Bernadette David


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Les Tambours de Montevideo

publié par Bernadette, le lundi 20 février 2012


Le Carrrrrr...naval !

On disait comme ça, à Santiago (de Cuba).

Montevideo ? J’y arrive en autobus. Comment ça, en autobus, Montevideo est sur le Rio de la Plata, non ?
Donc, j’arrive en autobus. Passer d’un bus à l’autre pour descendre vers le port, j’y arrive assez bien. L’hôtel est réservé depuis une semaine ? La photo de la chambre réservée était très belle, mais la chambre n’existe pas : « pad’bol, il va falloir faire autrement ! »
J’en passe, me présente à cet autre hôtel et déclame en arrivant : « La Fayette, me voilà ! »(1) Tu parles….Je n’ai pas du tout dit cela et n’avais toujours pas de chambre, mais c’était bien le nom de l’hôtel.

Montevideo, capitale de ? Oui c’est ça : gagné ! Une journée à ne rien faire ? J’y arrive de mieux en mieux, mais attention : le Carnaval a lieu ce soir !
Faudra t’il un billet d’entrée ? Oui. Vais-je en trouver un ? Non. Rien n’est encore réglé. Je franchis quand même les barrières et trouve une chaise vide : elles le sont presque toutes à cette heure.
J’entreprends de regarder mon appareil à prendre des photos : « ça fait si longtemps, mon vieux, qu’on ne s’est pas vu ! » Je trouve le bouton d’entrée, et après ? Après, la neige carbonique commence à tomber de partout : « Puma, Puma, Puma ! », hurlent-ils dans toutes les directions. On va encore en prendre plein la gueule. Même ici, en Uruguay, ils connaissent cette pratique infâme.

J’ai retrouvé le fonctionnement de base de la machine : sauvés (je parle pour vous).
Ils ont tous des billets, les autres, mais pas moi. Mon Japonais de New York ? Nous étions assis un moment ensemble sur les marches d’un gradin : il s’est brutalement évaporé. Il n’était pas très grand, mais quand même ! Je devrais me balader au lieu de rester assise. Un trisomique et son père descendent la côte, un groupe d’enfants mélangé à quelques vieilles dames passe en dansant. Je trouve une chaise un peu plus haut, discute un morceau avec une Argentine qui me suggère de ne pas m’inquiéter pour la place assise. Sinon, je marcherai, voilà tout !

Un groupe de femmes vêtues de noir ouvre le défilé : elles portent de sinistres pancartes rappelant les violences faites aux femmes.
Des boules de neige, des pop’corn et des frites, des plumes et des bébés dans les bras : tout cela passe devant nous. Levant les yeux au-dessus du macadam, quelques balcons et terrasses louées à prix d’or, sans doute, des publicités pour les tonneaux de bière et pour ces autres boissons gazéifiées dont le nom m’échappe. Je n’oublie de mentionner personne : même la Policia est assez gentiment active, mais, j’ai envie de dormir. Un haut-parleur énumère la vingtaine de comparsas qui va défiler, en dansant le Candombé.
Celui-là transporte sous son bras un thermos d’eau chaude pour humidifier son Maté. Le Maté ? Il faudra bien que j’en parle un jour !
Les plus prévoyants ont des capuches. Ils se préparent, les bougres, avec leurs bombes à neige : c’était pareil à Puno au Perou ou bien à La Paz en Bolivie, il y a 2 ans. C’était pareil l’autre soir dans certaines rues de Buenos Aires, ville où se fête très mal le Carnaval.
Certains commencent à regarder ma chaise d’un air menaçant, des photographes ayant un badge circulent et des confettis voltigent. La nuit est proche : plus un seul nuage dans le ciel, seul reste un gros morceau de lune.
Ca y est, je suis virée, mais récupérée par la Dame de derrière.

Les voilà, les tambours ! Ils sont cinquante ou cent, et ils ont des têtes de diables, ceux qui en jouent. Le Candombé ? Il porte en son ventre le même rythme d’origine africaine que celui de la Salsa : vous ne le saviez pas. Très chauvins, les Urygayens disent que le Candombe est le père du Tango : comme je suis chez eux, je ne créerai pas de polémique.
« Pa la pa la pa la pa la pa la poum, po ». Ces musiciens-là sont habillés de jaune, de bleu clair et de violet. Je suis encore virée ! Je marche alors à côté d’eux, au milieu d’eux et prends des photos. « Regarde comme tu es belle ! » J’ai juste le temps de la lui montrer. Elles ont plutôt des grosses fesses, les danseuses. Vite un siège que je puisse écrire : mon voisin me fait goûter son vin rouge coupé de coca : j’aime bien.

Plus haut dans la rue, beaucoup de techniciens s’affèrent entre les câbles et les projecteurs. J’arrive à m’asseoir parterre, ça se dégrade pour moi alors qu’ Elles passent avec d’énormes plumes rouges sur la tête. Ces femmes-là portent un string, peut-être est-il rouge : on voit si peu de tissu…Mais ces chaussures rouges, je ne vois qu’elles : assise au ras du sol, je les ai sous le nez...
Au milieu du groupe un couple danse, vêtu de blanc : ils sont noirs et pourraient venir tout droit de leurs plantations, si nous étions dans un film. Quelques supports de caméras prennent en ce moment beaucoup de place dans mon champ de vision : je ne vois plus que des pieds et des fesses... Je vois aussi les jambes poilues des garçons qui passent, jambes recouvertes de bas noirs.
Mais, priorité aux tambours ! Ils m’émeuvent. Ils accélèrent le mouvement, et moi aussi. « Cenceribo la Teja. Sociedad de negros, et… » pas eu le temps de finir ma lecture. Et ces immenses drapeaux en tête de chacune des Comparsas ! IIs sont hilares les porte-drapeaux.
Ce garçon-là garde le rythme, il est noir et vêtu de rouge et de blanc. On m’envoie "caminer un rato" : en plus compréhensible on me vire, et je m’assieds plus loin, au pied d’une autre barrière peinte elle aussi en noir. Suis-je en danger ? Non. C’est Montevideo et j’ai de bons abdos.

J’espère qu’elle ne m’a pas vue : qui ça ? La fille qui me donnait des leçons de photo tout à l’heure. Elle porte un Nikon autour du cou, comme ils en ont tous ici, mais pas moi. Une camera de la télé me frôle le dessus de la tête mais n’aura pas mon scalp : elle est passée, je suis intacte… Ca sert « d’avoir fait prof de gym », quand on se retrouve dans un trou, qu’on a deux appareils de photos autour du cou et qu’on est assise sur rien du tout !
Jolies tuniques rouges : moi aussi je suis tout habillée de rouge. Mais elles, elles ont un chapeau de paille et moi pas. Un crayon entre les dents, je suis immergée au milieu de tous ces gens de presse. Très permissif le SO(2).
Ma voisine est Argentine, et me parle du photographe français assassiné hier près de la gare de Retiro, à Buenos Aires.

Ils me rappellent un peu le Carnaval de Santiago de Cuba, avec leurs plumes.
Un immense drapeau passe encore sous nous yeux et nous effleure : quelle allure ! Ce drapeau brille avec toutes ces lunes peintes sur fond rouge et bleu. C’est de plus en plus joli. Le bras supportant la caméra de la télé me cherche ? Non, il m’évite encore une fois…
Cette femme-là est vraiment très… très grosse..., et si peu vêtue !

Le défilé s’appelle « Llamada 2012 ». Il y a une reine, superbe et de couleur chocolatée, entourée de ses dauphines. Mais il y a beaucoup moins de noirs dans les cortèges que je l’imaginais, ou bien que l’on m’avait dit.
Toujours la lune et les étoiles en tête de chaque cortège, suivies de ces immenses drapeaux, et arrivent enfin danseurs et tambours. Mais surtout les tambours ! Je passe de l’autre côté de la rue : ce type-là ne me laissera pas monter sur les gradins pour écrire, je continuerai donc à ramper parterre. Je m’en moque ? Je ne peux guère faire autrement.
On crie et frappe dans les mains : les rumeurs de tambour s’éloignent. Une autre comparsa arrive, et on crie et frappe dans les mains... Le public interpelle quelques musiciens : comment le « tambour » interpellé pourrait-il entendre ? On ne peut imaginer la puissance sonore de ces tambours sans être parmi eux. Incroyable est l’énergie que ces musiciens déploient pour frapper.
Et encore un « projo » dans la figure !
"Mais, je le connais, ce pas de comparsa !" Le rythme du Candombe est hallucinant et impressionnant par sa puissance. L’ai-je déjà dit ? Peut-être. J’espère qu’ils ont des bouchons dans les oreilles, tous ces garçons et ces quelques filles…
Les acouphènes me téléphonent : je vais peut-être partir avant de devenir sourde...

Les enfants tombent de sommeil, les bébés survivent comme ils le peuvent : j’en vois un assis sur le ventre de sa mère, il est maintenu par un chiffon. Elle danse, la mère, mais il n’en peut plus, le petit : il ouvre les yeux, sursaute encore, et puis s’endort vraiment.
Il est 1heure : je remonte en ville afin de préparer ma superbe gueule de bois de demain matin.

Mais à part cela, je le dis en catimini, Montevideo es aburrido......

(1) J’expliquais à un Argentin il y a quelques jours, qui était Mr de la Fayette, et ce qu’un Général Américain, dont vous allez me rappeler rapidement le nom, aurait dit en arrivant sur le sol Français, en 1944…C’est tout.
(2) S0 : Service d’Ordre.

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1 Message

  • Les Tambours de Montevideo

    22 février 2012 11:09, par francoise sylvestre

    La chance que tu as... Je lis ton texte, et tu proposes de répondre à ton "article". A ta place, je le transformerais vraiment, sans le transformer le moins du monde d’ailleurs, en article. Il est tellement vivant et "on" entre dans la danse de ceux qui regardent et dans ta danse à toi. Alors, je ne sais pas, mais Libé ou un encadré dans Geo un jour... Tu pourrais essayer. Voilà ! C’est tout. Coucou, Françoise Sylvestre

    PS : Francoise passe qqs jours chez nous et a eu la chance de lire ton texte à cadence de carnaval : super ! Hanne

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