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Voyage à Madagascar Voyage à Madagascar

dimanche 20 décembre 2009 par Jacqueline

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Le départ

Ce lundi 19 octobre, je retrouve les 3 autres formatrices Marie-Jo, Monique et Sylvie à l’aéroport Roissy Charles De Gaulle pour une mission de sept semaines à Madagascar dans la région d’Atsinana (sud-est de l’île).
Nous sommes mandatées par le GREF (Groupement de Retraités Educateurs sans Frontières) pour assurer une formation en français langue professionnelle et appui méthodologique à divers publics. Cette mission, financée par le Conseil Régional de Rhône-alpes depuis 2005 s’inscrit dans le cadre de la coopération avec la région d’Atsinana.
Cette année, l’accord stipule que l’appui du GREF ne doit pas se limiter à Tamatave mais s’étendre à des zones plus isolées de la région.

Lors du « tuilage » (terme consacré pour désigner la préparation), il a été décidé que Marie-Jo et Sylvie travailleront à Tamatave tandis que Monique et moi-même séjournerons dans deux communes côtières au sud de Tamatave (Mahanoro et Vatomandry). Pour nous quatre, c’est une première mission à Madagascar et pour Sylvie et moi, c’est aussi la première mission au GREF.

L’arrivée à Tamatave

Nous avons décollé le 19 octobre à 19h45 pour débarquer à Tamatave le 20 octobre à 12h10 après une escale de quelques heures à Saint-Denis (La Réunion).

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Arrivée à Tamatave

A l’arrivée, c’est le choc ! Chaleur moite, on est assaillis par les porteurs et les chauffeurs et la misère nous saute aux yeux. Heureusement, notre responsable d’action (RA en jargon du GREF) nous attend à l’aéroport et nous guide dans notre nouvel environnement.
Tamatave est le premier port de l’île et une ancienne ville coloniale mais qui a beaucoup perdu de sa splendeur : Immeubles aux façades décaties, entrepôts délabrés et rues si défoncées que même les pousse-pousse y circulent avec difficulté. Seule, l’Alliance Française (où vont travailler Marie-Jo et Sylvie) est assez coquette avec son petit jardin tropical et sa peinture fraîche.

Le voyage jusqu’à Mahanoro

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Le taxi brousse

Réveil à 5h45 pour rejoindre en taxi la gare routière. En fait de gare, on se retrouve au milieu d’un flot de taxis-brousse sur une route noire de monde. Des dizaines de marchands ambulants et pieds-nus passent au milieu des gens pour vendre leurs marchandises. Il fait déjà chaud et l’attente se prolonge car le chauffeur attend que le taxi soit plein à craquer pour partir ! Enfin, à 8h30, le toit est recouvert d’une bâche ce qui est le signal du départ.
A l’intérieur, nous sommes coincées entre les sacs et le haut-parleur qui hurle la musique locale. On s’arrête d’abord pour faire le plein d’essence, pas dans une station d’essence (le litre coûte un euro ce qui est exorbitant compte-tenu du niveau de vie des gens) mais dans une petite cahute où est entreposée de l’essence en bidons (de quelle provenance ? Mystère).
Tous les dix kilomètres, on est arrêtés par des policiers (civils ou militaires) qui regardent vaguement la liste des passagers et attendent le bakchich (glissé négligemment dans les papiers par le chauffeur) pour nous laisser-passer !

La route est en bon état, elle a été construite par les Russes, sous la présidence de l’ancien chef d’Etat, Ravalomanana. Elle est assez vallonnée et la végétation luxuriante : les fameux arbres du voyageur ont fière allure avec leur forme en éventail ( on se croirait un peu en Martinique !).
Partout des terres brûlées (est-ce pour fertiliser ? mais on ne voit guère de cultures). Les petits villages-rues sont bordés de cabanes en bambou sans eau ni électricité.
Sur la route, des gardiens de zébus marchent pieds-nus un bâton à la main ; on croise des centaines de « galériens » qui creusent une tranchée pour installer la fibre optique prévue par Orange. La température augmente au fur et à mesure qu’on descend vers le sud.

L’installation à Mahanoro

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Mon bungalow à Mahanoro

Viviane, la patronne de l’hôtel Tropicana nous a accueillies chaleureusement et nous sommes installées dans deux petits bungalows sur la plage face à l’Océan Indien. Nos cabanes sont rustiques, les planches et le toit en feuilles de palmes laissent passer la brise et le bruit de l’océan. Je m’y sens bien et j’éprouve un grand sentiment de liberté dans cet abri du bout du monde.

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La plage de Mahanoro

Presque chaque matin, après ma séance matinale de yoga, je fais quelques pas sur la plage : la houle est forte et il n’est pas question de se baigner mais tout en marchant, je croise des enfants qui font la roue sur le sable ou ramassent les jacinthes d’eau à l’embouchure du canal, je salue des femmes qui attendent leur mari parti à la pêche et j’assiste parfois à l’arrivée des pêcheurs.

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L’arrivée des pêcheurs

C’est une scène vivante et colorée pour la « wasa » que je suis [1] mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir la pauvreté de ces familles.

Quand j’ai plus de temps, je pousse jusqu’au phare abandonné et je reviens par la campagne. Je marche au milieu des palmiers, des manguiers, des bananiers, d’où émergent des cases sur pilotis, j’aperçois des zébus qui broutent à proximité des champs de riz, et tous les gens que je croise me saluent en me souriant. On se croirait dans une oasis ! Je reviens par le pont qui surplombe le canal des Pangalanes où quelques hommes en pirogue pêchent tranquillement à la traîne. Quel contraste avec la puissance incroyable de l’océan !.

La ville de Mahanoro

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Sortie de l’école

L’ensemble de la commune comporte environ 32 000 habitants, dont 50% en âge scolaire d’où le nombre impressionnant d’écoles (30 écoles primaires publiques et privées et 6 collèges dont un public).
Sur le plan économique, les gens vivent essentiellement de la pêche en pirogue (en mer ou sur le canal), de l’agriculture, en particulier le riz (dans de toutes petites exploitations) et du commerce (deux marchés et des petites épiceries ou boutiques le long de la route). La plupart des gens habitent dans des cases sans eau ni électricité.
Le tourisme est encore très peu développé malgré le potentiel, et le contexte politique n’a pas arrangé les choses. Les salaires sont misérables : une employée d’hôtel touche 25000 ariary soit environ 8 euros par mois !
Ce qui frappe, c’est donc évidemment une grande pauvreté : pourtant les gens ne sont pas tristes et semblent prendre la vie du bon côté. Beaucoup de gamins vont nu-pieds mais on les entend rire aux éclats.

Le canal de Pangalanes

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Trafic local sur le canal

Au début du siècle dernier, l’administration coloniale française a aménagé ce canal qui longe la mer du nord au sud, entre Tamatave et Farafangana sur plus de 600km. Ce canal a eu un rôle économique non négligeable dans les années 50 pour transporter palissandre, ébène, vanille, cannelle et autres épices des plantations et des forêts du sud-est à Tamatave.
Aujourd’hui, les gros bateaux ne passent plus, le canal ne permet plus qu’un trafic local mais c’est un monde à part de toute beauté :
Dans un article de Géo, Michael Stührenberg a écrit :

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La pêche à la crevette

_ « Des murailles vertes, remparts d’un empire végétal, dressent leur décor, façon Douanier Rousseau. Avec de temps à autre, la ponctuation magique d’un ravinala, l’arbre du voyageur, dont la cime se déploie en éventail… Dans les Pangalanes, l’homme se contente du second rôle. Insignifiant ou presque. Il regarde cette composition sauvage et figée où se distille le grondement atténué des déferlantes de l’océan… Des pirogues filent au ras de l’eau. Pagaies en main, leurs passagers nous semblent toujours d’excellente humeur. Parfois, quelques huttes émergent. En feuilles tressées, elles abritent ceux qui passent leur journée au bord de l’eau. C’est beau comme du Gauguin, d’un charme tropical et peu vêtu. »

Le voyage et l’installation à Vatomandry

Après trois semaines à Mahanoro, nous partons pour notre second lieu de formation : Vatomandry (à 80 km de Mahanoro). C’est une nouvelle aventure qui commence !

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Transport en pousse-pousse

D’abord, le transport en pousse-pousse jusqu’à la gare routière. Avec ma grosse valise (sans compter les 2 paniers et les 2 chapeaux offerts par les stagiaires), j’ai un peu honte de me faire tirer par un homme qui transpire à grosses gouttes (ici, il n’y a pas de pousse-pousse vélo) mais j’assume !
A la gare routière , c’est toujours la même effervescence. On bourre les taxis-brousse à l’extérieur comme à l’intérieur. Sur le toit, nos valises disparaissent sous les sacs de riz, les balais, les vélos…et dedans, nous sommes cinq sur une banquette de trois ! Quand on traverse un village, le chauffeur ne ralentit absolument pas et se contente de klaxonner pour avertir les piétons ! Jean-François m’appelle sur le portable mais je n’entends rien avec le bruit du moteur ; ce coup de fil en pleine brousse, c’est vraiment surréaliste !

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Mon bungalow à Vatomandry

Après quelques heures, nous voici installées à Vatomandry au Manga Lodge, notre nouvel hôtel. Les bungalows sont plus spacieux et confortables mais ils n’ont pas le charme exotique de ceux de Mahanoro et notre hôtesse, Madame Marie-Claude, n’a pas l’exubérance et la joie de vivre de Viviane.

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Madame Lalao du Casadoro

_ Par contre, les patrons du Casadoro, (le restaurant qui est en face de l’hôtel et où nous prenons presque tous nos repas), Mme Lalao et son mari chinois Mr Kong-Kong sont des personnages hauts en couleur. Mr Kong-Kong a le sens du commerce et son hôtel se transforme souvent en maison de passe mais il aime parler et nous présenter à ses hôtes tout en nous offrant l’apéro (un rhum arrangé ou un ti-punch) ce qui n’est pas pour me déplaire !

La ville de Vatomandry

C’est la seconde commune urbaine de la région et la plus proche de Tananarive ayant un accès à la mer, d’où un fort potentiel touristique, renforcé par la proximité du canal de Pangalanes.

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La plage de Vatomandry


L’agglomération comprend environ 11 000 habitants, et paraît un peu plus urbanisée que celle de Mahanoro : on y trouve diverses administrations et un établissement culturel (le CLAC :centre de lecture et d’animation culturelle) qui possède une bibliothèque digne de ce nom. Mais comme à Mahanoro, la vie tourne au ralenti.

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Mama Rose

Je m’y suis beaucoup moins plu qu’à Mahanoro : le dépaysement n’était pas aussi grand ; le côté répétitif des formations et les difficultés de la vie quotidienne (accès aléatoire à Internet, inertie des administrations…) commençaient à me peser. Heureusement, j’ai rencontré Maman Rose, une septuagénaire qui dirige un petit restaurant mais est aussi conteuse et poétesse et qui m’a chanté la douceur de vivre à Vatomandry !

La mission

Elle a été intéressante sur un plan pédagogique et m’a fait découvrir des personnes motivées, désireuses de communiquer et de parler en français. Elle m’a également permis de mieux comprendre la réalité de Madagascar et la galère des gens dans la vie quotidienne.
Par contre, elle s’est révélée décevante quant à ses résultats et m’ a conduite à me poser beaucoup de questions sur le bien fondé de telles formations.

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Les stagiaires de la mairie de Mahanoro

Avec ma collègue, j’ai donc assuré pendant six semaines, au cours de quatre stages successifs, une formation en français langue professionnelle dans les deux communes de Mahanoro et Vatomandry :
- auprès des personnels des mairies et districts
- auprès des personnels d’hôtels et de restaurants.
Ces quatre stages ont concerné au total une soixantaine de personnes. Ils se sont déroulés dans une atmosphère chaleureuse et studieuse.

Dès le début, il a fallu s’adapter au contexte local, ce qui nous a amenées à :
- faire du « sur mesure », en inventant de nouveaux supports ancrés dans ce que nous connaissions des réalités malgaches
- adopter une pédagogie de projet (réalisation de plaquettes et dépliants publicitaires).qui s’est avérée particulièrement mobilisatrice pour les patronnes des hôtels restaurants.
- valoriser les productions des stagiaires (saisie et impression informatique), en leur laissant de nombreux documents photocopiés.

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Le groupe hôtellerie de Mahanoro

Les stagiaires se sont montrés en général assidus, ponctuels et très investis. Tous ont progressé, à des degrés évidemment différents selon leurs niveaux de départ.
Cependant, on peut avoir des doutes sur l’efficacité de la mission et la réalité des acquis.

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Jeanne, secrétaire de la mairie de Mahanoro

- Les personnels administratifs que nous avons rencontrés n’ont pas de véritable usage de la langue française dans leur vie professionnelle, même si les papiers administratifs sont en français : ils ont peu d’initiatives et n’ont de contacts qu’avec la population malgache. La hiérarchie a manifesté peu d’intérêt pour la formation (on a eu beaucoup de mal à rencontrer les maires ou les chefs de district) et n’envisage aucun suivi.
- Dans les deux domaines (administration et tourisme), les progrès des stagiaires nous ont semblé très fragiles, et illusoires pour une partie du public de niveau très faible, car ils ne reposent pas sur des bases scolaires suffisantes.

En fait, ces formations me sont apparues un peu « parachutées » par la région Rhône-Alpes, alors qu’il faudrait une meilleure prise en compte des réalités locales :
- Une partie des personnes était quasi analphabète, et relevait d’une reprise de sa formation initiale (souvent arrêtée au primaire).
- L’apport de compétences administratives n’a de sens qu’avec un minimum de développement économique, ou du moins d’une volonté politique de développement.


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[1les Vazaha étaient des pirates européens arrivés sur ces côtes vers la fin du XVIIème siècle et ils ont laissé leur nom aux étrangers blancs en général