idée de créer à Tripoli, suite à l’intervention en Libye, un Institut d’études Politiques à l’intention des futurs dirigeants.

Quels sont les risques de dérive des interventions militaires sous couvert d’ingérence ?
Les journalistes se font l’écho du point de vue de David Rieff : parée de vertu humanitaire, l’intervention militaire est en passe de devenir un mode de règlement banal des conflits. Elle tend à transformer l’adversaire en criminel, et l’intervention en opération de police.
BHL réfute cette analyse et considère que l’adversaire peut aussi être un criminel, ce qui justifie de lancer l’intervention et si besoin de déférer les criminels au TPI (Tribunal Pénal International).

Quelles sont les conditions pour qu’une intervention d’ingérence conduise à un vrai changement ?
Pourquoi l’intervention en Afghanistan conduit-elle à un échec ?
Pourquoi l’intervention en Libye et (si elle a lieu) en Syrie pourraient conduire à un vrai changement interne ?
Pour BHL, l’ingérence ne peut entraîner une modification en profondeur que si un groupe à l’intérieur du pays en fait la demande et se trouve en situation de gérer la transition. C’est ce qui aurait pu avoir lieu en Afghanistan avec le cdt Massoud, et ce qui peut encore avoir lieu en Libye, sous réserve toutefois des rapports de force actuellement à l’oeuvre dans le pays.

Je ne fais pas état du débat qui a eu lieu ensuite entre la salle et les intervenants : confus, souvent agressif et hors sujet, j’avais renoncé à prendre des notes !



[1Thomas d’Aquin exige trois conditions pour qu’une guerre soit juste  :
- la guerre ne peut relever que de la puissance publique sinon elle est un crime.
- La cause doit être juste ; c’est cette dernière notion qui donne le plus lieu à interprétation ;
- l’intention ne peut avoir de causes cachées, elle ne peut avoir pour but que de faire triompher le bien commun.


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