Bernadette David


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Lettre ouverte à Madame Cristina Fernandez de Kirchner, Presidenta de la Nacion Argentina.

publié par Bernadette, le lundi 27 février 2012


Madame la Présidente.

Cela fait de nombreuses années que je viens dans votre pays, l’Argentine. J’aime ce pays, ses paysages somptueux, ses climats liés aux différentes latitudes. J’aime les danses que l’on pratique et les musiques variées que l’on peut entendre ; nombreux sont les artistes talentueux. J’aime ceux que je rencontre, même s’il est difficile de se lier intimement avec les habitants de votre pays.
Madame, j’ai vu votre pays tomber, en 2001, et peu à peu se redresser, grâce au courage de vos concitoyens.
J’ai pu mesurer la tristesse de votre peuple, lorsque le 27 octobre 2010 votre époux et ancien président de la République Argentine auquel vous avez succédé, lorsque Nestor Kirchner est mort. J’ai bien vu alors la peine sincère éprouvée par les Argentins, ou bien le traumatisme que cette disparition a engendré : « les Kirchner » n’étaient plus, Cristina restait seule. Bien sur votre peine à vous était immense.
« Fuerza Cristina », c’est ce que l’on pouvait lire sur presque tous les murs de la Ville à côté d’immenses photos de vous.
Madame la Présidente, je vous prie de lire les lignes qui suivent.

Hier, peu après la tombée de la nuit, je me trouvais dans la Calle Balcarce, après avoir fait quelques courses dans le quartier de San Telmo, et j’ai été surprise d’apercevoir des sacs gris, sales et plein de déchets sans doute, près du porche d’une maison. Je m’approchais alors et voyais que ces sacs gris avaient une forme et que des humains cachaient leur honte en ayant un sac sur la tête : voulez vous noter cette adresse pour aller les secourir ?
Ils sont très nombreux, ceux de la rue, mais cette image est pour moi la pire jamais vue en Argentine. Ils avaient au-dessus d’eux, collée au mur, l’image de votre visage, une de ces belles affiches parlant de vous : on vous souhaitait un bon anniversaire ... le contraste était saisissant.
Madame la Présidente, votre pays est en pleine croissance et le chômage recule ? Les prix n’ont-ils pas augmenté de 100% depuis un an et demi ? Vous promettez 350 pesos de plus aux personnes retraitées, c’est à dire qu’elles vont vivre avec 1500 pesos par mois (moins de 300 euros) : la richesse partagée ou bien une incitation au vol ?
Et, que faites vous pour protéger la population de la capitale ? Vous n’êtes pas gouverneur de la province de Buenos Aires, il est vrai, mais vous êtes à la tête d’un gouvernement, celui de votre pays !
Je lisais que le nombre des agressions augmentait dans les quartiers les plus riches, mais là peut-être la police est-elle présente. Ce mardi de Carnaval, à l’heure de mon histoire, les policiers du quartier de San Telmo devaient être couchés…

J’ai toujours été bien avisée des précautions dont il faut s’entourer quand on se déplace en Argentine, mais surtout dans la Capitale Fédérale : Buenos Aires.
Un moment d’inattention un soir, le 21 Février, le retour tranquille d’une « soirée Milonga » et puis des pas précipités derrière moi : quelqu’un finit sa course en descendant la côte, s’essouffle et m’apostrophe par derrière. « La moneda, la moneda ! » Il secoue mon sac alors que je réalise ce qui m’arrive.
J’ouvre la porte de la maison, il entre avec moi, mais là : il y a heureusement une seconde porte grillagée, ajourée, mais infranchissable. « Pablo ! Pablo ! » criai-je pour me rassurer. Mais sans doute Pablo n’est-il pas là. Et je continue de crier pour ameuter les gens de la maison. Et il me secoue toujours, de plus en plus énervé, ce jeune homme à l’accent brésilien : à ce moment là, Madame, je prends un coup de poing dans la figure qui m’envoie parterre. Que font les autres habitants de la maison ? Là, c’est une autre histoire(1). « Abre la puerta ! », hurle garçon. Lui aussi a peur, il veut quitter les lieux. Je me relève et tourne la poignée de la porte afin qu’il puisse sortir.

Un autre jour, un photographe est abordé par deux personnes Plaza San Martin, à l’extrêmité nord du Micro-Centro et près de la Gare centrale de Retiro. : il se défend, ne donne pas son appareil, on le tue. Ah oui, vous avez raison : il n’aurait pas dû se défendre. Il était Français.
Quelques jours après, je me fais voler un appareil de photo, numérique et reflex, gardé dans un petit sac à dos, alors que je suis sur un quai du métro : la police ce soir là devait être carrément en vacances. Savez vous que j’y tenais beaucoup et qu’il était plein de belles photos à la suite du reportage que j’ai fait au Carnaval de Montevideo ? Il est vrai que je n’étais pas en tenue de camouflage, il est vrai que ceux des porteños qui étaient près de moi ont vu la scène et n’ont rien dit. Vous avez de la chance que les étrangers continuent à venir puisqu’ils sont une si bonne cible.

Madame, j’ai vu, petit à petit, la dynastie Kirchner s’installer au pouvoir, et durer : élu en 2003, Nestor, votre époux, ne put se représenter 4 ans plus tard : il était soupçonné de trop de corruption.
Madame, votre pays est beau, votre pays est riche, de plus en plus riche paraît-il ; votre capitale est de plus en plus insécure, paraît-il aussi. Tous les Porteños le disent, et pendant ce temps votre popularité croit : je vous comprends de ne rien faire, vous serez encore mieux élue encore la prochaine fois…(2)

Tout le monde sait que ce matériel volé se retrouve en vente dans certains magasins d’appareils d’occasion : tout le monde le sait et connaît l’adresse de ces magasins, et vous les laissez faire ? A l’image de qui ces petits voleurs à la tire travaillent-ils, quel exemple suivent-ils : tout le monde sait et dit que vous vous enrichissez sans arrêt sur le dos de vos concitoyens. Les petits trafiquants pourraient devenir plus grands et un jour prendre le pouvoir, pourquoi pas ?
Beaucoup me disent que ces faits divers vous « arrangent » : expliquez moi pourquoi.
Changez votre image, Madame, peut-être rendrez vous ainsi votre pays plus sur.

Madame la Présidente, je vous prie de croire au respect que je dois à votre fonction.

Bernadette David

1. Les autres résidents de la maison ? Je leur dédierai une autre lettre...
2. Madame Kirchner a été élue le 23 octobre 2011 pour un second mandat de quatre ans avec 54% des voix, au 1er tour de scrutin.

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