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"Apprendre à vivre" de Luc Ferry "Apprendre à vivre" de Luc Ferry

Un essai de résumé ...

vendredi 9 février 2007 par Jean-François

 

Pour Luc Ferry, la philosophie n’est pas (ou pas seulement) une formation à l’esprit critique, à l’autonomie ; elle est une doctrine du salut, pour aider à surpasser les peurs liées à la mort, à la finitude, à la disparition d’un être cher ; mais c’est une doctrine du salut par soi-même, c’est à dire sans le recours à un Dieu.

Luc Ferry analyse dans son livre [1] cinq moments essentiels de la philosophie :
- Le stoïcisme grec.
- La religion chrétienne.
- L’humanisme moderne (du XVIème siècle aux Lumières).
- La post-modernité (Nietzsche)
- La philosophie contemporaine.


Pour Luc Ferry, toute philosophie se développe selon trois axes :
- La théorie (theio : divin, orao : voir ; voir le divin) : connaissance du monde dans lequel va se dérouler notre vie.
- La morale : comment vivre avec autrui.
- La sagesse : quelle conquête du salut (au sens de vaincre ses peurs).

Le stoïcisme

- La théorie : on vit dans le cosmos, un tout de l’univers organisé, harmonieux, animé, c’est à dire constituant un être vivant.
- La morale : il faut s’ajuster au cosmos, vivre en accord avec la nature, être à sa juste place (c’est donc une morale fortement inégalitaire, tout comme la nature : il y a des forts et des faibles ...).
- La sagesse (le "salut") : la mort n’existe pas, c’est un passage vers la fusion dans le cosmos. Pour éviter de souffrir, pour vaincre les peurs liées à la finitude, il faut éviter l’attachement , vivre dans le présent.

La religion chrétienne

Au regard de la fusion dans le cosmos, la religion chrétienne promet un salut autrement satisfaisant, avec la résurrection des corps permettant de retrouver les êtres chers. On comprend qu’elle ait "supplanté" le stoïcisme !
- La théorie : ce n’est plus un univers impersonnel, mais un Dieu qui s’est incarné.
- La morale : ce ne sont pas les dons naturels qui comptent, mais ce que l’on va en faire, en toute liberté (qu’as-tu fait de ton talent ?). En ce sens, tous les hommes sont égaux (et la religion chrétienne annonce déjà les valeurs des Lumières).
- La sagesse (le salut) : malgré la finitude, l’attachement (à l’être cher, ...) ne sera plus une source de souffrance (puisque la résurrection ...), sous réserve que cet amour soit "amour en Dieu".

L’humanisme moderne (Kant)

Les avancées de la science, Descartes, ... vont remettre en cause à la fois la cosmologie grecque et les affirmations péremptoires de la religion chrétienne. Rousseau fonde l’humanisme moderne en analysant la différence fondamentale entre l’homme et l’animal : là où l’animal est "programmé", guidé et contraint par sa nature, l’homme possède une part de liberté, une capacité à s’évader de tout "programme", y compris à son propre détriment (thèse que Sartre pensera découvrir, avec "l’existence précède l’essence").
- La théorie : l’ordre du monde n’est pas parfait : c’est un chaos de forces en perpétuelle évolution ; il ne s’agit pas de le "contempler" mais de le construire (cet ordre) en posant des hypothèses et en recherchant des causalités.
- La morale : l’homme n’étant pas programmé, n’ayant pas une place prédéterminée, il doit être respecté en tant que tel, hors de toute appartenance communautaire : naissance des Droits de l’Homme, déploiement des valeurs de désintéressement et d’universalité.
- La sagesse (le salut) ; plusieurs voies sont ouvertes : cantonner le religieux à la seule sphère privée (Voltaire, Kant, ...), trouver des religions de substitution (le scientisme, le nationalisme, le communisme, ...).

La post-modernité

Nietzsche est à l’origine de cette nouvelle pensée philosophique, basée sur le rejet des "idoles" : Dieu mais aussi toutes les "valeurs" issues des Lumières (la vérité scientifique, l’humanisme, la démocratie, ...). Nietzsche prône la "déconstruction" systématique, c’est à dire la recherche des origines cachées de toutes ces valeurs (selon lui peu avouables et qui nous dirigent à notre insu). En ce sens, il précèderait Freud et la psychanalyse.
- La théorie : il n’y a aucun ordre dans le monde, pas même celui que les scientifiques voudraient y découvrir.
- La morale : il faut rechercher ce qu’il appelle le "grand style", c’est à dire le juste équilibre entre les "forces réactives" (la recherche de la vérité, la démocratie, ... tout ce qui doit être démontré, et n’ a de ce fait guère de valeur à ses yeux) et les "forces actives" (ce qui relève de l’art, de l’aristocratie, du monde sensible, ... et qui s’impose sans avoir besoin de démonstration).
- La sagesse : le salut se trouve dans "l’éternel retour", choisir ce que l’on veut vivre et revivre ; dans "l’amor fati", l’amour de tout ce qui est (il faut aimer y compris ce qui est néfaste, car c’est là que se forge la "volonté de puissance").

Malgré le caractère insupportable de la plupart des concepts nietzschéens, Ferry considère qu’on ne peut plus les ignorer, qu’il n’est plus possible de repenser la philosophie comme avant.

La philosophie moderne

Deux vois possibles s’ouvriraient désormais pour la philosophie :
- Continuer dans le sillon de Nietzsche, approfondir, systématiser la "déconstruction". C’est ce qu’auraient fait Althusser, Lacan, Deleuze, ... Mais avec pour conséquences une généralisation du cynisme, une acceptation du monde tel qu’il est dans ce qu’il a de plus insoutenable.
- Rechercher les bases d’un nouvel humanisme, débarrassé des "idoles", avec une morale fondée sur la sacralisation de l’humain.

De l’aveu même de Ferry, cette dernière approche n’est qu’esquissée dans son livre, c’est l’objet de toute une recherche à approfondir.


Bien évidemment, ce résumé n’est qu’un pâle reflet de la complexité des concepts développés par Ferry (qui sont sans doute eux-mêmes contestables). Et certainement je n’ai pas tout compris, notamment en ce qui concerne Nietzsche (faut dire que c’est touffu et insupportable, et qu’il faut sacrément s’accrocher !).
Si vous n’êtes pas d’accord avec mon résumé (ce que je souhaite), il ne vous reste plus qu’à développer vos objections en répondant à cet article ....
Pour approfondir et peut-être rectifier certaines erreurs, j’envisage d’écrire un article complémentaire, qui donnerait des coups de projecteurs sur des réflexions ponctuelles (mais passionnantes !) développées par Ferry.


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[1"Apprende à vivre", traité de philosophie à l’usage des jeunes générations, suivi de "Vaincre les peurs", la philosophie comme amour de la sagesse